25 janv. 2021
Panorama européen des industries culturelles et créatives – édition 2021

Rebuilding Europe : 2ème Panorama européen des industries culturelles et créatives

Auteurs
Marc Lhermitte

Associé, Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

#FDI | #Europe | #globaleconomics | #creativeindustries | #innovation | #geopolitics | #publicprivate

Hugo Alvarez

Manager EY Consulting, France

Manager chez EY Consulting, Hugo pilote les études économiques et prospectives au sein des équipes Secteur Public d’EY Consulting.

25 janv. 2021

Fin 2019, les Industries Culturelles et Créatives comptaient parmi les poids lourds de l’économie de l’Union Européenne, mais la crise du COVID-19 aura un impact massif et durable sur l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur. Découvrez notre décryptage. 

En résumé
  • Avec des revenus estimés à 643 milliards d’euros, les industries culturelles et créatives (ICC) représentaient 4,4 % du PIB de l'UE en termes de chiffre d'affaires
  • En 2020, l’économie culturelle et créative européenne a perdu environ 31% de son chiffre d’affaires
    Avant la pandémie de la COVID-19, les Industries Culturelles et Créatives rythmaient la croissance et l’internationalisation de l’économie européenne
    (Chapter breaker)
    1

    Partie 1

    Avant la pandémie de la COVID-19, les Industries Culturelles et Créatives rythmaient la croissance et l’internationalisation de l’économie européenne

    Une période de croissance solide et continue et d’intense innovation

    Fin 2019, les ICC comptaient parmi les poids lourds de l’économie de l’Union Européenne

    Avec des revenus estimés à 643 milliards d’euros et une valeur ajoutée générée de 253 milliards d’euros en 2019, les industries culturelles et créatives (ICC) représentaient 4,4 % du PIB de l'UE en termes de chiffre d'affaires, soit une contribution économique supérieure à celle des télécommunications, de la haute technologie, de l’industrie pharmaceutique ou de l’industrie automobile. 

    Revenus estimés

    643

    milliards d’euros avant la crise du COVID-19 (4,4% du PIB de l’UE en CA)

    Entre 2013 et 2019, le chiffre d’affaires total des ICC avait augmenté de 93 milliards d'euros, soit une croissance de près de 17% sur la période.

    Fin 2019, plus de 7,6 millions de personnes en Europe travaillaient dans l’économie culturelle et créative, et le secteur avait créé plus de 700 000 emplois en 7 ans (+10%), parmi lesquels des auteurs, des interprètes et d’autres professionnels de la création.

    Sur la période, les 10 secteurs des ICC ont quasiment tous connu une croissance solide et continue, mais à des vitesses différentes : plus de 4% par an pour les jeux vidéo, la publicité, l'architecture et la musique, entre 0,5% et 3% pour l'audiovisuel (AV), la radio, les arts visuels, les arts du spectacle et les livres. Seule la presse a vu son activité reculer fortement (-1,7%) en raison notamment d’une transition difficile vers le numérique.

    Les six dernières années ont été le théâtre d’une intense dynamique d’innovation : diversification des modes de distribution, transformation des expériences culturelles, déploiement d’offres digitales, développement de nouveaux contenus… Cette innovation a été portée par une intensification de la consommation en ligne : en 2018, 81% des utilisateurs d'internet dans l'UE l’ont utilisé pour écouter de la musique, regarder des vidéos ou jouer en ligne – soit plus que pour le e-commerce ou les réseaux sociaux.

    L’international et l’entrepreneuriat sont entrés dans l’ADN des secteurs culturels européens

    Si les plus grands pays de l’UE-28 (France, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni) restent le centre de gravité de l’économie culturelle européenne avec 69% des revenus, les pays d’Europe centrale et orientale affichent les taux de croissance les plus dynamiques.

    L’économie culturelle est un puissant levier d’exportation et de rayonnement pour l’Union Européenne, les exportations de biens culturels représentant plus de 28,1 milliards d’euros en 2017, soit 1,5% des exports de l’UE. La balance commerciale européenne est excédentaire sur les biens culturels, de l’ordre de 8,6 Mds €, dans le même ordre de grandeur que le secteur de l’alimentation, boissons et tabac (9,1 milliards d'euros en 2018). 

    Un puissant levier d’exportation

    28,1

    milliards d’euros d’exportation de biens culturels en 2017

    L’économie culturelle repose sur un tissu dense et riche de structures entrepreneuriales : plus de 90 % des entreprises des ICC sont des petites ou moyennes entreprises et les freelance constituent 33 % de la main-d'œuvre – soit deux fois plus que dans toute l'économie européenne (14%).

    Chocs et contre-chocs de la transformation digitale

    Historiquement, les entreprises des ICC ont été pionnières dans l’adoption des technologies numériques innovantes, de la photo numérique au streaming, en passant par la réalité virtuelle et les supports numériques comme les DVD et les Blu-Ray. De même, Internet n’aurait pu devenir ce qu’il est aujourd’hui sans les contenus culturels, qui ont grandement contribué à la croissance et à la généralisation du réseau. Aujourd’hui, les services culturels représentent toujours une part importante de la consommation de la bande passante européenne.

    Depuis 2013, les entreprises et organisations des ICC ont largement investi dans les technologies digitales sur toute la chaîne de valeur, de la création à la diffusion. Au cours des six dernières années, le chiffre d'affaires généré par les contenus, services et œuvres culturels en ligne a cru d’environ 11,5% par an. 

    Excédent commercial

    8,6

    milliards d’euros d’excédent commercial en 2019

    La transformation digitale provoque néanmoins des chocs considérables, et une asymétrie des rapports de force avec les plateformes mondiales qui peut compromettre la viabilité financière, l'emploi, l'innovation et les investissements futurs dans le secteur.

    La digitalisation toujours plus rapide des modes de consommation soulève de nombreux défis pour les acteurs culturels, allant de la rémunération des ayants droit au bon fonctionnement des marchés, en passant par la lutte contre le piratage d’œuvres protégées.

    8,4x – dans l’UE, les ICC comptent 8,4 fois plus d’emplois que le secteur des télécommunications.

    81% – des internautes de l’UE écoutent de la musique, jouent ou regardent des vidéos en ligne.

    8,6 milliards d’€ – excédent commercial des biens culturels de l’UE en 2019. 

    La crise du COVID-19 a conduit les Industries Culturelles et Créatives au bord de l’asphyxie économique
    (Chapter breaker)
    2

    Partie 2

    La crise de la COVID-19 a conduit les Industries Culturelles et Créatives au bord de l’asphyxie économique

    Un secteur économique parmi les plus affectés d’Europe

    En 2020, l’économie culturelle et créative européenne a perdu environ 31% de son chiffre d’affaires


    Le chiffre d’affaires total des ICC en 2020 s’est effondré de près de 199 milliards d’euros par rapport à 2019, pour atteindre 444 milliards d’euros selon nos estimations.

    Avec une chute de 31% de son chiffre d’affaires, l’économie culturelle et créative fait partie des secteurs les plus affectés par la crise en Europe. Si le transport aérien est le secteur le plus en souffrance, les ICC ont connu des pertes de chiffre d’affaires supérieures à celles subies par d’autres secteurs phares de l’économie européenne que sont le tourisme et l’automobile (respectivement -27% et -25%). 

    Un secteur affecté par la crise

    31%

    de baisse de chiffre d’affaires

    Les ondes de choc de la crise du COVID-19 se font ressentir dans l’ensemble des secteurs culturels et créatifs : le spectacle vivant (-90% entre 2019 et 2020) et la musique (-76%) sont les plus touchés ; les arts graphiques, l’architecture, la publicité, les livres, la presse et l’audiovisuel font face à des baisses de -20% à -40% de chiffre d’affaires par rapport à 2019. Seule l’industrie des jeux vidéo semble tenir bon avec une croissance d’environ 9% de son chiffre d’affaires.

    Tous les secteurs sont touchés, y compris ceux qui ont pu atteindre leurs publics via des solutions digitales ou le e-commerce. L’expérience occupe toujours une place fondamentale dans le modèle économique de toute l’économie créative, qui aujourd’hui voit ses capacités à produire et à développer de nouveaux contenus fortement menacés.

    Les ICC ont été le plus sévèrement touchées par la crise en Europe centrale et orientale (de -36% pour les ICC en Lituanie à -44% en Bulgarie et en Estonie).

    La crise de la COVID-19 aura un impact massif et durable sur l’ensemble de la chaîne de valeur des ICC

    Les restrictions sanitaires ont atteint les secteurs culturels dans toutes leurs dimensions : fermeture des lieux culturels et de spectacle, restrictions sur les ventes physiques, augmentation des coûts, augmentation des délais, réduction de la capacité à investir. Nous estimons que cela ira bien au-delà de l’année 2020, au regard des mécanismes d’investissements et de rémunération des acteurs de la filière. 

    Ainsi, les auteurs et interprètes vont subir en 2021 et 2022 l’impact financier de la chute des droits collectés (-35%) par les organismes de gestion collective.

    Par ailleurs, les dépenses des consommateurs dans les contenus, services et œuvres en ligne ne compensent pas la perte de revenus liée à la baisse des ventes physiques (pour les livres, la presse, les CDs…) et les évènements physiques dans la plupart des secteurs. Dans le secteur de la musique, les ventes physiques (CDs, vinyles) vont chuter de 35%, tandis que les revenus de l’exploitation numérique des œuvres devraient croître de 8% seulement. Les mêmes tendances s’observent dans le secteur de l’audiovisuel, et plus particulièrement le cinéma, avec une baisse de 75% des revenus des salles de cinéma en Europe en 2020.

    En l’absence d’une réelle reprise des activités de production, de distribution et de promotion physiques en 2021, la capacité des ICC à maintenir les investissements dans de nouveaux projets de création et d’innovation sera sérieusement menacée.

    Au cours de l’enquête récente « EY Future Consumer Index », 46% des répondants déclarent ne pas se sentir à l’aise avec l’idée d’aller à un concert avant plusieurs mois, et 21% d’entre eux avant plusieurs années au moins. 

    Après le COVID-19 : la culture pour reconstruire l’Europe
    (Chapter breaker)
    3

    Partie 3

    Après la COVID-19 : la culture pour reconstruire l’Europe

    Trois défis pour sauver, redémarrer et relancer l’industrie

    Trois défis ont été identifiés par la communauté d’experts et de professionnels de la culture en Europe pour sauver, redémarrer et relancer les industries culturelles et créatives européennes :

    1. Financer le retour à la croissance et irriguer l’ensemble des maillons des ICC

    Apporter un soutien financier public massif et soutenir l’investissement privé aux entreprises, organisations, entrepreneurs et créateurs des ICC – deux leviers indispensables pour encourager le redémarrage des activités culturelles.

    2. Recréer la confiance par un cadre économique et législatif inclusif

    Promouvoir la diversité de l’offre culturelle européenne au travers d’un cadre légal solide, pour encourager le développement de l’investissement privé dans la production et la distribution – en créant les conditions nécessaires de rentabilité pour les entreprises, et de juste rémunération pour les créateurs.

    3. Mobiliser les imaginaires et les forces créatrices de la culture pour répondre aux défis de demain

    Mobiliser les ICC – et la puissance de ses millions de talents, individuels et collectifs – comme un accélérateur des transitions économiques, sociales et environnementales en Europe. 

    • A propos de l’étude

      Sept ans après la première étude réalisée en partenariat avec le GESAC, EY propose une deuxième édition du panorama européen des industries culturelles et créatives : contribution économique, emplois, international, attractivité… EY a actualisé, en cette année exceptionnelle, le regard objectif porté sur l’importance des secteurs culturels en Europe.

      Périmètre de l’étude

      Dans la lignée des travaux effectués en 2014, cette étude recouvre dix industries culturelles et créatives :

      • Architecture
      • Arts visuels
      • Audiovisuel
      • Jeu vidéo
      • Livre
      • Musique
      • Presse
      • Publicité
      • Radio
      • Spectacle vivant

      Par souci de cohérence avec les définitions internationales, nous avons décidé de respecter le plus précisément possible la définition de l’UNESCO : sont considérées comme des industries culturelles et créatives les activités « dont la vocation principale est la production ou la reproduction, promotion, distribution ou commercialisation de biens, services et activités de nature culturelle, artistique ou patrimoniale ».

      Ainsi, nous avons fait le choix de ne pas inclure dans notre périmètre d’autres secteurs où la créativité joue un grand rôle comme la mode, le design industriel, la gastronomie ou les biens de luxe, qui sont parfois considérés par des institutions comme Eurostat comme faisant partie de l’économie culturelle.

      Le périmètre géographique de l’étude recouvre l’Union Européenne et le Royaume-Uni.

      Sauf mention contraire explicite, l’appellation « créateurs » fait référence aux auteurs, interprètes et aux autres artistes.

      Indicateurs

      • Chiffre d’affaires : mesure de l’activité du point de vue de la consommation finale, exprimée en prix de marchés. Cette approche évalue les revenus créés en bout de chaîne de valeur. Par exemple, dans le cas du spectacle vivant, cet indicateur mesure les valeurs de marché (billetterie) et non pas la chiffre d’affaires des acteurs intermédiaires intervenant dans la production des spectacles.
      • Valeur ajoutée : évaluation, pour chaque secteur, de la valeur ajoutée cumulée générée par l’ensemble des entreprises de la chaîne de valeur, à partir des bases de données d’Eurostat et des rapports des organisations professionnelles.
      • Emplois : mesure du nombre de personnes employées à temps partiel ou à temps plein dans les secteurs culturels, ou exerçant une activité culturelle en tant qu’indépendant. Valeur exprimée en unités et non en équivalent temps-plein, compte tenu des lacunes dans la statistique européenne sur le sujet et des difficultés à compiler les heures travaillées dans les différents secteurs. Les emplois publics et privés sont inclus dans cette définition.

      A propos des partenaires et des soutiens de l’étude

      Le Groupement européen des Sociétés d’Auteurs (GESAC) a mandaté EY pour évaluer la contribution économique et sociale des industries culturelles et créatives en Europe.

      Quelles étaient les tendances économiques à l’œuvre avant la pandémie ? Quel impact a eu la crise du COVID-19 sur l’activité et l’emploi ? Comment redémarrer les activités de création, production et distribution ? Comment relancer un moteur de croissance fondamental pour l’économie européenne ? Après une première édition en 2014, « Creating Growth », ce rapport « Rebuilding Europe » en version originale, a vocation à éclairer le débat sur la relance de l’économie culturelle.

      Le GESAC a rassemblé autour de cette étude une communauté de partenaires et d’expertises pour nourrir les réflexions de ce rapport, valorisant l’extraordinaire diversité et la force collective de l’économie culturelle.

      EY tient à remercier l’ensemble des équipes du GESAC, les partenaires du GESAC et l’ensemble des partenaires interviewés dans toute l’Europe. Le GESAC et EY tiennent à remercier en particulier l’ADAGP, la BUMA, la GEMA, la SACEM, la SCAM et la SOZA pour leurs riches contributions.

      A propos du GESAC

      Le GESAC rassemble 32 sociétés d’auteurs européennes, représentant plus d’un million d’auteurs et d’ayant-droits à travers l’Europe, des musiciens aux écrivains, en passant par les plasticiens et les réalisateurs de films, et bien d’autres professions artistiques encore, couvrant tous les champs de l’expression artistique : audiovisuel, musique, littérature, arts visuels et arts du spectacle.

      web: www.authorsocieties.eu 

      email: secretariatgeneral@gesac.org

      twitter: @authorsocieties

      A propos des auteurs de l’étude

      Cette étude a été réalisée par EY, sous la conduite de Marc Lhermitte, avec la participation de Hugo Alvarez, Clémence Marcout, Quentin Nam et Enzo Sauzé. 

    Ce qu'il faut retenir

    Fin 2019, les ICC comptaient parmi les poids lourds de l’économie de l’Union Européenne. Les six dernières années ont été le théâtre d’une intense dynamique d’innovation. Cette innovation a été portée par une intensification de la consommation en ligne.
    En 2020, l’économie culturelle et créative européenne a perdu environ 31% de son chiffre d’affaires. La crise COVID-19 aura un impact massif et durable sur l’ensemble de la chaîne de valeur des ICC. En l’absence d’une réelle reprise des activités de production, de distribution et de promotion physiques en 2021, la capacité des ICC à maintenir les investissements dans de nouveaux projets de création et d’innovation sera sérieusement menacée.

    A propos de cet article

    Auteurs
    Marc Lhermitte

    Associé, Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

    #FDI | #Europe | #globaleconomics | #creativeindustries | #innovation | #geopolitics | #publicprivate

    Hugo Alvarez

    Manager EY Consulting, France

    Manager chez EY Consulting, Hugo pilote les études économiques et prospectives au sein des équipes Secteur Public d’EY Consulting.