9 min de temps de lecture 22 juil. 2020
COVID-19 : accélérons la transformation des EHPAD !

EHPAD et COVID-19 : Après la crise, accélérons les démarches de transformation !

Auteurs
Jessica Chamba

Directrice Associée Santé social EY France

Co-fondatrice et dirigeante d’un cabinet spécialisé dans le secteur médico-social pendant 10 ans, Jessica accompagne les transformations du secteur médico-social et sanitaire.

Loïc Chabanier

Associé, Consulting, Healthcare leader, France et Europe West

Une mission : tirer, pousser et accompagner le déploiement de l’innovation technologique et médicale au service du plus grand nombre.Une ambition : placer le patient au cœur du système de santé.

9 min de temps de lecture 22 juil. 2020

La crise du COVID-19 a mis les EHPAD au cœur d’une tourmente sanitaire et médiatique…

Des établissements durement touchés par la crise. Au 15 juillet 2020, 10 541 décès liés au COVID-19 ont été constatés dans les EHPAD et EMS, soit plus d’un décès sur trois au niveau national. Ainsi, entre le 1er mars et le 30 avril, une surmortalité de 53,6 % a été observée dans les établissements pour personnes âgées par rapport à l’année 2019, surmortalité qui peut s’expliquer principalement par la plus grande fragilité des populations accueillies dans ces établissements face au virus. Par ailleurs, durant toute la période de crise, les EHPAD ont pris en charge et accompagné jusqu’à la fin de vie un nombre important de personnes contaminées, permettant d’éviter leur transfert vers les services de réanimation des hôpitaux, déjà saturés.

Les professionnels des EHPAD se sont retrouvés en première ligne face au virus, autant que dans le secteur hospitalier. Ainsi, même si le manque d’équipements et la difficulté à faire respecter les gestes barrière, ont, dans certains cas, dégradé la qualité de l’accompagnement et mis en danger aussi bien les personnes accueillies que les personnels soignants, l’Etat aura finalement su reconnaître publiquement le rôle clé des EHPAD dans la gestion de cette crise.

Pour autant, la tendance récente à un « EHPAD bashing » se poursuit, avec des conséquences prévisibles sur la demande d’hébergement. Dépôt de plainte de certaines familles pour « mise en danger de la vie d’autrui », reportages « choc » sur les conditions de vie et de travail en EHPAD…

Pendant la crise, le modèle de l’EHPAD a été soumis à de vives critiques, largement relayées au niveau médiatique et très peu compensées par des exemples positifs d’EHPAD à l’organisation et aux professionnels « exemplaires ». Cet acharnement médiatique pourrait avoir comme conséquence d’entacher leur attractivité auprès des publics cibles et de provoquer une baisse de la demande en EHPAD. Cela pourrait être d’autant plus dommageable que le modèle souffrait déjà d’une perte d’attractivité liée à différentes autres causes.

… et est venue mettre en lumière les faiblesses d’un modèle déjà à bout de souffle.

Le modèle de l’EHPAD attire de moins en moins les Français.

Vieillissement

83%

des Français souhaitent vieillir à domicile

Attractivité des EHPAD

56%

des Français ont une mauvaise image des EHPAD

En raison du souhait croissant de vouloir vieillir chez soi et de la mauvaise image dont ils souffraient déjà avant la crise, les EHPAD sont confrontés à une baisse d’attractivité auprès des personnes âgées et de leurs familles. Au-delà de ces éléments, la solution d’hébergement est souvent écartée pour des raisons financières : alors que le niveau de vie médian des retraités s’élève à 1 830 € par mois, le prix moyen d’une chambre individuelle en hébergement permanent en EHPAD s’élève, quant à lui, à 1 977 euros par mois. A terme, la crise sanitaire risque donc de peser lourd sur l’attractivité de ces établissements.  

Un problème d’attractivité professionnelle

Les tensions observées sur les ressources humaines pendant la crise (difficultés à recruter et remplacements avec des personnels non qualifiés, travail supplémentaire du fait du confinement des résidents en chambre individuelle…) viennent souligner le manque d’attractivité professionnelle dont souffrent les EHPAD. Plusieurs raisons sont notables : conditions et organisation du travail, difficultés relationnelles avec les familles, manque de reconnaissance, manque de soutien et de cohésion interne entre les professionnels, manque de temps pour les échanges avec les personnes accueillies, inadéquation formation-emploi…

Un équilibre économique et financier qui questionne la viabilité du modèle

Des établissements en difficulté

55,4%

des EHPAD ont été en situation de déficit en 2017 et/ou en 2018

Au-delà de son impact sur l’attractivité du modèle, la crise risque de peser sur la situation financière d’établissements qui connaissaient déjà certaines difficultés. Ainsi, 55,4% des EHPAD ont été en situation de déficit en 2017 et/ou en 2018, dont 23,6 % pendant ces deux années consécutives. Au plus fort de la crise, le Ministère (représenté par la Direction Générale de la Cohésion Sociale) a œuvré rapidement en produisant des ordonnances, puis des instructions, garantissant le maintien du niveau de financement public à son niveau prévisionnel pour l’ensemble des ESSMS. Bien que ces mesures aient été efficaces, des pertes financières seront inévitablement constatées en EHPAD : les nouvelles admissions ayant été rendues exceptionnelles, voire impossibles, une baisse du taux d’occupation, et donc des recettes d’hébergement, est à prévoir.

La menace qui pèse sur l’équilibre économique et financier de ces établissements doit donc être prise très au sérieux et nécessite qu’un plan d’urgence soit adopté en faveur des établissements pour personnes âgées dépendantes. 

Faire de la crise une opportunité pour intensifier les démarches de transformation de l’offre à destination des personnes âgées

A court terme : un plan d’urgence pour consolider et repositionner le modèle de l’EHPAD

S’il semble difficilement imaginable que les formules alternatives (soins à domicile, habitats inclusifs…), bien que plus proches des attentes des personnes âgées, prennent entièrement le pas sur le fonctionnement traditionnel des EHPAD, une évolution et un repositionnement du modèle semblent toutefois nécessaires. De nombreux acteurs territoriaux ont déjà pensé à des pistes de transformation (notamment au travers des Schémas départementaux d’organisation de l’offre), dont l’objectif final est d’améliorer l’accompagnement des personnes âgées et de fluidifier leur parcours. 

La crise a mis en exergue le rôle essentiel que jouent les EHPAD et les services d’intervention à domicile dans la cohésion sociale et territoriale, mais également la nécessité de renouveler un modèle à bout de souffle.

Jessica Chamba,

Directrice Associée, secteur de la Santé, France

 

Les pistes suivantes semblent particulièrement pertinentes : le positionnement de l’EHPAD comme acteur ressource sur le territoire, l’évolution des EHPAD en plateformes de services, la poursuite des démarches de coopération et de rapprochement entre structures, le renforcement de l’attractivité professionnelle des métiers, etc.

La crise a mis en exergue le rôle essentiel que jouent les EHPAD et les services d’intervention à domicile dans la cohésion sociale et territoriale (en particulier dans le soutien aux aidants), mais également la nécessité de renouveler et consolider le modèle de l’EHPAD qui arrive aujourd’hui à bout de souffle. La sortie de crise est ainsi un moment propice pour les Conseils Départementaux et les ARS pour mettre en œuvre les plans de transformation de l’offre identifiés au niveau territorial, avec le soutien des acteurs nationaux (DGCS, CNSA…).

Au regard des enseignements que chaque acteur public aura pu tirer de la crise, l’actualisation puis l’accélération et la mise en œuvre concrète des actions de transformation prévues au niveau territorial sont devenues indispensables. De nouveaux schémas d’investissement doivent être définis, avec des enjeux forts de priorisation des investissements en fonction de critères partagés (par exemple : les projets qui permettent une plus grande fluidité des parcours, une diversification de l’offre et un soutien du volet domiciliaire, l’optimisation des moyens, le degré de revalorisation et de diversification des carrières…).

En parallèle, la loi Grand Âge et Autonomie, très attendue, devra être à la hauteur des transformations nécessaires. Initialement prévue fin décembre 2019, puis au printemps 2020, la loi Grand Âge devra être encore plus ambitieuse et devra tirer de nombreux enseignements de la crise traversée afin de réellement s’adapter au nouveau contexte dans lequel évoluent les établissements et services. L’Etat doit se donner les moyens de réussir cette réforme : le virage domiciliaire, la fluidification des parcours, le décloisonnement des modes de financement, la reconnaissance du 5ème risque… autant de sujets d’ampleur qui devront être traités avec un regard renouvelé.

Acteurs du champ du Grand Âge, le temps est venu d’enclencher les projets de transformation de l’offre, en recherchant ensemble les solutions les plus adaptées et en favorisant le « travailler ensemble ». Le domicile ne doit plus être opposé aux établissements : il n’y aura pas de grands vainqueurs au sortir de la crise, mais seulement des perdants, si les acteurs du secteur ne collaborent pas.

L’Etat et les collectivités locales devront jouer leur rôle de pilote et de financeur, mais cette transformation ne se fera pas si les différents acteurs concernés ne contribuent pas à la recherche et à la mise en œuvre des solutions les plus adaptées à leurs réalités territoriales. Agir aujourd’hui est une nécessité pour accompagner dignement nos aînés !

Ce qu'il faut retenir

La crise du COVID-19 a mis les EHPAD au cœur d’une tourmente sanitaire et médiatique et est venue mettre en lumière les faiblesses d’un modèle déjà à bout de souffle. Il est temps de faire de la crise une opportunité pour intensifier les démarches de transformation de l’offre à destination des personnes âgées.

A propos de cet article

Auteurs
Jessica Chamba

Directrice Associée Santé social EY France

Co-fondatrice et dirigeante d’un cabinet spécialisé dans le secteur médico-social pendant 10 ans, Jessica accompagne les transformations du secteur médico-social et sanitaire.

Loïc Chabanier

Associé, Consulting, Healthcare leader, France et Europe West

Une mission : tirer, pousser et accompagner le déploiement de l’innovation technologique et médicale au service du plus grand nombre.Une ambition : placer le patient au cœur du système de santé.