pingouins sur la banquise

Baromètre EY du capital-risque – 3ème trimestre 2026 : Le défi n'est plus de faire émerger un champion mais une génération

Le capital-risque français confirme son rebond. Au 30 septembre 2026, la French Tech a levé 8,7 milliards d'euros, soit +57 % sur un an. Déjà plus que sur l'ensemble de l'année 2025 (7,4 Md€) ! En neuf mois, le marché retrouve quasiment son niveau de 2021.


En résumé :

  • La concentration des capitaux : dix méga-levées captent 62 % des montants
  • Un milieu de marché sous pression : -6 % hors méga-levées
  • Le poids des logiciels et de l'IA : 59 % des capitaux investis


Le 3e trimestre prolonge la dynamique du 1er semestre : 4,2 Md€ levés (+50 % par rapport au T3 2025). La démonstration que le mouvement observé en juin n'était pas un accident. Nous parlions alors d'un capital-risque de conviction. Trois mois plus tard, la conviction est devenue concentration.

Avec 397 opérations, contre 428 un an plus tôt (-7 %), le marché finance toujours moins d'entreprises. Le ticket moyen atteint 22 millions d'euros (M€), contre 13 M€ sur les neuf premiers mois de 2025. Le capital est abondant mais est orienté vers un nombre de plus en plus restreint de sociétés.

Deux tiers du marché en dix levées de fonds 

Les dix levées de fonds supérieures à 100 MЄ pèsent 5,4 Md€. Soit 62 % des capitaux investis, contre quatre opérations pour 2 Md€ un an plus tôt (ces 2 Md€ représentaient 36 % du montant total levé en 2025). À elle seule, la levée de 3 Md€ de Mistral AI concentre plus d'un tiers des montants de l'année.

Société

Secteur

Montant levé

Mistral AI

Logiciels / IA

3 Md€ 

Advanced Machine Intelligence (AMI Labs)

Logiciels / IA

890 M€

Alan (deux tours)

Fintech

580 M€

Skello

Logiciels

200 M€

Pennylane

Logiciels

175 M€

Excellente nouvelle pour la France que la levée de fonds de Mistral AI : notre acteur vedette de l'IA a su mobiliser des capitaux d'une ampleur comparable à ceux de ses concurrents mondiaux. Mais regardons le reste du marché avec lucidité. Sans cet événement, la croissance des montants levés sur neuf mois serait d'à peine 3 %.

Toujours fragile, le milieu de marché

Au-delà de ce « méga-tour », le marché recule. Les opérations inférieures à 100 M€ totalisent 3,3 Md€ (-6 %) pour 387 opérations (-9 %). Aucun segment n'y échappe, à l'exception des tours de 50 M€ à 100 M€ (+10 %).

Signal le plus fort : il se situe dans la tranche de 20 M€ à 50 M€. Celle des séries B et C. Le moment où une start-up prouvée doit devenir une entreprise. Stable au 1er semestre, elle recule de 10 % en valeur sur neuf mois, avec 42 opérations contre 46. Le 3e trimestre a été bien plus difficile que le 1re semestre.

C'est pourtant là que se joue l'avenir des champions de demain. Une entreprise qui ne trouve pas son tour de 30 M€ n'atteindra jamais celui de 300 M€…

Concentration selon les secteurs et les régions

Les logiciels, intelligence artificielle (IA) incluse, atteignent 5,1 Md€ . Ils représentent 59 % des capitaux investis, contre 51 % un an plus tôt avec – pourtant – 26 % d'opérations en moins. Les fintech doublent leurs levées (+117 %), portées par Alan. Les entreprises du secteur Life Sciences poursuivent leur progression (+59 %). Les greentech progressent plus modestement (+12 %).

La géographie suit le même mouvement. L'Île-de-France concentre 86 % des montants levés, contre 82 % à fin juin et 80 % voilà un an.

En Europe, la nouvelle donne du 3e trimestre 2026

En juin 2026, nous décrivions trois trajectoires de souveraineté technologique. Le Royaume-Uni construisait les cerveaux du XXIe siècle, l'Allemagne des usines, la France le portefeuille le plus complet de l’Union européenne (UE). Le 3e trimestre maintient ces trajectoires mais en modifie le rythme.

Le Royaume-Uni reste loin devant, avec 19,9 Md€ levés sur neuf mois (+28 %) et trente et un Growth Equity (levées de +100 M€). Mais sa croissance s'est essoufflée, après un 1er semestre exceptionnel (+97 %) : le 3e trimestre britannique est en recul, en valeur comme en volume.

A contrario, l’Allemagne accélère sa course : 9,2 Md€ (+75 %), dont 6,1 Md€ portés par onze levées en Growth Equity. L'Allemagne confirme sa dynamique, portée par une concentration des capitaux sur ses futurs champions industriels et technologiques.

La France complète le podium, à 8,7 Md€ (+57 %). C'est aussi le seul des trois grands écosystèmes dont le nombre d'opérations au 3e trimestre est stable par rapport à 2025. Sa base est donc résiliente.

Comment mobiliser l’épargne longue des Français

En juin 2026, nous écrivions que le rebond ne devait pas engendrer d'autosatisfaction. Les chiffres du 3e trimestre le confirment. La France a prouvé qu'elle pouvait financer un champion mondial de l'IA. Elle doit maintenant démontrer qu'elle peut financer les dix suivants.

Un écosystème ne se mesure pas à son plus gros tour de table. Plutôt à sa capacité à faire passer une entreprise de la série A à la série C, puis de la série C à l'échelle mondiale, sans la vendre en chemin faute de capitaux. Cette chaîne de financement – ses maillons intermédiaires, notamment – est la condition de notre souveraineté technologique.

À l'approche de la présidentielle française, cette question doit trouver sa place dans notre débat public. Comment mobiliser l'épargne longue des Français au service de la croissance de nos entreprises ? Comment renforcer l’ensemble de la chaîne de financement pour permettre à nos entreprises de grandir, d’innover et de rester ancrées en France à chaque étape de leur développement ? Comment faire émerger et accompagner un plus grand nombre de futurs champions français, sur tout le territoire et dans tous les secteurs ? Enfin, comment éviter que la création de valeur et le financement de la croissance ne se concentrent entre les mains de quelques acteurs seulement ?

La France siège à la table des grands. Reste à s'assurer qu'elle n'y vienne pas avec un seul couvert.



Ce qu'il faut retenir

Avec 8,7 Md€ levés à fin septembre 2026, la French Tech a déjà dépassé le total de l’année 2025. Le marché confirme son rebond, porté par plusieurs opérations d’envergure.

Mais cette dynamique masque une forte concentration des capitaux : dix levées de fonds captent 62 % des montants investis, tandis que le nombre d’opérations recule. Les logiciels et l’IA dominent désormais le marché, tout comme l’Île-de-France sur le plan géographique.

L’enjeu est donc de financer davantage d’entreprises en croissance, afin de faire émerger les champions de demain et renforcer durablement la souveraineté technologique française.


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