Horizon de Francfort au coucher du soleil, pont illuminé sur le Main

Moderniser tout en optimisant les dépenses : quelle trajectoire pour les organisations publiques ?

Face au déficit, comment conjuguer efficacité et maîtrise de la dépense publique ? EY-Parthenon trace une trajectoire concrète.


En résumé :

  • Quatre leviers neutres et impactants peuvent générer plus de 40 Md€ d’économies en année +5, soit plus de 1 point de PIB à horizon 2030.
  • Digitalisation et IA, optimisation des achats et des investissements, détection des fraudes : des gains atteignables sans dégrader le service public.
  • La réussite suppose un engagement transpartisan, un pilotage au plus haut niveau de l’État et un changement de culture et de pratiques.

Identifier un chemin apolitique de performance des services publics

Depuis plusieurs mois, les alertes relatives au déficit public français se multiplient. Dans le même temps, la crise au Moyen-Orient renforce chaque jour l’impératif de dégager de nouvelles marges d’économies, comme en attestent les nombreuses prises de parole à ce sujet.

En France, les questions ayant trait aux services publics créent un débat intense. On oppose souvent les réformes visant à améliorer la qualité des services publics (simplification, recrutement d’agents publics, investissement immobilier…) aux projets ayant trait à la maîtrise des finances publiques (efficience des services publics, optimisation des dépenses, contrôle de la masse salariale, contribution au coût des services…). Ce second enjeu est pourtant une obligation pour les collectivités locales et les opérateurs publics.

Dans de nombreux pays, il existe un consensus sur la nécessité d’une efficacité des services publics au meilleur coût pour les contribuables.

Trouver un chemin apolitique de performance des services publics à l’échelle nationale, conjuguant efficacité et maîtrise de la dépense, apparaît particulièrement nécessaire.

Les études européennes du cabinet EY-Parthenon ont permis d’identifier quatre leviers neutres et impactants – complémentaires à des mesures structurelles – permettant d’atteindre plus de 1 point de PIB à horizon 2030 de gains pour les finances publiques, tout en améliorant la qualité du service public et en profitant des innovations les plus récentes.

À titre de comparaison, dans le secteur privé, la recherche d’efficacité est continue : de nombreuses entreprises se fixent des objectifs annuels de l’ordre de 1 à 2 % de gains de productivité chaque année.


Explorer les leviers de réforme publique en Europe


Quatre leviers pour atteindre plus de 1 point de PIB à horizon 2030

Les économies nettes estimées pourraient atteindre, grâce à quatre leviers, jusqu’à plus de 40 Md€ en année +5, en tenant compte des dépenses d’investissement (CAPEX), incluant les dépenses informatiques, les salaires et les frais de coordination, tout en appliquant un principe de prudence afin de refléter la complexité du secteur public, mais hors dépenses de fonctionnement, notamment liées à l’IA.


  • Digitalisation et déploiement de l’IA : malgré des investissements constants en matière de transformation numérique, de nombreuses marges de progrès subsistent. Le déploiement plus systématique de solutions digitales et d’IA permettrait d’automatiser un grand nombre de tâches administratives, réduisant ainsi la charge de travail et les coûts associés. Selon les projections du rapport 2025 du Forum économique mondial, la numérisation pourrait réduire jusqu’à 29,5 % le temps de travail humain sur les cinq prochaines années, ouvrant la voie à des gains d’efficacité significatifs.

  • Optimisation des achats : les achats représentent une part significative des dépenses publiques, mais restent souvent fragmentés, mal coordonnés et faiblement outillés. La centralisation, la mutualisation et une meilleure analyse des besoins et des prix permettraient de réaliser des économies d’échelle et de gagner en efficacité. L’étude de Spagnolo & Lotti (2022) estime un gain indirect moyen de 22 % sur les dépenses d’achats. En retenant une cible tenant compte des contraintes publiques en France, nous estimons les gains potentiels à 8 % de l’achat public en mobilisant les leviers ayant fait leurs preuves dans le secteur privé, tout en privilégiant les produits européens.

  • Optimisation des investissements publics : les dépenses d’investissement public sont souvent dispersées ou redondantes. Aujourd’hui, la FBCF représente 2 % du PIB français (à l’instar de l’Allemagne), principalement portée par les territoires. Les économies peuvent être obtenues par des gains d’efficacité (cible de 1 à 2 %) et par une meilleure rationalisation (cible de 3 à 4 %). L’ensemble de ces leviers permettrait d’atteindre des gains de l’ordre de 7 Md€ des montants d’investissement public à 2030, hors Défense et santé, sans remettre en cause la dynamique de soutien aux projets locaux.

  • Amélioration de la détection des fraudes : les fraudes sociales et à la TVA constituent une perte importante pour les finances publiques. En modernisant les outils de détection (algorithmes d’IA, analyse Big Data), en simplifiant les systèmes d’aides et en passant à la facturation électronique, les gouvernements peuvent limiter ces pertes. On estime que la fraude sociale représente en moyenne entre 2 % et 5 % des dépenses sociales des pays de l’UE, tandis que la fraude fiscale pèse pour 5 % à 10 % des recettes fiscales. Le passage anticipé à la facturation électronique en Italie a permis de réduire l’écart de TVA de 25 % à 11 % entre 2018 et 2022. Un gain potentiel de 5 à 6 Md€ est atteignable au vu des progrès technologiques réalisés par la DGFIP ou l’URSSAF.

Facteurs clés de succès

Comme pour l’ensemble des programmes de transformation publique, la réalisation effective des gains s’appuie sur plusieurs facteurs clés de succès. La réforme du secteur public doit s’inscrire dans la durée, avec un engagement transpartisan et une mobilisation à tous les niveaux de l’administration, du central au local. Elle doit reposer sur des objectifs clairs et partagés.

Il ne s’agit pas seulement de réduire les dépenses, mais de démontrer l’utilité des économies, leur réinvestissement et la valeur créée pour les citoyens. Les réformes doivent préserver la qualité des services publics et anticiper les effets à long terme sur l’économie. Le leadership et la communication sont essentiels pour obtenir le soutien de la réforme.

Lancer quelques initiatives visibles et à fort impact permet de montrer rapidement des résultats, de créer une dynamique positive et de préparer le terrain pour des réformes plus complexes. Une structure de pilotage, rattachée au plus haut niveau de l’État, est indispensable pour garantir la cohérence, affecter les moyens et assurer la mise en œuvre.

Un investissement ciblé les deux premières années peut générer des gains durables à horizon cinq ans. Tous les acteurs du secteur public doivent être impliqués, avec une approche adaptée à leurs réalités opérationnelles et à leur niveau de maturité digitale. Enfin, la technologie est un levier majeur, mais elle doit s’accompagner d’un changement de culture et de pratiques.

 


Ce qu'il faut retenir

Réduire le déficit public sans dégrader le service rendu aux citoyens est possible. EY-Parthenon identifie quatre leviers neutres et complémentaires – digitalisation et IA, optimisation des achats, optimisation des investissements et détection des fraudes – susceptibles de générer plus de 40 Md€ d’économies en année +5, soit plus de 1 point de PIB à horizon 2030. Leur réussite repose sur un engagement transpartisan durable, un pilotage au plus haut niveau et un changement de culture.