Eddie Aikau surfing competition, Waimea Bay

IPO : le grand retour des introductions en Bourse, sous conditions

Enfin ! Après des années marquées par l’incertitude, les marchés mondiaux des introductions en Bourse (IPO en anglais, pour initial public offering) retrouvent des couleurs. Avec un regain d’activité, le 1er semestre 2026 marque un tournant. Se dirige-t-on vers l’une des meilleures années de la décennie pour les marchés primaires ?


En résumé :

  • 194 Md$ levés au S1 2026, soit plus de trois fois le niveau du S1 2025.
  • L'IA et les méga-IPO dynamisent le marché, avec des opérations record comme SpaceX.
  • Les investisseurs restent très sélectifs, privilégiant les entreprises les mieux préparées.


À l'échelle mondiale, le nombre d'IPO est resté quasi stable en termes d’opérations : de 548 au 1er semestre 2025 à 509 au 1er semestre 2026, soit une baisse limitée de 7 %. En valeur, les montants levés ont en revanche été multipliés par plus de trois : de 62 milliards de dollars (Md$) au 1er semestre 2025 à 194 Md$ au 1er semestre 2026 !

En cause : la place prise par quelques opérations de très grande envergure, dans un marché où les investisseurs privilégient désormais les leaders de leur secteur. Dernière illustration en date : l’introduction en Bourse – démesurée – de Space X, le 12 juin 2026, à hauteur de 86 Md$. Une partie de l’explication à elle seule.

Pour autant, reprise ne rime pas avec euphorie. Les investisseurs demeurent hyper-sélectifs, les fenêtres de tir sont parfois très étroites et les tensions géopolitiques continuent d’influencer le calendrier des opérations. Dans ce nouvel environnement, seules les entreprises les mieux préparées sont à même de réussir leur entrée en Bourse. 

Une dynamique mondiale relancée

Ces dernières années, les marchés IPO évoluaient bien en dessous de leurs moyennes historiques. Hausse des taux d’intérêt, inflation persistante, ralentissement économique et instabilités géopolitiques avaient freiné l’appétit des investisseurs. Aujourd’hui, la situation évolue favorablement.

Une nouvelle phase de croissance émerge, soutenue par l’amélioration des résultats des entreprises, le retour progressif de la confiance des investisseurs et une diversification des secteurs candidats à la cotation. L’activité ne repose plus exclusivement sur la technologie. Elle s’étend à l’industrie, aux infrastructures, à la défense, à l’énergie ou encore à certaines activités de santé.

Cette reprise est particulièrement visible aux États-Unis. Plusieurs entreprises, valorisées à plus de 1 000 Md$, pourraient rejoindre les marchés financiers d’ici à la fin de l’année 2026. La perspective de méga-opérations favorise un optimisme général tout en mobilisant l’attention et des capitaux disponibles.

L’IA change la donne

L’un des principaux moteurs de la reprise actuelle ? Sans conteste, l’intelligence artificielle (IA). Cet ensemble de technologies n’est plus seulement un thème d’investissement ; c’est un facteur déterminant dans l’évaluation d’un candidat à une IPO. Les investisseurs privilégient désormais les entreprises capables de démontrer la création de valeur générée par l’IA. Semi-conducteurs, centres de données, infrastructures énergétiques, robotique et activités de production avancée sont devenus les secteurs les plus prisés.

A contrario, les valorisations apparaissent difficiles à obtenir pour les sociétés dont le discours sur l’IA repose sur des promesses plus que sur des résultats. Cette évolution traduit une maturité croissante du marché, en recherche accrue de rentabilité et de lisibilité. 

Le retour des fonds d’investissement

Autre actualité : le retour des fonds de capital-investissement et de capital-risque.

Terminée, l’ère où les opérations de fusion-acquisition constituaient souvent la principale voie de sortie : les IPO redeviennent une option crédible. Les meilleures performances boursières après cotation encouragent les investisseurs à opter pour cette stratégie. Plusieurs opérations récentes, soutenues par des fonds, ont reçu un accueil favorable et obtenu des performances satisfaisantes sur les marchés secondaires.

De quoi, sans doute, alimenter le pipeline mondial des nouvelles introductions aux prochains trimestres, les portefeuilles de « private equity » contenant encore de nombreuses sociétés arrivées à maturité. 

Des situations contrastées à travers le monde

Si la dynamique globale est positive, la situation varie d’un fuseau horaire à l’autre.

Aux États-Unis, le marché a deux atouts : sa liquidité et un environnement favorable aux grandes opérations, telles SpaceX. Les investisseurs suivent avec attention plusieurs méga-IPO susceptibles de battre des records en termes de montants levés dans le domaine de l’IA. Au 1er semestre 2026, le nombre d’opérations a diminué de 35 %, alors que le montant levé est passé de 17 Md$ à 128 Md$ !

En Chine et à Hong Kong, l’activité reste soutenue grâce à la profondeur des marchés domestiques et au retour progressif des investisseurs internationaux. Le montant levé au 1er semestre 2026 atteint 42 Md$, soit une progression de 97 % par rapport au 1er semestre 2025. Les sociétés spécialisées dans les technologies industrielles, les semi-conducteurs ou l’IA occupent une place centrale dans les projets de cotation.

En Europe, la situation est plus contrastée. Les investisseurs demeurent prudents face aux conséquences de la guerre en Ukraine, aux tensions au Moyen-Orient et aux risques liés au prix de l’énergie. Plusieurs secteurs continuent néanmoins d’attirer l’attention : défense, infrastructures critiques, industrie et activités liées à l’IA. Ainsi, l’IPO du groupe tchèque CSG à l’Euronext Amsterdam lui a permis de lever 4,5 Md$. Au global en Europe, le nombre d’opérations est quasi stable : 53 IPO au 1er semestre 2026 versus 51 au 1er semestres 2025. Les montants levés, eux, progressent de 56 % : 9,3 Md$  au 1er semestre 2026 contre 6 Md$ en 1er semestre 2025.

Quid de la France ? Au 1er semestre 2026, elle reste en retrait avec seulement deux opérations au compteur : Rising Stone et Ieva Group, qui ont levé respectivement 42 M$ et 8 M$. D’autres opérations sont prévues au 2e semestre 2026 – le Slip Français a annoncé son IPO.

Se préparer pour profiter des opportunités

2026 pourrait marquer le redémarrage des marchés mondiaux des introductions en Bourse. Une reprise qui diffère de celles observées par le passé. Les investisseurs ne recherchent plus seulement la croissance ; ils exigent rentabilité, visibilité et discipline d’exécution irréprochable.

Le message adressé aux dirigeants est clair : les marchés sont ouverts, mais ils ne le resteront pas nécessairement longtemps. Des fenêtres de tir existent, mais elles peuvent se refermer sous l’effet d’un choc géopolitique ou d’une montée de la volatilité. Dans cet environnement instable, la réussite d’une IPO dépend moins d’un marché favorable que de la capacité d’une entreprise à être prête lorsqu’une opportunité – la bonne – se présente. 

Ce qu'il faut retenir

Le marché mondial des introductions en Bourse renoue avec la croissance en 2026, porté par l'intelligence artificielle, le retour des investisseurs et plusieurs opérations d'envergure. Toutefois, cette reprise s'accompagne d'une sélectivité accrue : les marchés récompensent désormais les entreprises capables de démontrer rentabilité, visibilité et solidité d'exécution. Plus que jamais, la réussite d'une IPO dépend de la préparation de l'entreprise et de sa capacité à saisir les bonnes fenêtres de marché.