Façade vitrée couverte de plantes grimpantes

Comment créer de la valeur dans un marché immobilier en transformation ?


Dans un marché sous tension, le value-add immobilier offre des leviers concrets pour transformer les actifs et répondre aux besoins des territoires. 


En résumé :
 
  • 24 stratégies de revalorisation identifiées sur un marché représentant près de 7 Md€ d'investissements en 2024 et 2025.
  • Brown-to-green, restructuration, changement d'usage : les leviers pour recréer de la valeur durable.
  •  Trois clés de succès : sélectionner les bons actifs, définir l'usage cible et maîtriser l'exécution.

Comment recréer de la valeur dans un marché immobilier marqué par une faible liquidité, des enjeux de refinancement et l’obsolescence d’une partie du parc existant ? Quelles stratégies privilégier pour répondre aux besoins des territoires ? Et quels sont les facteurs de succès de ces opérations ?

Pour répondre à ces questions, Ernst & Young Advisory (« EY-Parthenon ») a développé une méthodologie permettant de qualifier les stratégies de revalorisation ou value-add sur le marché immobilier français.

Appliquée à un marché représentant près de 7 Mrds€ d’investissements en deux ans (2024 et 2025), elle identifie 24 stratégies de création de valeur (brown-to-green, restructuration, changement d’usage, traitement de la vacance, repositionnement locatif, etc.). Cette analyse, enrichie par notre expérience auprès des acteurs de l’immobilier et de la ville, met en évidence trois facteurs clés de succès : sélectionner les bons actifs, définir un usage cible pertinent et maîtriser l’exécution. Elle montre également que la transformation du parc existant ne pourra changer d’échelle sans une augmentation significative des investissements privés et la structuration d’une véritable filière de revalorisation et de transformation.

Depuis le retournement du marché en 2022, l’immobilier français évolue dans un contexte marqué par un recul des volumes d’investissement, des enjeux croissants de refinancement et une baisse de la production de logements. Dans le même temps, le décalage entre une partie du parc existant et les besoins des utilisateurs et des territoires s’accentue :

  • Environ 20 Mrds€ investis en immobilier (commercial et résidentiel) en France en 2025, en repli de plus de 50 % par rapport au pic de 2019 (environ 44 Mrds€), signe d’un marché structurellement affaibli1
  • 276 000 logements produits en 2025, soit près de deux fois moins que les besoins estimés2
  • Recherches documentaires, entretiens et analyses EY-ParthenonPlus de neuf millions de mètres carrés de bureaux inoccupés en France3
  • 11,6% de vacance commerciale en 2025 (+1 pt en un an), signe de mutation des centres-villes4

Face à ces déséquilibres, la revalorisation du parc existant apparaît comme l’un des principaux leviers de création de valeur pour les territoires.

Ernst & Young Advisory (« EY ») accompagne au quotidien les acteurs de l’immobilier et de la ville confrontés à ces mutations (investisseurs, financeurs, sociétés de gestion, foncières, bailleurs, entreprises utilisatrices et acteurs publics locaux). En réponse, ils déploient différentes stratégies de transformation et de revalorisation du parc existant.

Le value-add, entendu au sens large dans cet article5, consiste à redonner une valeur économique, environnementale ou territoriale à des actifs obsolètes, vacants ou inadaptés. Il mobilise différents leviers, de la rénovation et du repositionnement locatif au changement d’usage et à la régénération urbaine.

EY-Parthenon est convaincu que le value-add peut apporter une réponse pertinente aux déséquilibres actuels du marché, à condition de sélectionner les actifs présentant un réel potentiel de revalorisation, de répondre aux usages futurs et de maîtriser les risques d’exécution.
 

I. Le marché du value-add est un marché dynamique qui représente 4Mds€ d’investissements en 2025


Le marché du value-add s'établit à 3 Mrds€ en 2024 et 4 Mrds€ en 2025 (+35% en un an)

  • Ce marché représente environ 20% des montants totaux investis en immobilier en France en 2025 estimés à environ 20 Mrds€.
  • Le marché s'inscrit dans une dynamique en hausse entre 2024 et 2025, avec un S1 2026 qui confirme le maintien d'un niveau d'activité soutenu.
  • Les stratégies value-add stricto sensu captent plus de 95% des volumes sur la période, les stratégies opportunistes restant marginales.

Le marché est dominé par les bureaux suivi du résidentiel

  • Les deux types d’actifs - bureaux et résidentiel - concentrent environ 70% des volumes investis en value-add.
    • Les bureaux dominent le marché de façon continue (environ 48 et 46% des volumes en 2024-2025) et renforcent leur poids au S1 2026, portés par la profondeur du marché parisien.
    • Le résidentiel constitue la deuxième classe d'actifs en volume.
  • Les autres classes d'actifs (hospitality, logistique & industrie, retail, santé) restent fragmentées et affichent une volatilité marquée d'une année à l'autre, aucune ne dépassant 15% des volumes d’investissements.

Le marché est très parisien avec environ 80% des volumes situés en Île-de-France en 2025

  • L'Île-de-France concentre l'essentiel (80%) des volumes, Paris intra-muros représente près de 70% du marché.
  • En régions, les investissements se situent dans les grandes métropoles françaises pour les stratégies de bureaux et de résidentiel, tandis que le segment hospitality s'étend davantage vers les destinations touristiques (littoral, montagne, patrimoine).

Le marché est dominé par quelques grands investisseurs sur les rares méga-deals, mais plus ouvert sur les opérations de taille intermédiaire

  • Les transactions supérieures à 150m€ concentrent une petite dizaine d'acteurs pan-européens et internationaux (family offices, grands fonds, foncières, consortiums ad hoc). Elles captent une part significative des volumes malgré leur nombre limité, où la capacité à mobiliser des capitaux importants constitue le principal facteur différenciant.
  • En-deçà de 150m€, le marché s'ouvre à une grande diversité d'acteurs : plateformes capitalisées, foncières privées, investisseurs entrepreneuriaux value-add, family offices, investisseurs privés, foncières publiques et parapubliques. Leur ancrage est souvent très local en-dessous de 20m€, où la maîtrise du sourcing off-market fait la différence.
     

II. Où chercher la création de valeur en France ? Cinq stratégies dominantes sur les 24 stratégies de création de valeur passées en revue par EY-Parthenon

Le value-add ne constitue pas une stratégie unique puisqu’il regroupe un ensemble de leviers de création de valeur qui se déclinent par classe d'actifs et par type d'opération. Pour appréhender ce marché, EY-Parthenon a développé une méthodologie propriétaire6 qui analyse 24 stratégies distinctes, réparties sur six classes d'actifs (Bureaux, Retail, Logistique, Résidentiel, Hospitality, Santé / Infra / Éducation). Cette grille de lecture permet de qualifier chaque transaction par le levier de création de valeur mobilisé et d'identifier les dynamiques structurantes du marché.

En 2025, le marché se concentre autour de cinq stratégies représentant 80% des volumes value-add investis, avec une prédominance des logiques d'arbitrage et de brown-to-green.
 


Trois exemples récents illustrent la diversité des leviers de création de valeur mobilisés sur le marché


III. Trois facteurs clés pour réussir une stratégie de value-add

Le marché français du value-add représente déjà 3 à 4 Mrds€ d'investissements par an et devrait continuer à se développer sous l'effet des besoins de liquidité et des refinancements. Dans ce contexte, notre expérience montre que les opérations les plus créatrices de valeur reposent sur trois principes fondamentaux : sélectionner les bons actifs, définir un projet en adéquation avec les besoins futurs du territoire et maîtriser son exécution.

     1. Sélectionner les actifs présentant un réel potentiel de revalorisation

Dans un marché extrêmement concurrentiel, sélectionner les bons actifs suppose d'identifier leur potentiel de création de valeur, d'en démontrer la faisabilité économique et de faire converger les intérêts des vendeurs et des acquéreurs.

  • Pour les vendeurs comme pour les acquéreurs, les 24 stratégies de création de valeur présentées précédemment constituent une grille de lecture permettant d'évaluer l’éligibilité et le potentiel de revalorisation des actifs existants.
  • Pour l'acquéreur, trois capacités sont déterminantes :

    1. identifier, le plus en amont possible, les « signaux faibles » (échéances de refinancement, obsolescence technique, vacance, etc.) afin d'accéder aux meilleures opportunités ;
    2. construire, avec des compétences spécialisées value-add, un modèle économique robuste permettant d'évaluer la faisabilité de l'opération et de déterminer un prix d'acquisition compatible avec les coûts de transformation, les aléas d'exécution et le rendement cible ;
    3. convaincre le vendeur, en démontrant qu'un prix cohérent avec le potentiel réel de création de valeur de l'actif est dans l'intérêt des deux parties. Dans un marché encore peu mature où il n’y a pas réellement de références de prix, l'alignement entre les attentes des vendeurs et des acquéreurs constitue souvent l'une des principales conditions de réalisation de la transaction.

Par exemple, nos expériences de conversion d'actifs de bureaux en logements montrent que l'évaluation du potentiel de transformation doit intervenir dès l'acquisition. Selon l'ORIE7, il dépend notamment de la dynamique des marchés tertiaire et résidentiel ainsi que de la faisabilité économique de l'opération. Cette analyse doit également intégrer les contraintes administratives et une perte de surface d'environ 20%.

    2. Définir un projet en adéquation avec les usages futurs du territoire et ses dynamiques locales

Le succès des opérations de value-add repose sur la capacité à répondre aux besoins des acteurs d’un territoire. Le projet doit ainsi accompagner l’évolution des usages : création de logements dans les zones en tension, réponse aux attentes en termes de flexibilité des espaces, mise à disposition d’espaces extérieurs et de services, adaptation des surfaces tertiaires aux nouveaux modes de travail, diversification des fonctions urbaines ou encore requalification d'actifs vacants ou obsolètes. Les bureaux constituent à ce titre un enjeu stratégique pour les entreprises, notamment en matière d’attractivité et de rétention des talents.

Une des caractéristiques des opérations de value-add est qu'elles doivent, pour être pertinentes, répondre simultanément aux enjeux sociaux (réponse au besoin des usagers), environnementaux (au-delà de la conformité réglementaire : confort thermique, performance énergétique, etc.) et économiques à l'échelle du quartier ou du territoire (attractivité, réduction de la vacance, dynamisation du tissu économique, etc.).

Répondre à ces enjeux suppose une compréhension fine des dynamiques locales (évolution démographique, bassin d’emploi, infrastructures, équilibre entre l’offre et la demande etc.) afin d’identifier les territoires et actifs dont les fondamentaux sont suffisamment solides pour soutenir le repositionnement, la transformation ou la création de nouveaux usages. L’étude de ces facteurs ainsi qu’un dialogue en amont avec les collectivités et les parties prenantes (aménageurs, services de l’État, opérateurs locaux, riverains, etc.) sont essentiels.

Par exemple, la reconversion d'une ancienne cité administrative en métropole régionale, associant résidences étudiantes, logements sociaux et logements intermédiaires ainsi qu'un espace culturel, illustre une programmation multi-usage qui suppose un alignement en amont avec la collectivité et les acteurs de l'enseignement supérieur. La réussite d'un tel projet dépend de la capacité à ajuster la programmation aux dynamiques territoriales et à anticiper l'évolution des besoins des utilisateurs finaux.

    3. Maîtriser l'exécution

Les opérations de value-add sont particulièrement exposées aux aléas d'exécution. Contraintes administratives, complexité technique, dérive des coûts de travaux, évolution des conditions de financement ou difficultés de commercialisation peuvent remettre en cause les hypothèses retenues à l'investissement.

L'enjeu est de préserver, tout au long de la transformation, l'équilibre économique de l'opération. Cela suppose une gouvernance adaptée, un pilotage étroit des coûts, des délais et des risques, ainsi que la mobilisation des expertises nécessaires à chaque étape du projet.

Par exemple, nos analyses de plusieurs opérations de value-add montrent qu'un décalage de 6 à 12 mois du calendrier des travaux peut avoir un impact significatif sur le rendement de l'opération, avec une baisse du TRI pouvant atteindre 2 à 3 points pour un TRI cible de 12 à 15%.

Conclusion

Avec 3-4 Md€ investis annuellement dans des stratégies de value-add, les investisseurs privés sont aujourd’hui des acteurs clés de la transformation de la ville de demain.

Cette dynamique reste toutefois insuffisante au regard de l'ampleur des besoins. Les investissements nécessaires à la transformation du parc existant se chiffrent en centaines de milliards d'euros pour les prochaines années. À titre d'exemple, sur le résidentiel, les seuls besoins liés à la rénovation, à l'adaptation au vieillissement, au changement climatique et à l'amélioration de l'habitat privé sont estimés à 96 Md€ par an à horizon 20308.

Pour relever ce défi, l'enjeu est désormais de changer d'échelle. Cela suppose de structurer une véritable filière de revalorisation et de transformation des actifs, de stimuler les investissements, de poursuivre les efforts de simplification administrative et réglementaire, et de renforcer la coopération entre investisseurs, propriétaires, collectivités, utilisateurs et acteurs publics afin d'aligner les intérêts de l'ensemble de la chaîne de valeur.

L'enjeu est désormais de structurer et massifier ces stratégies afin d'accélérer la transformation du parc existant.



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Ce qu'il faut retenir

Face à la baisse des volumes d’investissement, à l’obsolescence d’une partie du parc immobilier et aux besoins croissants des territoires, les stratégies de value-add constituent un levier majeur de création de valeur. L’étude d’EY-Parthenon identifie 24 stratégies de revalorisation, allant de la rénovation énergétique au changement d’usage. Leur succès repose sur trois facteurs clés : sélectionner les actifs adaptés, définir des usages répondant aux besoins futurs et maîtriser l’exécution des projets. L’enjeu est désormais d’accélérer la transformation du parc existant à grande échelle.

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