À quelques jours du Sommet Palladio, qui réunira le 18 juin environ 1000 acteurs publics et privés de la filière, la 10ᵉ édition du Baromètre d’impact EY-Palladio met en lumière un paradoxe majeur : celui d’une industrie en crise durable qui réduit ses investissements essentiels, mais qui recèle un potentiel considérable d’innovation et de croissance au service des grands enjeux du pays.
Se loger : un levier majeur pour la croissance et la cohésion du pays
Avec 276 000 logements produits en 2025 pour un besoin estimé à plus du double, le logement apparaît comme l'un des principaux leviers de développement économique et social de la France. Au-delà du pouvoir d'achat, il conditionne de nombreux choix de vie : un Français sur cinq déclare avoir repoussé un projet d'enfant faute d'un logement adapté, tandis que le parc résidentiel doit évoluer pour répondre au vieillissement de la population et à la perte d'autonomie. Le taux de natalité a reculé de 27 % entre 2010 et 2025 et la France comptera plus de 10 millions de personnes âgées de plus de 75 ans en 2040.
Accélérer la production et l'adaptation des logements représente une opportunité majeure pour soutenir la croissance, l'emploi, la mobilité et la cohésion du pays.
Vivre ensemble : réinventer les territoires et les lieux de vie
La vacance commerciale atteint 11,6 % (+1 point) et près de 9 millions de m² de bureaux demeurent inoccupés. Ces évolutions révèlent l'ampleur des transformations économiques, urbaines et sociétales à l'œuvre. Là où les actifs retrouvent une utilité, ce sont aussi les services, l'activité économique, les recettes locales et l'attractivité des territoires qui se renforcent. Ces enjeux sont particulièrement importants dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), où se concentrent des besoins considérables en matière de logement, d'équipements et de renouvellement urbain.
Transformer les actifs sous-utilisés en leviers de mixité, d'activité et de services constitue l'une des clés du renforcement de la cohésion sociale et territoriale.
S’adapter au changement climatique : une industrie en première ligne
Si le bâtiment représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre en France et que la sinistralité climatique devrait augmenter de 40 % à horizon 2050, paradoxalement, les investissements climat reculent. La filière a investi 41 Md€ en 2025, loin des 52 Md€ nécessaires pour tenir la trajectoire de la Stratégie nationale bas carbone à 2030. Pourtant, l’industrie de la ville se transforme pour répondre à ces défis. 67 % des entreprises ont défini une trajectoire de décarbonation (+ 10 points en un an), 61 % agissent en faveur de la biodiversité.
La transition climatique de nos espaces n’est pas seulement l’un des plus grands défis de la filière et de la France, elle constitue aussi l’une des plus grandes opportunités de transformation, de rénovation et de croissance pour les décennies à venir.
« Ce que l’on constate c’est que la volonté de décarboner est là, que les trajectoires sont posées et que la transformation de l’industrie est engagée. Pour chacun de ces défis, qu’il s’agisse du logement, des fractures territoriales ou du climat, une réponse immobilière existe. Ce qu’il manque c’est la volonté collective de lever les freins ! C’est-à-dire un soutien plus important ainsi qu’un cadre financier et réglementaire à la hauteur de l'urgence », déclare Méka Brunel, Présidente de la Fondation Palladio.
« Les défis sont considérables, mais ils ne doivent pas masquer l'essentiel : la France de l’immobilier dispose de talents, d'entrepreneurs, d'entreprises innovantes et d'écosystèmes parmi les plus performants au monde. L'intelligence artificielle, la transition environnementale et les transformations démographiques ouvrent un nouveau cycle d'investissement. Notre capacité collective à créer un environnement de confiance, à accélérer l'innovation et à libérer l'investissement déterminera la croissance de demain », souligne Jean-Roch Varon, Président d’EY France.
Les 405 dirigeants interrogés dans le cadre de ce baromètre sont sans ambiguïté : les réponses aux défis du logement, des inégalités territoriales et du changement climatique existent. Elles ne supposent pas de « faire plus », mais de « faire mieux », en simplifiant le cadre réglementaire et fiscal, en stabilisant les dispositifs publics et en orientant les financements là où ils produisent le plus d'effets.
Face à ces constats, la Fondation Palladio entend engager acteurs publics et privés sur plusieurs fronts : financement de la rénovation à grande échelle, simplification du cadre réglementaire, orientation de l'investissement vers les territoires en tension et le bâti exposé aux risques climatiques. Pas pour dresser une liste de vœux mais pour peser sur les conditions qui permettront à la filière d'agir.