Dans un contexte mouvant, par leur vision long terme et leur ancrage territorial, elles sont un pilier de notre souveraineté économique et industrielle.
Élargie cette année à l’ensemble des entreprises familiales, toutes tailles confondues, cette nouvelle édition révèle un paradoxe saisissant : si la volonté de transmettre reste extrêmement forte, le passage effectif du pouvoir demeure largement inachevé : 87 % des dirigeants ont engagé une démarche de transmission, mais seuls 6 % ont complètement passé le relais.
Cette étude interroge transmetteurs et receveurs pour comprendre pourquoi si peu de dirigeants se retirent effectivement de la gouvernance et du capital alors que tant de dirigeants déclarent souhaiter transmettre.
Principaux enseignements du Baromètre :
Une volonté de transmission intrafamiliale affirmée
- 82 % des dirigeants privilégient la transmission intrafamiliale, avec une prise de direction générale par le receveur dans 70 % des cas.
- La première transmission enclenche un cercle vertueux : 88 % des receveurs, ayant eux-mêmes reçu l’entreprise, entendent transmettre à leur tour.
- Le moteur commun est l’avenir de l’entreprise : pérenniser l’entreprise et ses valeurs (76 % des transmetteurs, 90 % des receveurs), avec une envie croissante d’adapter l’entreprise aux enjeux du marché (52 % des transmetteurs).
- Mais le processus reste mal structuré : 57 % des receveurs déclarent une transmission « prévue mais sans processus formalisé », alors que l’âge moyen de transmission se situe autour de 66 ans.
Le nœud de la transmission : le lâcher-prise du transmetteur
- Beaucoup transmettent le capital, peu transmettent le pouvoir. Seuls 6 % des transmetteurs sont totalement retirés du pouvoir et du capital (11 % au-delà de 60 ans), quand 39 % ont déjà cédé une partie du capital.
- 63 % des dirigeants transmetteurs n'ont pas de projet pour l'après transmission, ceci expliquant la difficulté à se détacher de l'entreprise.
- 68 % des transmetteurs souhaitent conserver un rôle officiel après la transmission, dont une majorité (55 %) au sein des organes de gouvernance de l'entreprise.
- Cette présence prolongée pèse sur le receveur : 39 % estiment qu’elle limite leur capacité à exercer leurs responsabilités.
La transmission est avant tout un processus humain
- Les craintes juridiques, fiscales et financières existent mais passent au second plan. L’enjeu principal est avant tout émotionnel.
- 42 % des transmetteurs redoutent de léguer un fardeau et 28 % des tensions familiales.
- 65 % des receveurs craignent de ne pas être à la hauteur alors même que leurs parcours sont solides, et 41 % s’inquiètent d’éventuelles tensions familiales.
- Près d’un dirigeant sur trois (28 %) n’envisage pas de transmettre ou n’y a pas encore réfléchi ; l’absence de successeur identifié (30 %) et une gouvernance défaillante (78 % de ces dirigeants n’en disposent pas) en sont les premières causes.
Les nouveaux dirigeants familiaux, véritables entrepreneurs qui transforment l’entreprise
- 74 % des receveurs déclarent être à l’initiative d’un nouveau projet stratégique et pour deux tiers il diffère de celui de la génération précédente. Innovation et digitalisation constituent le premier levier de développement (65 %).
- Les effets sur l’entreprise sont tangibles : croissance du chiffre d’affaires pour 57 % des receveurs (dont +20 % pour près de la moitié d’entre eux), créations d’emplois et gouvernance renforcée.
- Les deux premières années restent toutefois une période de fragilité, marquée par un isolement paradoxal : des receveurs très entourés techniquement, mais souvent seuls sur la dimension humaine.
La gouvernance duale, clé de réussite de la transmission
- Un décalage de perception révélateur : 82 % des transmetteurs déclarent qu’une gouvernance d’entreprise existait au moment de la transmission, contre 58 % des receveurs.
- Au final, quand l’intention devient action, la transmission renforce l’entreprise et la famille : 84 % des receveurs estiment que la pérennité de l’entreprise et l’unité familiale en sortent renforcées, une conviction partagée par 98 % des transmetteurs sur la pérennité et 94 % sur l’unité familiale.
« La transmission intrafamiliale n’est pas seulement une continuité : elle pérennise l’entreprise et constitue un levier de renouveau stratégique et de croissance. Anticiper ce moment avec le repreneur, véritable entrepreneur, c’est préserver un patrimoine économique unique, soutenir l’emploi et renforcer l’ancrage territorial des entreprises sur le long terme. » Antoine Moittié, associé responsable du marché Entrepreneurs, Europe West et France, EY.
« Le véritable défi de la transmission est de céder des titres de l’entreprise et, dans le même temps, renoncer au pouvoir et au rôle qui ont façonné l’identité du dirigeant qui transmet pendant des années. Ce lâcher-prise, préparé et accompagné notamment sur les dimensions humaines et émotionnelles, est la condition pour que le nouveau dirigeant puisse déployer pleinement son projet pour l’entreprise. » Blandine Pessin-Bazil, associée For Talents.
« La transmission ne s’arrête pas au passage de relais : elle se cultive dans le temps. Elle exige d’animer l’actionnariat, de nourrir l’adhésion au projet familial, de former les nouvelles générations - ainsi qu’une gouvernance solide pour accompagner les transitions et prévenir les tensions. » Caroline Mathieu, déléguée générale, FBN France.
Méthodologie
Enquête OpinionWay menée du 15 avril au 15 juin 2026 auprès de 222 dirigeants d’entreprises familiales (134 transmetteurs, 88 repreneurs), complétée par 13 entretiens qualitatifs.