Du 12 au 18 octobre, la 91ᵉ édition du Mondial de l’Auto réunira à Paris plus de 100 exposants, dont plus de 60 constructeurs. Au-delà des nouveaux modèles de véhicules, cette édition donnera le ton aux tendances qui structureront désormais l’industrie : électrification, accessibilité, batteries, véhicule logiciel, autonomie et nouvel équilibre concurrentiel entre l’Europe et la Chine.
1. Aucun retour structurel vers le thermique
L’objectif européen actuellement en vigueur reste une réduction de 100 % des émissions à l’échappement des voitures neuves à partir de 2035. Les flexibilités aujourd’hui envisagées pourraient prolonger la coexistence des motorisations et conforter le rôle de l’hybride comme technologie de transition. Elles ne provoqueront toutefois pas de retour structurel vers le thermique. Le scénario le plus probable reste celui d’une accélération progressive du 100 % électrique, soutenue par l’arrivée de véhicules plus petits et plus abordables. La volatilité du prix des carburants pourra renforcer cette dynamique, mais le véritable déclencheur restera économique : prix d’achat, coût mensuel d’utilisation et valeur de revente. Alors que l’industrie mesurait le succès de la transition au nombre de modèles électriques lancés, il se mesurera à l’avenir surtout à la capacité de les vendre de manière accessible et rentable.
2. La recharge deviendra une bataille d’expérience client
Avec environ 1,16 million de points de recharge publics dans l’Union européenne, le paysage de la recharge s’est industrialisé, les problématiques se tournent dorénavant davantage vers leur fiabilité, la puissance réellement disponible, la simplicité du paiement et leur localisation. Il y a fort à parier que le prochain terrain de différenciation résidera dans l’intégration entre le véhicule, la borne et le réseau électrique : recharge programmée aux heures les plus favorables, adaptation de la puissance disponible et tarification plus lisible pour l’utilisateur. In fine, la borne la plus utile ne sera pas nécessairement la plus proche, mais celle qui fonctionnera et s’intégrera sans friction dans le parcours du conducteur.
3. La batterie européenne entrera dans une phase de consolidation
La présence au Mondial d’un espace permettant de découvrir une batterie grandeur nature illustre la place centrale prise par cette technologie dans la compréhension du véhicule électrique. Mais la bataille industrielle se jouera bien au-delà de la batterie elle-même. L’Europe devra concentrer ses investissements sur les maillons où elle peut construire un avantage durable : cellules destinées à certains segments, électronique de puissance, logiciels de gestion, recyclage et sécurisation des matières premières.
Nous devrions assister à une consolidation des projets européens et à une multiplication des partenariats technologiques. Les projets les mieux placés seront ceux qui disposeront de commandes fermes de constructeurs sur plusieurs années et qui pourront produire à un coût compétitif.
4. Le Mondial confirmera l’installation durable des constructeurs chinois en Europe
La présence de nombreux constructeurs chinois constitue l’un des marqueurs forts de cette édition. Elle montre que l’ambition de ces constructeurs n’est plus seulement de présenter de nouveaux modèles, mais de s’installer durablement sur le marché européen. En 2025, les voitures produites en Chine, toutes marques confondues, représentaient 7 % des ventes européennes et 20 % des ventes de véhicules 100 % électriques. Les prochains défis des constructeurs chinois seront donc industriels et commerciaux : produire ou assembler certains véhicules au sein de l’Union européenne, développer leurs réseaux de distribution et d’après-vente, proposer des solutions de financement et rassurer les clients sur la valeur de revente de leurs véhicules. Cette progression ne signifie pas que les constructeurs européens sont condamnés à perdre des parts de marché. Ils conservent des atouts importants : des marques établies, un savoir-faire reconnu en matière de qualité, de sécurité et de durabilité, une base industrielle locale, des réseaux de distribution étendus et une relation de confiance construite avec leurs clients. Ils devront cependant accélérer sur quatre priorités : réduire le temps nécessaire pour développer un nouveau véhicule, proposer des modèles électriques plus abordables, améliorer l’expérience logicielle et diminuer leurs coûts de production. Les droits de douane peuvent donner du temps aux acteurs européens, mais ils ne remplaceront pas les gains de compétitivité. La prochaine bataille portera sur la capacité à concevoir, industrialiser et commercialiser rapidement en Europe des véhicules accessibles, adaptés aux usages locaux et suffisamment rentables.
5. Le véhicule autonome progressera ville par ville
Pour la première fois, le Mondial proposera un centre d’essais permettant d’expérimenter concrètement différentes fonctions de conduite autonome. Cette présence traduit le passage progressif de la démonstration technologique à l’expérimentation par les utilisateurs. Le lancement d’un service commercial de robotaxis à Zagreb confirme cette évolution, tout en montrant ses limites actuelles : périmètre géographique défini, déploiement progressif et supervision humaine initiale.
D’ici 2030, les robotaxis devraient se développer en priorité dans les zones urbaines denses et sur des trajets répétitifs. Ils ne feront pas disparaître la voiture individuelle, mais rendront l’accès à la mobilité plus attractif que la possession pour certains usages.
Le premier bouleversement concernera moins le véhicule en tant que tel (pour le moment) que le partage de la valeur entre fournisseurs de technologies, opérateurs de flottes et plateformes possédant la relation client.
En consacrant une partie de sa programmation à l’intelligence artificielle, au véhicule défini par logiciel, à la production et à la concurrence mondiale, le Mondial 2026 reflète l’élargissement du terrain de jeu automobile.
L’Europe conserve des marques puissantes, une expertise industrielle reconnue et un tissu de fournisseurs de premier plan. Son principal défi est d’exécuter sa transformation rapidement : rendre l’électrique accessible, sécuriser les chaînes de valeur et transformer l’innovation technologique en modèles économiques rentables.