6 min de temps de lecture 13 oct. 2020
Entreprises allemandes en France : situation économique et perspectives

Entreprises allemandes en France : situation économique et perspectives

Par

Charlotte Jansen

Associate Partner, Audit, International Trade Flows Allemagne

Forte de sa solide expérience de l’audit de groupes internationaux et de sa bi-culturalité franco-allemande, Charlotte est en charge des activités International Trade Flows pour l’Allemagne.

6 min de temps de lecture 13 oct. 2020
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Partenaire économique et scientifique privilégié de la France, l’Allemagne est le 2ème investisseur dans Hexagone en 2019 avec 2 500 entreprises 320 000 emplois. Quelle est la situation économique de ces entreprises ? Quelles sont leurs perspectives? Comment perçoivent-elles la France, avant et après la crise de la COVID-19 ? Eléments de réponse dans la synthèse de notre étude.

En résumé
  • 92% des entreprises allemandes en France jugaient leur chiffre d’affaires d’avant crise « satisfaisant » ou « bon ».
  • 45% des répondants sont optimistes pour l’avenir de leur entreprise à horizon 2022 – 2024.
  • Selon les dirigeants interrogés, la France doit accélérer ses réformes et donner une vision à long-terme aux investisseurs.

La France est un partenaire économique et scientifique privilégié pour l’Allemagne. Le tissu économique français compte 2 500 entreprises contrôlées par des investisseurs allemands, employant plus de 320 000 personnes en France. Après les Etats Unis, l’Allemagne est le 2ème pays investisseur dans l’Hexagone en 2019.

En Europe, la France est la première destination pour les projets d’investissements directs des entreprises allemandes, et la seconde en nombre d’emplois créés en 2019. Selon l’analyse d’EY, parmi les 675 projets d’investissements directs étrangers (IDE) initiés par l’Allemagne en 2019, 21% ont été réalisés en France. Environ 3 640 nouveaux postes ont été créés.

Dans son édition de 2018, l’enquête CFACI/EY montrait un grand optimisme suite aux réformes engagées par les autorités françaises. Cette édition révèle un enthousiasme jusqu’au confinement. Aujourd’hui, la succession de crises de ces trois dernières années a écorné l'image de la France sans casser la relation bilatérale. La France reste la destination préférée des investissements directs allemands, derrière les deux géants asiatiques et l'Amérique du nord.

1/3 des IDE allemands en France sont des projets industriels, majoritairement des projets d’extension. Ces derniers illustrent le renouvellement de la confiance accordée au site France. La France, grâce notamment à son savoir-faire dans l’industrie 4.0, a une carte à jouer dans les relocalisations annoncées pendant la crise sanitaire.

Notre enquête mène aux constats suivants :

Avant la crise de la COVID-19 : une tendance très positive

La situation avant la crise était particulièrement favorable car, pour le premier trimestre 2020, 92% des entreprises allemandes interrogées jugeaient leur chiffre d’affaires d’avant crise « satisfaisant » ou « bon ». C’est 5 points de plus qu’en 2018. Plus d’un tiers des répondants envisageaient une hausse de leur chiffre d’affaires, accompagnée d’un accroissement des effectifs et des investissements à l’horizon 2022-24.

Chiffre d’affaires

92%

des entreprises allemandes jugaient leur chiffre d’affaires d’avant-crise « satisfaisant » ou « bon »

De plus, malgré un climat social tendu en 2019, les investisseurs allemands restaient positifs à l’égard de leur activité en France : 45% des répondants ont enregistré une hausse de leurs bénéfices en 2019. 81% d’entre eux étaient satisfaits des résultats de leur entreprise, contre 78% lors de l’étude précédente. Cette amélioration confirme la tendance de 2018.

Les investisseurs allemand durement frappés par la crise de la COVID-19

La crise sanitaire a drastiquement affecté l’activité en France. 90% des répondants déclarent avoir enregistré une chute de leur chiffre d’affaires. Pour 46% d’entre eux la chute est estimée à plus de 20% pour l’année 2020. Même les secteurs considérés comme essentiels pendant le confinement enregistrent des baisses. 17% des entreprises répondantes ont dû cesser totalement leur activité pendant le confinement. Mais les aides rapides du gouvernement aux entreprises sont saluées. Après une lente remontée en 2021, les investissements et embauches devraient reprendre à l’horizon 2022-24.

Crise du COVID-19

90%

des entreprises allemandes déclarent une perte de chiffre d’affaires

Le couple franco-allemand plus moteur que jamais

La crise sanitaire a mis en exergue l’importance de la coopération franco-allemande. France et Allemagne ont travaillé la main dans la main à tous les niveaux, de manière coordonnée et efficace. Le couple franco-allemand a été et demeure le moteur de l’Europe.

La crise sanitaire, accélérateur de la digitalisation

La crise a également accéléré l’adoption du numérique et du télétravail. Lors des entretiens menés, les entreprises indiquent avoir gagné deux à trois ans dans la digitalisation de leurs méthodes de travail.

Les facteurs majeurs de réussite sur le marché français restent la qualité et le service client

Comme en 2016 et 2018, la qualité des produits et des services ainsi que le service au client sont les facteurs les plus importants pour réussir en France. La connaissance du marché reste également un enjeu crucial. Les dirigeants estiment disposer d’équipes françaises compétentes pour relever ces défis.

A améliorer : lourdeur administrative, fiscalité franco-allemande et niveau d’anglais

Les principaux obstacles à l’investissement restent la lourdeur administrative, les charges sociales, la fiscalité, le cadre réglementaire et le manque de clarté des textes. Le manque de visibilité sur les réformes à venir freine les investisseurs. Elles doivent continuer et s’accélérer. Les personnes interrogées mettent aussi particulièrement en avant un besoin d’harmonisation fiscale entre la France et l’Allemagne. Enfin, les entreprises sont aussi plus nombreuses sont beaucoup plus nombreuses que par le passé à souligner le mauvais niveau d’anglais de leurs salariés français.

Malgré tout, la France conserve ses points forts

La France conserve ses points forts : taille du marché, infrastructures, formation des ingénieurs, le Crédit Impôt Recherche, et, tout particulièrement, l’innovation et la créativité.

Avant la crise : la France enfin au sommet tandis que l’Allemagne décroche

La satisfaction des investisseurs allemands exprimée dans cette enquête s’inscrit dans une tendance plus large : en 2019, la France a pris, pour la première fois, la première place européenne pour l'accueil des investissements internationaux, dépassant l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Elle reste numéro un pour les investissements dans l’industrie et dans la logistique, deux secteurs de prédilection des investisseurs allemands qui contribuent largement à les développer. L’enquête CFACI/EY de 2018 montrait un grand optimisme après les réformes engagées par les gouvernements. Aujourd’hui, la succession de crises ces 3 dernières années a écorné l'image de la France sans casser la relation bilatérale. La France reste la destination préférée des IDE allemands en Europe.

En conclusion

La situation de la France jusqu’en mars 2020 était encourageante, malgré les Gilets jaunes et les grèves. Les entreprises interrogées saluent les réformes engagées mais attendent que celles-ci aillent plus loin. Pendant la crise sanitaire, à travers les aides importantes aux entreprises, la France a envoyé un message fort quant à leur importance. Ces aides ont largement été saluées par les entreprises allemandes en France et leurs maisons-mères. Elles ont confirmé le sentiment que la France est à l’écoute des entreprises, comme en 2018.

La crise sanitaire impacte fortement l’année 2020 : chiffre d’affaires en baisse et report des investissements.  Les entreprises interrogées envisagent une lente remontée en 2021, qui s’accélérera à partir de 2022-24. 

Il reste néanmoins de forts besoins de réformes. Les atouts actuels de la France comme la taille du marché, les infrastructures, la formation des ingénieurs doivent être rendus encore plus attractifs.

Les principaux axes d’amélioration mentionnés sont la lourdeur réglementaire, les obligations françaises allant souvent plus loin que celles imposées par l’Europe, et la clarté concernant les réformes à venir. Les investisseurs veulent avoir une visibilité à long terme. Ils attendent, en particulier, une baisse des taxes et charges sociales qui pèsent lourdement sur l’activité.

Malgré les différents événements, la France est plus attractive que jamais pour les entreprises allemandes.

Ce qu'il faut retenir

En Europe, la France est la première destination pour les projets des entreprises allemandes, et la seconde en nombre d’emplois créés en 2019. La succession de crises de ces trois dernières années a écorné l'image de la France sans casser la relation bilatérale. La France reste la destination préférée des investissements directs allemands. La crise sanitaire a drastiquement affecté leur activité en France, mais elle a mis en exergue l’importance de la coopération franco-allemande. Les principaux obstacles à l’investissement restent la lourdeur administrative, les charges sociales, la fiscalité, le cadre réglementaire et le manque de clarté des textes. Cependant, la France est plus attractive que jamais pour les entreprises allemandes.

A propos de cet article

Par

Charlotte Jansen

Associate Partner, Audit, International Trade Flows Allemagne

Forte de sa solide expérience de l’audit de groupes internationaux et de sa bi-culturalité franco-allemande, Charlotte est en charge des activités International Trade Flows pour l’Allemagne.

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