4 min de temps de lecture 25 janv. 2021

Green IT : vers une Europe du numérique plus écoresponsable

Auteurs
Alexis Gazzo

Associé, Climate Change & Sustainability leader, France

Aider les entreprises et les gouvernements à s'engager dans des stratégies à faible émission de carbone. Créer et protéger la valeur à long terme pour les clients.

Caroline Trilles

Associée, Consulting, Secteur public, France

Accompagner les organisations dans leurs programmes de transformation. Experte de la transformation digitale, des méthodes innovantes et agiles. Danseuse et passionnée de littérature.

4 min de temps de lecture 25 janv. 2021

À l’heure de l’urgence climatique, l’impact environnemental du numérique est en croissance exponentielle. Quelles solutions sont mises en œuvre dans le secteur pour réduire cette empreinte environnementale ?

Au cours de cette décennie, et plus particulièrement ces derniers mois durant cette crise sanitaire sans précédent, les usages et les besoins liés au numérique ont explosé. Télétravail, enseignement à distance, explosion des modalités de vente en ligne et click and collect sont autant de changements profonds dans les habitudes de nos sociétés qui ont vu le jour grâce au numérique pour rester connectés. Le numérique est devenu le nouveau marqueur de nos sociétés à de nombreux égards : les services de la vie quotidienne se numérisent, l’ensemble des industries s’appuient sur le numérique et les sciences de la donnée.

À l’heure de l’urgence climatique, le secteur du numérique, également secteur des plus grandes innovations de notre siècle, permet de développer des solutions adaptées pour nous aider à réduire notre empreinte environnementale. C’est le cas des technologies bas-carbone qui vont jouer un rôle majeur dans la mise en œuvre des plans de relance et du Green Deal européen, visant à faire de l’UE le premier continent décarboné au monde d’ici 2050.  

Les innovations dans le secteur des cleantechs sont d’ailleurs souvent basées sur le numérique, que ce soient les digital twins qui permettent de modéliser et de développer des modèles mathématiques simulant des situations réelles dans l’industrie, l’Internet des objets (Internet of Things), notamment dans le bâtiment, ou encore l’automatisation de l’agriculture permettant de réduire la surface nécessaire pour alimenter l’humanité, et ainsi favoriser la biodiversité. 

Pour autant, l’impact environnemental du numérique est aussi en forte augmentation et représente aujourd’hui 3,8% des gaz à effets de serre, 4,2% de la consommation d’énergie primaire et 5 à 10% de la consommation d’électricité au niveau mondial (ce à quoi s’ajoutent la consommation d’eau et de ressources). 

Comparé à d’autres secteurs (transport, bâtiment, industrie), l’empreinte environnementale du numérique est plus mesurée, mais elle connaît une croissance exponentielle à mesure où le nombre d’utilisateurs et d’appareils connectés augmente. 


Trois piliers consommateurs d’espace et d’énergie


Le numérique repose sur trois principaux piliers : les terminaux, les réseaux et les data centers, qui consomment des ressources et de l’énergie. Selon une étude publiée par Idate Digiworld, le secteur représentait 53 millions de tonnes de déchets en 2019 au niveau mondial, en augmentation de 21% ces cinq dernières années. Seulement 17,4% d’entre eux sont recyclés . Le secteur produit aujourd’hui plus de 34 milliards d’appareils pour 4,2 milliards d’utilisateurs soit, en termes de ressources et d’énergie consommées deux à cinq fois celles de la France .  

Déchets du numérique

53 000 000

de tonnes en 2019, en augmentation de 21% ces cinq dernières années

Il est important de noter que la principale source d’impact environnemental provient de la production et de la consommation d’énergie des équipements des utilisateurs . Il devient essentiel d’augmenter la durée de vie des appareils, de gérer leur fin de vie (recyclage, réutilisation et reconditionnement) et de s’assurer du bon traitement des déchets EEE (équipements électriques et électroniques). La France et l’Europe peuvent mettre en œuvre plusieurs outils législatifs, tels que des mesures favorisant la réparation et la réutilisation afin d’augmenter la durée de vie des appareils tout en réduisant les déchets. L’Union européenne prévoit notamment d’instaurer un plan d’action visant à favoriser l’économie circulaire des dispositifs électroniques tout au long de leur cycle de vie. Au-delà des efforts d’éco-conception et d’économie circulaire sur les appareils, il importe de se pencher sur l’explosion de la demande de données, dans une délicate logique de sobriété numérique qui touche au comportement des utilisateurs particuliers et professionnels. Dans la sphère publique et professionnelle, l’évaluation des impacts environnementaux des services numériques pourrait servir d’aide à la décision. 

 

L’Europe doit montrer la voie 

La crise du COVID-19 a été un facteur d’accélération pour le déploiement du numérique dans notre quotidien, comme pour la transition énergétique et écologique, qui va bénéficier d’investissements historiques dans le cadre des plans de relance. Ce sont deux transitions majeures qui sont aujourd’hui en train de redessiner les priorités stratégiques des entreprises, et sur lesquelles l’Union européenne veut imprimer sa marque. Le déploiement du Green Deal s’appuiera sur le numérique, et inversement la Digital Europe souhaitée par la Commission européenne n’aura de sens qu’en s’inscrivant dans la trajectoire de neutralité carbone à horizon 2050. L’Europe a les cartes en main pour être le leader mondial de solutions numériques responsables, charge aux acteurs du secteur de saisir l’opportunité ! La France avance déjà avec l’adoption début janvier 2021 par le Sénat de la proposition de loi sur l'empreinte environnementale du numérique, qui cible l'obsolescence.

Ce qu'il faut retenir

La crise de Covid-19 a été un facteur d’accélération pour le déploiement du numérique dans notre quotidien, comme pour la transition énergétique et écologique, qui va bénéficier d’investissements historiques dans le cadre des plans de relance. Ce sont deux transitions majeures qui sont aujourd’hui en train de redessiner les priorités stratégiques des entreprises, et sur lesquelles l’Union européenne veut imprimer sa marque. Le déploiement du Green Deal s’appuiera sur le numérique, et inversement la Digital Europe souhaitée par la Commission européenne n’aura de sens qu’en s’inscrivant dans la trajectoire de neutralité carbone à horizon 2050. L’Europe a les cartes en main pour être le leader mondial de solutions numériques responsables, charge aux acteurs du secteur de saisir l’opportunité !

A propos de cet article

Auteurs
Alexis Gazzo

Associé, Climate Change & Sustainability leader, France

Aider les entreprises et les gouvernements à s'engager dans des stratégies à faible émission de carbone. Créer et protéger la valeur à long terme pour les clients.

Caroline Trilles

Associée, Consulting, Secteur public, France

Accompagner les organisations dans leurs programmes de transformation. Experte de la transformation digitale, des méthodes innovantes et agiles. Danseuse et passionnée de littérature.