Une personne regardant des accessoires électroniques dans un magasin éclairé

Green Bets

Du linéaire au circulaire : les nouveaux modèles d'affaires de l'électronique grand public

Et si nos appareils vivaient plus longtemps ? Quels modèles durables adopter dès maintenant ?


En résumé :

  • L’électronique grand public se transforme grâce à des modèles circulaires créateurs de valeur durable.
  • L’engagement croissant des consommateurs accélère cette transition positive.
  • Les entreprises doivent adapter logistique, savoir‑faire et financements pour changer d’échelle.

Le secteur de l'électronique grand public traverse une période de mutation profonde. Bien que technologiquement mature, cette industrie fait face à une série de défis opérationnels : optimisation de l'efficacité énergétique, réparabilité des appareils, réduction de la dépendance aux matières premières critiques, traçabilité, respect des droits humains.

Cette convergence d'impératifs économiques, environnementaux et sociétaux pousse les acteurs du secteur à réinventer leurs modèles. Nous vous proposons un tour d’horizon des stratégies commerciales développées par les entreprises innovantes aujourd’hui.

Des pressions multiples catalysent l’innovation

Après des années de forte progression, le secteur des biens électroniques en France traverse une période de ralentissement, en même temps que de mutation1. Plusieurs facteurs convergent pour créer un environnement propice à l'expérimentation de nouveaux modèles économiques. 

La concurrence s’intensifie : face à la montée en puissance des acteurs asiatiques, la production française doit miser sur l’innovation technologique et la proximité géographique pour maintenir sa compétitivité. 

Les consommateurs évoluent : la période d'inflation prolongée a rendu les clients plus sensibles aux prix, et l’intensification du réchauffement climatique davantage attentifs à l'impact environnemental de leurs achats. Cette double exigence - économique et écologique - redéfinit les attentes du marché. 

Les ressources se raréfient : l'industrie doit composer avec une diminution de la disponibilité des matières premières indispensables aux composants électroniques (telles que le cuivre, l’argent et le nickel), créant des risques d'approvisionnement et une volatilité des coûts2

La réglementation se durcit : les entreprises font face à une pression normative croissante concernant la gestion des déchets électroniques, l'utilisation de substances dangereuses, la traçabilité et la transparence sur l'origine des matériaux et les conditions de travail. 

Face à ces défis, le modèle traditionnel linéaire "extraire, produire, utiliser, jeter" montre ses limites et ne garantit plus la résilience économique d'antan. La transformation devient ainsi une question de pérennité. 

Quels modèles réussissent ?

Le reconditionnement : un modèle en plein essor

Le reconditionnement constitue le modèle le plus fréquemment employé par les marques, même s’il ne concerne encore qu’une fraction des appareils électroniques. Il s’est jusqu’à présent principalement développé pour les téléphones portables, pour deux raisons principales : leur petite taille facilite la logistique et leur forte valeur résiduelle encourage le réemploi dans la durée.  

BackMarket, fondé en 2014 illustre cette réussite. Opérant via une plateforme digitale, l’entreprise affiche en 2024 un chiffre d’affaires de 375 millions d’euros. Étant l’un des modèles les plus proches du modèle linéaire dominant, son adoption par les entreprises et les consommateurs s’en trouve facilitée, malgré des progrès restant à faire en matière de transparence sur la provenance des produits. Les distributeurs traditionnels ne restent pas en marge : Fnac Darty a également lancé son offre de reconditionnement avec un partenaire français, confirmant l’attractivité de ce segment.

 Pour les distributeurs, le modèle du reconditionné est celui qui se rapproche le plus de l’économie de la vente. 

La location : optimiser l’usage plutôt que la possession

L’autre grand modèle est celui de la location, particulièrement pertinent pour les appareils électroniques utilisés ponctuellement : vidéoprojecteurs, drones, équipements sonores, etc.  

Dans son étude sur le cycle de vie des produits3, l’ADEME révèle que « la durée d’utilisation moyenne d’une perceuse est de 12 minutes » et appelle à ne pas se suréquiper. Dans cette perspective, la start-up TULU transforme les espaces communs des immeubles en points de location intelligents. Les résidents peuvent y emprunter une large gamme d'articles — aspirateurs, consoles de jeux, imprimantes, projecteurs, airfryer, etc. — via une application mobile dédiée.  

La réparation : prolonger la vie des équipements

Les services de réparation sont utilisés par les marques pour étendre significativement la durée de vie de leurs produits, tout en développant une relation client durable. Plusieurs pionniers illustrent cette approche. 

Darty Max propose par exemple un programme complet de réparation, tandis que Spareka, développe une plateforme de vente de pièces détachées couplée à des services de réparation, opérant à la fois en B2B et B2C grâce à son partenariat avec Groupama. 

Rendre ces produits et services désirables : clef du succès ?

Pour répondre aux enjeux environnementaux liés à la raréfaction des ressources, les modèles de location, d’abonnement, de services à la demande ou encore de réparation, offrent donc des opportunités de revenus récurrents et de contacts plus fréquents avec les clients.  

Pour réussir, ces produits et services doivent développer leur désirabilité en s’appuyant sur une expérience client fluide, de la transparence et des offres personnalisées. Par ailleurs, les consommateurs doivent être sensibilisés à une vision plus servicielle et durable de la technologie, nécessitant un accompagnement des marques vers de nouveaux modes de consommation.

Un produit durable remporte l’adhésion des consommateurs s’il répond à au moins deux de ces trois critères : il doit être désirable, agréable à utiliser et abordable. 

 Les défis à relever pour passer à l’échelle

Pour déployer ces modèles durables à grande échelle, les entreprises doivent relever un certain nombre de défis : 

  • Logistique - Adapter la logistique en s’appuyant sur la data pour assurer la disponibilité des produits en location, permettre le rachat des équipements et absorber les flux liés à la maintenance, à la réparation et au reconditionnement. 
  • Formation - Développer une approche intégrée de la maintenance et de la réparation en formant le nombre adéquat d’opérateurs qualifiés.  
Fnac Darty a créé sa propre école d’apprentissage de techniciens avec 300 alternants en formation, représentant un investissement de 50 000 € par technicien formé. 
  • Éco-conception - Intégrer dès la conception des critères favorisant la réparation et améliorer l’accès aux pièces et aux guides techniques, ce qui implique de mobiliser efficacement les acteurs de la chaîne de valeur en amont. 
  • Financement – S’adapter à des flux financiers désynchronisés avec une commercialisation qui dépasse le modèle linéaire traditionnel. La prise en compte des retombées financières et commerciales indirectes est essentielle dans la modélisation du potentiel de ces modèles, et éclairer les décisions d’investissement. 

Les entreprises qui sauront concilier innovation technologique et responsabilité sociétale seront au cœur d’une nouvelle économie et précurseurs dans les dynamiques de marché. Cette transformation ne représente donc pas seulement un défi, mais une opportunité de créer de la valeur durable pour les consommateurs, les entreprises et la société dans son ensemble. 

Remerciements

Cet article a été élaboré sur la base d'un travail bibliographique et d'échanges avec des experts du service Climate Change and Sustainability Services d’EY, d’EY Studio+ et d’entretiens avec des acteurs de la chaîne de valeur.

Il reflète également les enseignements partagés lors d’une table ronde dédiée au sujet à l’EY ImpACT Lab ayant réuni Régis Koenig, Directeur Réparation et Durabilité chez Fnac Darty, Gautier Feld, Co-fondateur, CircularX, François-Henri Champagne, Principal chez Citizen Capital, et Christopher Santerre, ex-co-CEO de l'Increvable. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés ! 

Télécharger le rapport complet : A new economy

Ce qu'il faut retenir

Dans l’électronique grand public, une nouvelle scène s’ouvre : celle d’un secteur qui ne mise plus seulement sur la performance technique, mais sur la valeur créée dans le temps. Les marques qui prennent de l’avance sont celles qui transforment l’usage, prolongent la vie des équipements et redonnent une seconde vie aux produits. Reconditionnement, location, réparation : ces modèles deviennent le terrain d’innovation où se jouent la fidélisation, la marge et la confiance. Une nouvelle dynamique de marché émerge, portée par des écosystèmes qui inventent d’autres façons de consommer la technologie. Avec « Green Bets », nous éclairons celles et ceux qui font le pari gagnant d’une nouvelle économie durable.

A propos de cet article

Auteurs

Articles associés

Nouvelle économie : Les cinq piliers d’un avenir durable

Comment transformer les modèles d’affaires pour accélérer la transition écologique ? EY livre les 5 principes fondateurs d’une économie durable.

Industrie textile circulaire : les défis logistiques et financiers pour passer à l’échelle

Comment réinventer l’industrie textile face aux limites du modèle linéaire ? Découvrez comment le secteur adopte des modèles circulaires pour passer à l’échelle.