La fermeture effective du détroit d’Ormuz — passage clé pour environ 20 % du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié (GNL) — a fait bondir les cours du Brent au-delà de 100 à 120 $ le baril. Toutefois, dans un contexte de négociations diplomatiques avancées entre les États-Unis et l’Iran visant à parvenir à un accord de désescalade et à sécuriser à nouveau le trafic maritime, les marchés demeurent particulièrement volatils. Un révélateur de la vulnérabilité structurelle des chaînes d’approvisionnement énergétiques.
Les conséquences pour les entreprises ?
Tout d’abord, les coûts opérationnels explosent. Les secteurs énergivores — industrie, transport, chimie — subissent une inflation des coûts énergétiques, qui pèsent sur les marges. Particulièrement affectés : les importateurs européens et asiatiques, en proie à des répercussions en cascade sur la logistique et la production. Aux États-Unis, la production domestique offre une certaine protection, mais les spreads (écarts de prix entre le Brent et le pétrole brut américain), couplés aux risques géopolitiques, pèsent sur les perspectives économiques.
Ensuite, la volatilité accrue des marchés génère des risques financiers majeurs. La sortie annoncée de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) des Émirats Arabes Unis fragilise l’institution et renforce la volatilité des marchés pétroliers. Les entreprises doivent gérer des contrats à terme instables, revoir leurs stratégies de couverture et faire face à une explosion des primes d’assurance maritime liée aux risques de guerre. Cette incertitude provoque des phénomènes de stockage massif et de restriction d’approvisionnement dans certaines régions. De quoi compliquer la planification budgétaire 2026-2027.
Enfin, cette crise agit comme un accélérateur de transition énergétique. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) qualifie cet événement de « mère de toutes les crises énergétiques ». Les énergies renouvelables, le solaire et l’éolien notamment, ont partiellement absorbé le choc. De quoi éviter un retour massif au charbon dans plusieurs marchés. Dans l’Union européenne, le déploiement des renouvelables s’intensifie et la diversification des approvisionnements en gaz — américain, norvégien, algérien — se renforce. À plus long terme, la sécurité énergétique devient un impératif stratégique. De quoi favoriser le nucléaire, le stockage d’énergie et les investissements dans des infrastructures résilientes.
Pour autant, le détroit d’Ormuz demeure un point de vulnérabilité critique. Même sa réouverture partielle s’accompagnerait de primes d’assurance élevées et de risques persistants liés aux mines et aux drones. Un conflit prolongé pourrait plonger l’économie mondiale dans une stagflation, combinant croissance atone et inflation élevée, dont il est souvent difficile de s’extraire. Et que dire des entreprises dépendantes des chaînes de valeur moyen-orientales, notamment dans la pétrochimie et les fertilisants ? Elles subiraient des perturbations supplémentaires, fragilisant l’agriculture et l’industrie.