Vue aérienne par satellite d’un orage avec des nuages spectaculaires et des éclairs en action, soulignant l’intensité de l’orage
Vue aérienne par satellite d’un orage avec des nuages spectaculaires et des éclairs en action, soulignant l’intensité de l’orage

Les leaders de la lutte pour le climat d’aujourd’hui deviendront‑ils les chefs de file de l’économie de demain?

Personnes‑ressources locales :
Thibaut Millet, leader national des Services en changements climatiques et développement durable d’EY Canada
Stephanie Hamiltonleader, associée, Services en changements climatiques et développement durable d’EY Canada, Ernst & Young s.r.l./S.E.N.C.R.L.

Le Baromètre mondial de la lutte contre les changements climatiques 2025 d’EY montre comment une posture proactive peut représenter une excellente occasion stratégique pour les entreprises.


En bref

  • Le Baromètre 2025 met l’accent sur les entreprises qui, sur la base de l’édition 2024 de l’étude, font preuve de leadership en matière d’ambition climatique et de gestion des risques, ainsi que de qualité de l’information fournie.
  • La plupart des leaders de la lutte pour le climat affirment disposer d’un plan de transition et déclarent évaluer les risques physiques et les risques liés à la transition associés aux changements climatiques.
  • Les entreprises qui gèrent les risques, saisissent les occasions et adaptent leurs modèles économiques pourraient être plus à même d’atteindre leurs objectifs climatiques et de prospérer dans l’avenir.

Les phénomènes météorologiques extrêmes gagnant en fréquence et en gravité, le besoin de mesures concrètes de la part des entreprises n’a jamais été aussi pressant. Bien qu’ils soient manifestes, les progrès restent variables : certaines régions réalisent des progrès dans leurs stratégies en matière de transition et d’informations à communiquer relativement aux questions climatiques, d’autres font face à une résistance de la part du pouvoir politique ou connaissent des reculs sur le plan réglementaire. Dans ce contexte, la transparence apparaît comme une pierre angulaire des mesures individuelles et collectives de lutte contre les changements climatiques, et permet aux entreprises de communiquer comment elles gèrent les risques et participent au changement systémique dans son ensemble. La présentation ouverte de l’information favorise non seulement la collaboration à l’échelle du secteur, mais renforce également l’imputabilité et génère des progrès importants dans tous les secteurs.

Dans un contexte marqué par l’instabilité à l’échelle mondiale – y compris les développements réglementaires comme le train de mesures Omnibus de l’Union européenne (UE), la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), les normes européennes d’information en matière de durabilité (ESRS), le règlement sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR) et la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD), ainsi que les tensions géopolitiques croissantes – les critères de sélection pour l’étude du Baromètre mondial de la lutte contre les changements climatiques ont été recalibrés afin de mieux refléter la dynamique changeante des mesures prises par les entreprises en la matière.

S’appuyant sur l’urgence soulignée dans les rapports précédents, le Baromètre mondial de la lutte contre les changements climatiques 2025 (PDF) (le « Baromètre ») met l’accent sur plus de 850 entreprises considérées comme des leaders de la lutte pour le climat dans le rapport Baromètre 2024 (PDF) (le « Baromètre 2024 ») : il s’agit des entreprises qui se sont engagées à mettre en œuvre des plans de transition, ou à en publier un, ainsi que de celles qui font preuve d’une solide gestion des risques liés aux changements climatiques. Cette approche perfectionnée nous permet de mettre en lumière les entreprises les plus performantes – celles qui transforment des informations de grande qualité en mesures concrètes – et d’examiner ce que nous pouvons apprendre de ces entreprises de premier plan et de la solidité de leurs affirmations.

Des plans de transition solides et réalisables sont essentiels à la résilience des entreprises et à leur préparation à long terme. En effet, ces plans montrent comment les entreprises peuvent anticiper les risques, adapter leurs stratégies et demeurer viables dans une économie à faibles émissions de carbone en constante évolution. Les entreprises ont une occasion en or de renforcer leur résilience à long terme en mettant en place un plan de transition pratique qui les aidera à s’adapter aux défis liés aux changements climatiques.

Paysage de prairies montagneuses et sinueuses au Xinjiang
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Partie 1

Les entreprises font peu de progrès en matière de lutte contre les changements climatiques

Malgré les progrès réalisés en matière de planification climatique, de nombreuses entreprises accusent un retard en matière de transparence, d’établissement de cibles et d’évaluation financière des mesures climatiques, en particulier en ce qui concerne les émissions du champ d’application 3 et la gouvernance.

Le Baromètre montre que les progrès réalisés par les entreprises stagnent en ce qui a trait aux informations à fournir en lien avec les changements climatiques. Alors que 64 % des entreprises se sont dotées d’un plan de transition, la plupart ne font état d’aucun progrès, voire ont fait marche arrière par rapport aux engagements qu’elles avaient pris. L’inaction peut être coûteuse pour les entreprises : à terme, elle peut se traduire par une diminution moyenne de 15 % de leurs produits annualisés, selon le Baromètre. Pourtant, moins d’une entreprise sur trois (31 %) évalue les répercussions financières tant de l’inaction à long terme face aux risques liés aux changements climatiques, qu’ils soient physiques ou liés à la transition, que d’une gestion active de ces risques.
 

Vingt‑cinq pour cent des entreprises ne communiquent pas ou ne prévoient pas de communiquer leurs plans de transition en 2024. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette réticence :

  • l’incertitude politique;
  • les coûts et les efforts liés à l’élaboration de ces plans;
  • l’absence totale de plan de transition;
  • le manque de solidité ou de crédibilité des plans pour être rendus publics;
  • l’hésitation à mettre des informations commercialement sensibles à la disposition des concurrents, comme des détails sur l’exposition à des risques physiques et de transition importants.

Lorsque des entreprises voient leurs pairs refuser de communiquer des informations sur les risques climatiques, elles peuvent en faire autant, ce qui peut nuire à l’action collective et au progrès systémique.


Ce manque de transparence ne se limite pas à la communication d’informations. Alors que 92 % des entreprises sondées évaluent l’incidence des risques physiques, qu’elle soit qualitative, quantitative ou les deux, seulement 44 % déclarent avoir pris des mesures d’adaptation. En l’absence de mesures d’adaptation, les entreprises s’exposent au risque d’une disruption profonde de leurs modèles économiques, ce qui peut refroidir considérablement les investisseurs et d’autres parties prenantes.

Soixante‑huit pour cent des entreprises déclarent avoir entrepris une évaluation quantitative des risques physiques et liés à la transition, mais à peine 17 % des entreprises font rapport des répercussions financières de ces risques. Ce fait est probablement attribuable aux horizons à court terme des états financiers ainsi qu’à la complexité des calculs sous‑jacents.

Leviers de décarbonation et enjeux liés aux émissions du champ d’application 3

Selon l’étude, près de quatre entreprises sur cinq (78 %) déclarent avoir adopté des leviers de décarbonation pour les émissions des trois champs d’application, et presque toutes (96 %) ont mis en œuvre des leviers pour les émissions des champs d’application 1 et 2. Comme on pouvait s’y attendre, les émissions du champ d’application 3 continuent de représenter un défi considérable pour les entreprises : la majorité d’entre elles (entre 60 % et 90 %) ne font rapport que des émissions en amont, tandis que 10 % à 40 % d’entre elles déclarent des émissions en aval3.

Presque toutes les entreprises non financières (98 %) ont adopté des leviers de décarbonation pour au moins un champ d’application, et 91 % ont établi des cibles de réduction des émissions. Ces cibles sont indispensables, car elles permettent de déterminer dans quelle mesure les émissions doivent être réduites, d’évaluer l’incidence des leviers de décarbonation et d’identifier les mesures supplémentaires à mettre en place pour réduire les émissions.

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Même si la majorité des entreprises déclarent leurs émissions du champ d’application 3, ou du moins en partie, environ la moitié seulement (53 %) ont établi une cible globale pour ce champ d’application. Le retard dans la définition et l’atteinte des cibles de réduction des émissions du champ d’application 3 est susceptible de freiner les progrès globaux des entreprises en matière de climat.

Gouvernance

L’étude d’EY montre que de nombreuses entreprises intensifient leurs efforts de décarbonation sans attendre l’établissement de cadres de gouvernance officiels ou de cibles d’émission claires. Seules 8 % des entreprises présentent des informations sur l’affectation des capitaux, tandis que 21 % en communiquent sur l’établissement des objectifs et 41 %, sur le suivi des progrès.

Les régimes incitatifs à l’intention des dirigeants sont essentiels au processus de gouvernance pour favoriser la réussite des stratégies climatiques. L’étude démontre que les leaders en matière de climat reconnaissent ce lien, 82 % des entreprises sondées disposant d’un régime incitatif intégrant des mesures environnementales, telles que la réduction des émissions en chiffres absolus et de l’intensité des émissions, ainsi que la performance par rapport à l’objectif de carboneutralité.

Dans l’ensemble, ces constatations soulignent la nécessité d’améliorer la gouvernance si les entreprises souhaitent intensifier leurs efforts face aux changements climatiques. Il se peut néanmoins que les conseils d’administration soient plus impliqués dans la stratégie climatique que ce que les entreprises laissent entendre actuellement. Les entreprises doivent donc impérativement améliorer la teneur des informations présentées dans ce domaine afin de démontrer qu’elles assument la responsabilité de leurs progrès. Une récente étude d’EY, intitulée How can boards bridge the gap between sustainability ambition and action?, a mis en lumière des leçons clés pour la collaboration interfonctionnelle et les éléments d’interdépendance essentiels pour les conseils d’administration et les directions qui cherchent à obtenir des résultats opérationnels durables.

Paysage de prairies montagneuses et sinueuses au Xinjiang
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Partie 2

Comment devenir un véritable leader de la lutte pour le climat

Tant les décideurs que les entreprises doivent prendre des mesures plus décisives pour accélérer la décarbonation et gérer efficacement les risques liés aux changements climatiques.

Les éléments d’information analysés dans le cadre du Baromètre de cette année montrent que les leaders en matière de climat établissent des cibles, surveillent la réduction des émissions et évaluent les risques liés aux changements climatiques. Néanmoins, même ces entreprises visionnaires devraient viser les mesures ambitieuses nécessaires pour accélérer la décarbonation, transformer leurs modèles d’affaires et répondre aux menaces auxquelles elles font face.

Mais alors, que peuvent faire les décideurs, les organismes de réglementation et les entreprises pour accélérer le changement en matière de lutte contre les changements climatiques? Voici les principales recommandations tirées de l’étude.

Les trois principales mesures à prendre pour les décideurs et les organismes de réglementation :

  1. Donner l’exemple. Les gouvernements devraient faire la promotion de l’imputabilité et de la transparence en matière de lutte contre les changements climatiques en établissant des mesures et des cibles et en communiquant les progrès réalisés à cet égard dans leurs rapports. Ils devraient également faire preuve de franchise quant aux possibilités et aux risques climatiques auxquels fait face leur économie nationale.

  2. Imposer à toutes les grandes entreprises de présenter des plans de transition propres à leur secteur, y compris les informations sur les dépenses d’investissement et les dépenses d’exploitation engagées pour la transition. La transparence à l’égard de la planification de la transition sera rehaussée si les entreprises savent que leurs pairs et leurs concurrents publient également des plans de transition. Les référentiels comptables pourraient également être revus en vue d’exiger des entreprises qu’elles quantifient les répercussions potentielles des risques climatiques à long terme.

  3. Élaborer un cadre réglementaire clair et cohérent intégrant un juste équilibre entre mesures incitatives et sanctions afin de stimuler des actions ambitieuses. Les entreprises peuvent être incitées à prendre des mesures pour lutter contre les changements climatiques grâce à des subventions et des crédits d’impôt. Les entreprises qui ne prennent pas les mesures appropriées devraient être sanctionnées, par des amendes ou par la perte d’accès au marché.

Les cinq principales mesures à prendre pour les entreprises :

  1. Adopter une approche exhaustive. Les entreprises doivent intégrer leurs objectifs liés aux changements climatiques dans leur stratégie de base en établissant des cibles ambitieuses, mais réalisables, et en affectant les capitaux aux investissements essentiels en matière de changements climatiques. Elles doivent notamment se préparer à l’évolution des connaissances scientifiques et à l’incidence croissante de la nature sur les modèles économiques. Une gouvernance solide est essentielle, la surveillance par le conseil d’administration de l’établissement des objectifs, du suivi des progrès et des décisions d’investissement pouvant être appuyée par la nomination d’un administrateur doté d’une expertise en lien avec les changements climatiques afin de maintenir des normes élevées.

  2. Élaborer et communiquer un plan de transition réalisable. Les entreprises devraient élaborer et communiquer un plan de transition exhaustif et réalisable qui devrait comprendre les structures de gouvernance, des cibles de réduction des émissions alignées sur celles de l’Accord de Paris, des stratégies de décarbonation, des plans de transition vers des produits et services durables, des mécanismes de financement transparents, ainsi que les hypothèses et les dépendances qui sous‑tendent le plan. Ce faisant, les entreprises s’engagent à atteindre leurs cibles en matière de lutte contre les changements climatiques et acceptent que leurs parties prenantes se prononcent sur leur imputabilité. Le plan devrait également intégrer différents scénarios pour l’avenir, en évaluant les risques, les possibilités et les conséquences financières associés, tout en décrivant des stratégies pour atténuer les risques identifiés selon différents cas de figure potentiels.

  3. Réduire la dépendance aux crédits carbone. Les entreprises devraient réduire au minimum leur dépendance aux crédits carbone et se concentrer plutôt sur la tarification interne du carbone (TIC)5 comme outil stratégique pour favoriser de véritables réductions d’émissions. Bien que les crédits carbone puissent appuyer les progrès à court terme en réduisant les émissions résiduelles, ils doivent être associés à des efforts de décarbonation crédibles et mesurables et ne pas être utilisés comme substituts aux réductions réelles. Si la TIC est établie de façon réaliste, elle permet aux entreprises de planifier un avenir où une empreinte carbone élevée n’est pas viable sur le plan financier, ce qui encourage la planification à long terme et l’investissement dans des solutions à faibles émissions de carbone.

  4. Collaborer avec l’ensemble de la chaîne de valeur. Pour relever le défi important lié notamment aux émissions du champ d’application 3, les entreprises devraient collaborer activement avec leurs chaînes de valeur en encourageant les fournisseurs à établir des cibles de carboneutralité et à élaborer des plans de transition, favorisant ainsi la lutte contre les changements climatiques dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. En outre, la collaboration entre les secteurs public et privé est essentielle pour assurer une transition réussie, car les partenariats public-privé tirent parti de l’expertise et des ressources du secteur privé pour accélérer le développement d’infrastructures et de services durables.

  5. Adopter l’intelligence artificielle (IA) de façon responsable. Les outils d’IA représentent autant une menace qu’un atout dans la transition vers la carboneutralité. En effet, ils consomment beaucoup d’énergie, ce qui peut accroître les émissions, mais ils sont également une arme puissante dans la lutte contre les changements climatiques. L’IA peut optimiser l’exploitation des sources d’énergie renouvelable, modéliser les scénarios relatifs aux changements climatiques futurs, planifier des itinéraires de transport à faibles émissions, et favoriser une gestion plus efficace dans certains secteurs comme l’agriculture et la fabrication. Utilisée de manière stratégique et responsable, l’IA peut être un atout transformateur pour les entreprises qui cherchent à accélérer la réalisation de leurs cibles en matière de lutte contre les changements climatiques.

Baromètre mondial de la lutte contre les changements climatiques 2025

Pour savoir pourquoi il est important que les leaders d’aujourd’hui continuent de rendre compte de la gestion des risques liés aux changements climatiques, vous pouvez lire le rapport complet.


Résumé

Les leaders de la lutte pour le climat d’aujourd’hui pourraient être les chefs de file de l’économie de demain. Alors que les phénomènes météorologiques extrêmes gagnent en fréquence, les entreprises sont de plus en plus contraintes de prendre des mesures pour lutter contre les changements climatiques, mais les progrès demeurent incohérents. Selon le Baromètre mondial de la lutte contre les changements climatiques 2025 d’EY, bien que de nombreuses entreprises de premier plan se soient fixé des cibles de carboneutralité et aient communiqué des plans de transition, elles doivent accélérer la présentation de leurs résultats sur la gestion des risques liés aux changements climatiques afin d’assurer les progrès collectifs du secteur.

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