Si certaines activités habituelles ont ralenti au cours des deux dernières années, l’adoption du numérique n’a fait qu’accélérer. À titre de conseillère d’affaires, je collabore avec des chefs d’entreprise de tous les secteurs pour orienter les concepts, les décisions et les innovations en matière de technologie de façon à renforcer la confiance et la discipline au fil de l’évolution technologique. Au cours de la pandémie, les entreprises ont rapidement accéléré leurs programmes de transformation numérique pour mettre en œuvre des solutions qui leur permettent de répondre aux nouvelles exigences, de relever les défis et de suivre le rythme du changement. Ces changements rapides, quoique bons pour les affaires, ne se sont pas reflétés dans toutes les sphères du travail; la parité femmes‑hommes, entre autres, n’a pas suivi.
J’ai constaté de mes propres yeux l’effet positif sur les filles d’avoir des modèles féminins qui les inspirent et les aident à s’imaginer dans une carrière non traditionnelle : elles deviennent plus enclines à chercher des occasions de s’engager dans le monde des STIM. En tant que mère de trois enfants, deux filles et un garçon, tous intéressés par les STIM, je suis fière du rôle que je joue en ouvrant des portes pour mes filles et en contribuant à faire progresser la parité femmes‑hommes au Canada.
Plus tôt cette année, nous apprenions que le Forum économique mondial estime qu’il faudra encore 135 ans avant d’atteindre la parité, soit 35 ans de plus que ce qui était prévu l’an dernier. On observe cette tendance sur le marché de l’emploi, où la ségrégation fondée sur le genre est en hausse dans les secteurs qui requièrent des compétences techniques disruptives. Dans les domaines des technologies, les femmes et les membres de minorités ethniques continuent d’être exclus quand il s’agit d’alimenter ou d’orchestrer le changement à l’ère du numérique. Bien que l’accélération de l’automatisation et de la numérisation crée de nouvelles possibilités d’emplois, on s’attend à ce que la majorité de ces postes soient pourvus par des hommes. Les femmes, qui ne comptent que pour 14 % des professionnels de l’infonuagique et 32 % des professionnels des données et de l’intelligence artificielle (IA) à l’échelle mondiale, demeurent nettement sous‑représentées. L’essor de l’IA et de l’analyse de données pourrait contribuer à l’atteinte de la parité, mais seulement si nous cessons d’entretenir des préjugés et d’imposer des limites aux femmes. Nous nous privons d’un grand potentiel en excluant les femmes d’une telle transformation. C’est d’ailleurs le cas actuellement.
Quelles mesures devrons‑nous prendre pour réaliser des progrès en matière de diversité et d’inclusion et éviter d’attendre 135 ans pour atteindre la parité? Voici trois façons pour les organisations d’accélérer le processus et d’encourager plus de femmes à se diriger dans les STIM.
Renforcer l’influence des modèles
Les organisations ne peuvent pas créer un monde égalitaire du jour au lendemain, mais elles peuvent combler le fossé numérique en encourageant plus de filles à poursuivre des études et une carrière dans les STIM, qu’importe leur âge. Attirer plus de filles et de femmes demandera toutefois un grand effort de la part de diverses parties prenantes. La première étape sera de s’assurer que les bons modèles sont en place pour montrer aux femmes que le leadership est réellement atteignable. Il faudra aussi élargir la portée de nos efforts de diversité et d’inclusivité, de sorte que les femmes qui appartiennent à des minorités, à la communauté 2SLGBTQ+ ou à d’autres groupes minoritaires bénéficient également d’une représentation équitable.
Investir dans l’éducation
Les entreprises peuvent se mobiliser pour inspirer et encourager la relève en proposant des programmes et des initiatives efficaces. L’application EY STEM, qui devrait bientôt être lancée au Canada, est une plateforme mobile dont le but, en association avec des organisations de premier plan à l’échelle mondiale comme l’Organisation des Nations Unies et le Forum économique mondial, est de préparer et d’encourager les jeunes femmes à poursuivre une carrière dans les STIM et à réaliser leur plein potentiel en matière de leadership. L’application offre aux filles un large éventail d’activités d’apprentissage axées sur des sujets tels que les sciences (les changements climatiques ou l’exploration spatiale), la technologie (l’IA, l’impression 3D ou la chaîne de blocs) et les compétences essentielles pour les emplois de l’avenir. La plateforme permet de renforcer la confiance et les compétences des filles en ce qui a trait aux STIM, en plus de les encourager à entreprendre des démarches concrètes, comme interviewer des femmes qui font figure de modèles au Canada et user de la réflexion conceptuelle pour résoudre des problèmes communautaires.
L’application est unique en son genre : grâce à du contenu ludique et à des modalités pédagogiques motivantes, l’apprentissage devient accessible, flexible, ciblé et attrayant pour les jeunes femmes. À mesure qu’elles réussissent des activités dans l’application, les filles sont récompensées par un éventail d’incitatifs, y compris du mentorat et la possibilité d’observer en poste des femmes leaders qui mènent des carrières fructueuses dans les domaines des STIM au Canada.
L’application est l’une des nombreuses initiatives lancées par EY dans le cadre de son programme de responsabilité sociale EY Ripples, dont l’objectif est d’appuyer la prochaine génération et d’avoir un impact positif sur un milliard de personnes d’ici 2030.
Mettre à profit l’analyse de données
Encourager les femmes à entreprendre une carrière dans les domaines des STIM en facilitant l’accès au mentorat et à l’éducation n’est qu’un début. Encore faut‑il que les organisations les soutiennent une fois qu’elles sont en poste. Au cours des dernières années, les universités se sont efforcées d’investir dans des programmes de mentorat afin de préparer et d’inciter les jeunes femmes et les membres de groupes minoritaires à étudier dans les domaines des STIM. Toutefois, ces diplômés peinent dans bien des cas à obtenir un soutien comparable sur le marché du travail, car les initiatives en matière de diversité en entreprise sont axées sur le recrutement – et non la rétention à long terme – d’une main‑d’œuvre diversifiée.
Les organisations doivent traiter la diversité des genres comme un enjeu critique pour les affaires et utiliser des outils d’analyse et des indicateurs officiels afin de mesurer la proportion de femmes à chaque échelon, l’écart salarial entre les genres et l’influence des préjugés inconscients sur l’embauche et les promotions. L’analyse prédictive permet aux organisations de prévoir si certains groupes de personnes sont plus susceptibles de démissionner que d’autres, ce qui donne aux responsables des RH la possibilité de mettre en œuvre de manière proactive des initiatives visant à améliorer l’expérience culturelle de ces groupes dans le but de maximiser le maintien en poste.
En introduisant des indicateurs sur la diversité dans les processus liés au recrutement, à la formation, à l’avancement et à la rémunération, les organisations disposeront de plus de données pour orienter leurs efforts de planification. Ces données fourniront de précieuses informations sur les tendances et disparités au chapitre du traitement des femmes comparativement à celui des hommes. Les programmes d’analytique peuvent non seulement traiter d’importantes quantités de données liées aux rôles, aux salaires et aux primes, ils peuvent également habiliter les équipes des RH à déceler les partis pris et à concevoir des structures organisationnelles équitables et solides qui sont prêtes pour l’avenir.
Alors que nous entamons une année emplie de nouvelles possibilités, les organisations doivent s’engager dans des actions audacieuses, petites et grandes, pour favoriser le changement et participer activement à faire progresser la parité femmes‑hommes, donnant ainsi à chacun la possibilité de réussir. En faisant de la diversité des genres un élément central de leur stratégie d’adaptation aux tendances disruptives, les entreprises peuvent veiller à ce que les femmes et les filles au Canada et ailleurs participent au développement et à la mise en œuvre des nouvelles technologies dans les milieux de l’éducation et du travail, et dans l’économie. Au bout du compte, si la moitié de la population est exclue des STIM, comment peut‑on s’attendre à voir naître de vraies innovations?