Sous le microscope avec Alok Kanti de la société Bayer

Elena Doucette, associée d’EY Canada, parle de la transformation du secteur canadien des sciences de la vie avec Alok Kanti, président-directeur général de Bayer Inc.
Sujets connexes

Le secteur des sciences de la vie du Canada est à un tournant important. Alors qu’une transformation majeure continue de redéfinir le secteur, nous avons rencontré Alok Kanti, qui est à la fois président‑directeur général et chef de la division Produits pharmaceutiques de Bayer Inc. M. Kanti nous a présenté son point de vue unique sur les tendances qui influencent le secteur et les possibilités d’innovation qui se profilent à l’horizon. 

La société Bayer existe depuis 150 ans. Une telle longévité en dit long sur sa capacité à évoluer. Qu’est‑ce que l’avenir réserve à Bayer?

Bayer compte trois divisions : Phytotechnie, Santé grand public et Produits pharmaceutiques. Elles partagent une même vision, soit la santé pour tous et la faim pour personne. La conviction qui sous‑tend la raison d’être de Bayer, c’est que la science permet d’améliorer la qualité de vie. Bien sûr, notre réussite au cours des 150 dernières années, surtout pour les produits pharmaceutiques, s’appuie sur une innovation constante, qu’il s’agisse d’antibiotiques, de médecine cardiovasculaire ou de biotechnologie. Aujourd’hui, je crois que nous sommes sur le point de connaître une nouvelle vague d’innovation grâce à la confluence de la biologie, de la chimie et des sciences numériques. Certaines plateformes, comme les cellules souches et les thérapies géniques, offrent des possibilités phénoménales. Certaines activités contiguës liées au numérique pourraient même avoir une incidence sur le traitement des patients. Nous sommes certainement à une étape de convergence des technologies qui pourrait améliorer considérablement la qualité de vie des patients et dont Bayer est à l’avant‑garde. Ici même, à Toronto, nous avons administré des cellules souches à un premier patient dans le cadre d’un essai clinique pour le traitement de la maladie de Parkinson.

Vous dites que nous sommes à la veille de connaître d’énormes changements. Quelles sont les compétences et l’expertise des employés que Bayer veut attirer et embaucher pour réaliser ces changements?

Nous recherchons essentiellement trois types de compétences. Les compétences fonctionnelles, les compétences organisationnelles et de leadership, et les compétences axées sur la croissance. Permettez que je vous explique.

Les compétences fonctionnelles sont les éléments fondamentaux d’un emploi, comme la biologie, la chimie, la pharmacologie ou la comptabilité.

Le deuxième type vient avec le constat que la collaboration avec diverses personnes est essentielle au travail et à la production. Il faut donc des compétences organisationnelles et de leadership pour pouvoir travailler avec différentes personnes. C’est ainsi qu’on génère des résultats significatifs pour les patients ou les clients.

Le troisième type de compétences est axé sur la croissance, la capacité d’être un éternel apprenant pour suivre l’évolution de la science et de la dynamique sous‑jacente des outils en usage. Pensez à un chimiste qui a obtenu son doctorat en chimie il y a 20 ans. Cette personne doit évoluer pour comprendre de nouvelles plateformes qui peuvent être fondées sur la biologie. Avoir la capacité d’effectuer cette transition est important. On pourrait aussi penser à un spécialiste d’une technologie très pointue, mais qui pourrait avoir à travailler avec une équipe interfonctionnelle pour élaborer une stratégie et déployer un programme, un produit ou un service important pour les clients.

Nous avons besoin d’employés possédant ces trois types de compétences à l’avenir.

Dans un autre ordre d’idées, on entend souvent dire que l’environnement réglementaire particulier du Canada est un obstacle pour le secteur des sciences de la vie. Quelle en est l’incidence pour Bayer et quel est votre point de vue sur ce sujet?

Que ce soit pour la recherche, le développement ou la commercialisation, la mise au point de produits pharmaceutiques est véritablement une activité d’envergure mondiale. Nous avons besoin des meilleures technologies et infrastructures du monde. Nous sommes aussi à la recherche des marchés mondiaux les plus attrayants. Le Canada, avec sa petite population, doit être concurrentiel à tous les égards. Son environnement réglementaire doit favoriser l’innovation sur le plan de la tarification et des remboursements et récompenser l’innovation. Le Canada doit également offrir un cadre réglementaire et sécuritaire qui permet de maintenir des normes élevées, mais avec agilité et efficacité. Quand ces trois conditions sont réunies, on obtient un environnement qui est attrayant pour le développement de produits, qui stimule l’innovation et qui devient ultimement le consommateur de cette innovation. C’est ce qui permet réellement d’améliorer la qualité de vie de la population. À l’heure actuelle, il y a un certain décalage entre les politiques du Canada et ses objectifs comme pays. Le Canada a l’occasion d’obtenir des médicaments à des prix abordables, d’assurer le dynamisme de son secteur des sciences de la vie et de garantir l’accès des patients aux médicaments grâce à une politique globale. Le Canada ne devrait pas laisser passer une telle occasion.

La pandémie a été à l’origine d’une importante évolution dans beaucoup de secteurs, particulièrement celui des sciences de la vie. Que peuvent faire les gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral pour collaborer avec des entreprises comme Bayer dans le contexte de cette évolution?

Dans un système universel de soins de santé, il est toujours important que les politiques visent plusieurs objectifs. Il peut s’agir d’obtenir des prix abordables, de favoriser le dynamisme du secteur des sciences de la vie ou d’assurer l’accès aux nouveaux médicaments. La pandémie de COVID‑19 a fait évoluer les mentalités plus rapidement à cet égard. Il a cependant été beaucoup question de la capacité de chaque pays de répondre à la pandémie de manière indépendante. Pour les pays autres que les États‑Unis et la Chine, c’est extrêmement difficile vu l’envergure mondiale des activités de R et D dans le secteur pharmaceutique. Même un produit de base fabriqué en usine peut nécessiter de 60 à 70 fournisseurs de substances actives. Ces fournisseurs peuvent dépendre à leur tour d’autres fournisseurs. On peut aisément imaginer combien il est difficile d’assurer l’autonomie avec une telle chaîne d’approvisionnement.

Le Canada doit s’assurer que les composantes de la chaîne de valeur mondiale qui se trouvent en territoire canadien offrent un avantage concurrentiel durable. Nous devons être les meilleurs dans certains segments de la chaîne de valeur et avoir un environnement qui attire les sociétés pharmaceutiques au pays grâce à une tarification appropriée et à un secteur des sciences de la vie dynamique qui assure l’accès des patients aux médicaments dont ils ont besoin.

Que peut faire le Canada pour devenir un maillon plus attrayant de la chaîne d’approvisionnement mondiale?

Le Canada offre de très bonnes capacités pour les sociétés pharmaceutiques. Prenons l’exemple des essais cliniques. Malgré sa taille, le Canada s’illustre de manière éclatante dans ce domaine. C’est une activité nationale coordonnée à l’échelle internationale puisque les patients sont basés au Canada. Le fait de renforcer cet avantage par une réglementation appropriée ou en évitant de surréglementer peut avoir une incidence considérable.

Une solution de bout en bout n’est pas envisageable pour un pays de la taille du Canada. Il faut déterminer quelles technologies nécessiteront une collaboration et quelles autres permettront d’obtenir un avantage concurrentiel durable. On peut aussi aborder la question sous un autre angle en prenant l’exemple de la recherche sur les cellules souches. Les États‑Unis étaient un peu à la traîne au début des années 2000, et le gouvernement canadien a saisi cette occasion en y investissant des sommes considérables (avec le soutien également de philanthropes et d’universités). Le Canada a été en mesure de générer un avantage concurrentiel en lien avec les cellules souches. C’est la raison pour laquelle le secteur des cellules souches est si actif ici aujourd’hui. Nous devons trouver ces domaines d’expertise et susciter ou développer un tel avantage concurrentiel durable.

Félicitations à Bayer pour sa sélection dans le palmarès des cultures d’entreprises les plus admirées du Canada. Que signifie cette marque de reconnaissance pour Bayer?

Merci. Nous nous sommes effectivement classés au premier rang des cultures d’entreprise les plus admirées au Canada, devant neuf autres sociétés, et nous en sommes très heureux! C’est le reflet de l’environnement de travail que nous tentons de créer au Canada. En fait, dans le sondage mené auprès de nos employés, ceux‑ci ont indiqué que ce qui leur plaît le plus chez Bayer, c’est de travailler avec leurs collègues. Nous avons aussi nos valeurs LIFE (leadership, intégrité, flexibilité et efficacité). Nous nous y reportons constamment. Elles font partie intégrante de nos systèmes de gestion de la performance et de nos conversations. Nos employés les incarnent au quotidien. Je crois que c’est ce qui fait que nous avons une culture très solide et qui nous a permis d’obtenir ce prix.

Merci pour votre franchise, votre expérience et vos points de vue, Alok! Un dernier mot?

Merci, Elena! Le secteur pharmaceutique traverse une période d’importants changements qui offrent de grands avantages pour les clients. Bayer est à l’avant‑garde de ces changements dans de nombreux domaines, et le Canada a un rôle important à jouer. Nous avons toutes les capacités et les compétences ici même. Nous devons seulement optimiser les possibilités. 

Communiquez avec nous
Vous avez aimé?  Communiquez avec nous pour en savoir davantage.