en nouvelles dépenses dans le secteur de la défense, Ottawa et Montréal ont accueilli des membres de la famille royale suédoise lors d’une visite axée sur le renforcement des alliances militaires. Des pourparlers sont aussi en cours avec des leaders mondiaux du secteur de la fabrication de matériel de télécommunication, d’avions de combat à réaction et d’aéronefs de surveillance. Propulsés à l’avant‑scène médiatique, des géants du secteur évoquent le potentiel du Canada en tant que point d’ancrage de leurs activités, où ils pourraient établir leurs chaînes d’approvisionnement en matériel de défense, tout en misant sur une croissance diversifiée.
Dans le cadre du Programme de sous‑marins de patrouille canadiens, un contrat d’approvisionnement qui pourrait être le plus important de l’histoire du Canada sera bientôt attribué à un fabricant d’équipement d’origine (FEO) allemand ou sud‑coréen.
Ces entreprises étrangères estiment que le marché canadien et les marchés mondiaux présentent un potentiel illimité. Nous devrions en faire autant.
Dans toutes les régions du Canada, l’histoire est marquée par des entreprises de fabrication qui ont non seulement construit le matériel, les machines et les infrastructures ayant permis l’émergence de catégories de produits et de canaux de distribution tout à fait inédits, puisqu’elles les ont inventés.
Au cours des deux derniers siècles, des leaders du secteur de la construction navale ont prospéré au Canada. Ce sont des entreprises canadiennes qui fabriquent des véhicules récréatifs et des véhicules de soutien logistique qui s’avèrent particulièrement bien adaptés aux exigences de sécurisation du Nord. C’est au pays même que deux entreprises technologiques de grande envergure qui redéfinissent le champ des possibilités dans les secteurs de l’aérospatial et de l’aéronautique mettront conjointement au point le nouveau système de communication satellitaire à vocation militaire que les Forces armées canadiennes utiliseront dans l’Arctique11. Au moins deux entreprises canadiennes figurent parmi les principaux fournisseurs de véhicules de combat blindés auprès des autorités du Canada et de nombreux autres États clients.
Les entreprises de fabrication canadiennes doivent s’orienter davantage vers une telle conception des choses.
Par ailleurs, dans la foulée des efforts déployés pour promouvoir les intérêts nationaux du Canada, les FEO sont de plus en plus incités à implanter au pays au moins une partie de leurs activités de fabrication ou à y créer des emplois, de sorte que de nouvelles possibilités d’établissement de partenariats et d’alliances soient aussi générées. Par exemple, l’un des deux constructeurs de sous‑marins présélectionnés à l’issue d’un appel d’offres a établi un partenariat avec Cohere, une entreprise canadienne qui évolue dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA) et dont la technologie sera intégrée à la nouvelle flotte de sous‑marins canadiens, dans la mesure où son offre sera retenue12.
Des groupes industriels canadiens tels que Cove, Communitech et Invest Ottawa, qui ont tous fait leurs preuves auprès des innovateurs dont ils ont contribué au développement, ont su s’imposer dans le cadre de nouvelles initiatives de premier plan, telles que le carrefour sécurisé de l’innovation pour la défense (CSID), qui sont réalisées conjointement avec le Bureau de recherche, d’ingénierie et de leadership avancés en matière d’innovation et de science (BOREALIS), lequel relève du gouvernement fédéral13. Des liens ont aussi été créés avec le centre d’excellence de l’Accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord (DIANA) de l’OTAN, qui est établi à Halifax14.
Plus particulièrement, la réalisation du plan d’investissement pour la Défense du Canada doit être accélérée, de sorte que l’engagement de nouvelles dépenses plus substantielles puisse permettre d’accroître les capacités requises. Le calendrier de réalisation de certains programmes et projets en cours a été établi en fonction des difficultés liées à la gestion des coûts et à l’échelonnement des livraisons sur les exercices ultérieurs, aux fins de la diversification du profil de financement plutôt que de l’exécution d’un calendrier de livraison correspondant aux besoins d’approvisionnement réels de la Défense nationale.
Comme la Stratégie industrielle de défense l’a mis encore davantage en évidence, les autorités publiques et les entreprises du secteur ont aussi l’occasion de réévaluer les programmes d’approvisionnement en place s’échelonnant sur plusieurs décennies – notamment dans le cas des futurs avions de chasse et des destroyers de la classe Fleuves et rivières –, ce qui leur permettrait de déterminer si l’exécution accélérée des calendriers de livraison pourrait s’avérer avantageuse dans la gestion de l’accroissement de la demande nouvellement annoncé par le gouvernement.
Par ailleurs, les entreprises de fabrication ont sans doute de nombreuses occasions de procéder à des fusions et acquisitions axées sur l’établissement et la bonification de leurs offres et de leurs capacités, particulièrement dans les secteurs faisant appel à une main‑d’œuvre hautement spécialisée, tels que ceux de la marine et de l’aérospatial. Par exemple, un bon nombre de chantiers navals de petite ou moyenne envergure bénéficiant d’un emplacement optimal pourraient grandement changer la donne en termes de capacités nationales en procédant à une fusion avec un important constructeur naval qui participe à la réalisation de la Stratégie nationale de construction navale. Ce constat s’applique également au secteur de l’aérospatiale, où l’établissement de partenariats stratégiques devient de plus en plus fréquent.
Autrement dit, en plus de faire preuve de plus d’audace face aux possibilités offertes dans le secteur de la défense, les entreprises de fabrication devront envisager de nouvelles façons de collaborer aussi bien avec des entités étrangères qu’avec des incubateurs canadiens.