Cinq façons pour les entreprises du secteur de l’immobilier canadien de prioriser la décarbonation

Auteurs : 
Oksana Chikina, leader, ESG, transformation et incidence | EY Canada
Fabien Dupré, chef d’équipe, Changements climatiques et Développement durable | EY Canada

Suivez la voie vers des pratiques immobilières durables et adaptez‑vous aux changements réglementaires grâce à nos informations exhaustives.


En bref


Le Canada a déjà pris des engagements officiels pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et pour réduire ses émissions de l’ordre de 40 % à 45 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 20301. Pour atteindre ces objectifs, les organisations de tous les secteurs – dont l’immobilier – devront faire l’inventaire de leurs émissions, mettre en œuvre des mesures de décarbonation et trouver une façon de mesurer leurs progrès et d’en rendre compte. En le faisant rapidement, les entreprises pourront conserver une longueur d’avance sur un marché sur le point de connaître un changement important.

Fiducies de placement immobilier. Prêteurs et investisseurs financiers. Propriétaires d’immeubles commerciaux. Entreprises locataires. Gestionnaires de portefeuille de placements. Constructeurs d’immeubles résidentiels. Quel que soit votre rôle dans le secteur, vous serez amené à présenter de l’information sur la durabilité.

Certains pays d’Europe évoluent déjà dans cette direction, grâce à l’adoption de la Directive sur la performance énergétique des bâtiments dans le cadre du pacte vert pour l’Europe. Qu’est-ce que cela signifie pour les organisations et les entreprises?

Cette vidéo est présentée dans la langue originale de production.

Au Canada :

  • Les codes et la réglementation régissant le bâtiment sont modifiés pour tenir compte des mandats de décarbonation.
  • Les parties prenantes poussent de plus en plus les investisseurs à adopter des politiques et des stratégies solides pour gérer la durabilité, ainsi que les risques et les possibilités liés aux changements climatiques. Il s’agit notamment de la gouvernance de ces enjeux et de la mise en place de processus d’évaluation des risques, de la surveillance des ICP et des plans de décarbonation et de résilience.
  • Les banques et les institutions financières devront présenter l’information sur leur profil climatique d’ici la fin de 2024, y compris les émissions du champ d’application 3 liées aux financements ou aux investissements.
  • Les gestionnaires d’actifs veulent évaluer et réduire l’incidence des changements climatiques sur leurs portefeuilles, au moyen de l’évaluation des émissions liées aux projets de construction et de la mise en œuvre de solutions de construction à zéro émission nette.
  • Les assureurs s’intéressent davantage à la façon dont les organisations, propriétaires et locataires, évaluent le risque d’être préparé à faire face aux changements climatiques, étant donné que les répercussions physiques des risques liés aux changements climatiques, comme les inondations, les vagues de chaleur et les feux de forêt, nécessitent des bâtiments plus résistants et que les coûts de remplacement et de réparation montent en flèche.
  • Plusieurs influenceurs exercent une pression considérable sur le secteur de l’immobilier pour qu’il intensifie ses efforts, et la pression ne fait qu’augmenter d’année en année. Ces influenceurs comprennent le gouvernement du Canada, avec la stratégie pour un gouvernement vert et les codes du bâtiment prêt pour la consommation énergétique nette zéro, ainsi que les lignes directrices du Conseil du Trésor en ce qui concerne l’approvisionnement et les émissions intrinsèques.
  • Les considérations liées à la durabilité commencent à être intégrées aux normes adoptées sur une base volontaire telles que LEED, BOMA BEST et WELL, ce qui entraîne une hausse des prix du marché et l’évolution des attentes du marché.

Ce contexte est aggravé par le fait que, selon l’endroit où votre structure de propriété est établie, votre organisation pourrait déjà être assujettie à des exigences en matière de présentation de l’information sur la durabilité dans des territoires à l’extérieur du Canada. Le non‑respect des exigences à l’étranger, ou au Canada lorsqu’elles seront adoptées, pourrait s’avérer coûteux. Il ne s’agit pas de pénalités ponctuelles, mais plutôt sur le long terme.

 

À mesure que de nouvelles politiques sont élaborées et mises en œuvre, le montant des pénalités financières devient plus clair. Les risques pour les emprunts découlent du fait que le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) a demandé aux institutions financières de rendre compte des émissions de carbone de leurs portefeuilles. Les demandes des parties prenantes deviennent plus pressantes et plus percutantes. Par exemple, une poursuite historique liée aux changements climatiques a été intentée en Australie lorsqu’une institution financière n’a pas réussi à protéger les régimes d’épargne‑retraite contre les changements climatiques. Nous ne pouvons pas sous‑estimer la demande croissante, l’urgence et les répercussions financières découlant de l’échec de la transition.

Les normes du CCNID sont harmonisées avec les normes internationales, mais leur adoption se fait de façon volontaire à l’heure actuelle. Cependant, toutes les parties prenantes du secteur devront divulguer leur stratégie et leurs principales tactiques pour que l’économie devienne carboneutre.

Une grande partie des émissions du Canada est liée aux secteurs de l’immobilier et de la construction, ce qui signifie que les organisations du secteur de l’immobilier ont un rôle important à jouer pour concrétiser et respecter les engagements de carboneutralité. Compte tenu de la nature à long terme de la construction immobilière, les organisations au Canada qui prennent des mesures dès maintenant pourraient répondre de façon proactive à ces priorités de manière concrète, en disposant d’une marge de manœuvre pour le faire de façon réfléchie. De plus, les organisations établies au Canada ont une occasion unique d’apprendre des pratiques de pointe déjà mises en place dans les secteurs de l’immobilier d’autres pays et territoires. 

Pour réaliser des progrès au chapitre de la durabilité, il faut garder à l’esprit ce qui suit :

 

1.      Commencer par sa chaîne d’approvisionnement. De nombreux appels d’offres de construction énoncent clairement les exigences importantes, allant même jusqu’à inclure des facteurs de durabilité. En examinant les données sur votre propre chaîne d’approvisionnement pour en savoir plus sur les matériaux utilisés par votre organisation, vous découvrirez toutes sortes de possibilités d’emprunter une voie plus claire vers la carboneutralité. Certains fournisseurs innovateurs, comme les fabricants de ciment, ont déjà commencé à réfléchir à des processus plus durables. En revisitant votre chaîne d’approvisionnement pour prioriser les fournisseurs engagés dans la voie de la carboneutralité, vous pourrez décarboner vos activités dès le début du processus de construction.

 

2.       Penser au‑delà de sa propre empreinte. Pour devenir plus durable, il ne suffit pas d’analyser les matériaux utilisés dans la construction des bâtiments et d’en changer. Comment les acteurs du secteur de l’immobilier peuvent‑ils contribuer au développement de collectivités durables? Quel rôle les parties prenantes du secteur de l’immobilier peuvent‑elles avoir dans la gestion des transports, en veillant à ce que la conception des immeubles commerciaux et résidentiels tienne compte de la proximité de réseaux de transport à faibles émissions de carbone? Les organisations au Canada peuvent atteindre leur objectif de carboneutralité en réfléchissant ensemble aux enjeux qui contribuent à un avenir plus durable pour tous.

 

3.      Tenir compte des émissions pendant la durée de vie des projets de construction. Seulement 28 % du total des émissions d’un bâtiment, de la conception au déclassement, sont produites au cours de la phase de construction. Pour parvenir à la décarbonation, il est essentiel d’estimer les émissions liées à la conception, à la construction, à l’utilisation, à l’exploitation et à la fin de vie du projet et de les gérer. L’idée est d’intégrer le plus tôt possible des solutions écoresponsables à chaque étape du processus. Ces solutions comprennent l’identification de matériaux à faibles émissions de carbone, les objectifs de performance énergétique, les programmes de maintenance préventive, la modularité et la recyclabilité futures et plus encore.

 

4.      Évaluer et prioriser les progrès, investir dans ceux ci et en faire le suivi au fil du temps. Des cadres et des indicateurs de performance solides seront essentiels pour évaluer les progrès et adapter les stratégies au cours du projet. En raison de l’augmentation des investissements à l’échelle mondiale et au Canada, les solutions de décarbonation progressent à une vitesse inégalée. En suivant l’évolution de vos actifs et en réalisant des analyses comparatives sur le marché, vous pourrez élaborer des stratégies et des solutions plus efficaces et novatrices.

 

5.      Repérer les possibilités afin de tirer le meilleur parti possible de ses engagements et de sa performance en matière de durabilité. Le nombre d’encouragements fiscaux et de programmes provinciaux et municipaux ainsi que d’institutions financières qui cherchent à investir dans des projets immobiliers plus durables augmente de façon exponentielle. En tirant parti de manière stratégique, vous réduirez les coûts et aurez un meilleur accès à de meilleures sources de financement tout en renforçant votre marque.

 

6.      Améliorer la transparence des décisions de financement et la reddition de comptes à cet égard. Les institutions financières sont tenues de communiquer l’information sur les émissions de carbone de leur portefeuille de clients. L’accès aux capitaux dépendra de la qualité des projets, des données et de la présentation de l’information. Par conséquent, la prise en compte de mesures de transparence et de reddition de comptes dans le processus de prise de décisions de financement permettra l’alignement sur les objectifs de durabilité et favorisera la priorisation de projets écoresponsables. En exigeant et en obtenant des rapports exhaustifs sur les émissions de carbone, les parties prenantes peuvent évaluer efficacement l’incidence environnementale des investissements et obtenir du financement pour des initiatives qui soutiennent les efforts de décarbonation.


Résumé

Les décisions prises aujourd’hui en matière d’immobilier auront des répercussions à long terme. Si le secteur du bâtiment s’engage à réduire efficacement ses émissions afin d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, ce qui est possible, les parties prenantes doivent avancer dans cette direction dès aujourd’hui.