Theo Yameogo : Bienvenue, Jay. Vous êtes leader national de l’équipe Évaluations du groupe Stratégie et transactions, secteur des mines et métaux d’EY Canada, et j’ai hâte de discuter avec vous des récentes tendances dans ce secteur.
Jay Patel : Merci, Theo. Je suis ravi de m’entretenir avec vous aujourd’hui.
Theo Yameogo : Pour commencer, parlez-nous des tendances que vous observez dans le secteur.
Jay Patel : Il se passe des choses très intéressantes en ce moment. Comme vous le savez, sur le plan économique, nous traversons une période d’inflation caractérisée par des coûts élevés et des difficultés d’approvisionnement. Les actifs de nos clients étant des actifs à long terme, ces enjeux méritent notre attention. Nous devons considérer leur effet à long terme sur l’exploitation et le développement d’actifs.
Dès le stade de l’exploration, ces facteurs économiques influent sur la valeur de l’option sur un actif minier. Nul doute que notre travail est passionnant et stimule notre curiosité intellectuelle.
Nous avons la chance de servir des clients de partout dans le monde, qui possèdent des actifs au stade de l’exploitation, du développement ou de l’exploration. Nous suivons ces actifs du début à la fin de leur processus, où qu’ils se trouvent dans le monde. C’est pourquoi je suis heureux de discuter des connaissances que nous avons tirées de notre travail.
Theo Yameogo : Outre les aspects économiques, quelle est l’incidence des questions ESG sur l’évaluation des actifs actuellement?
Jay Patel : Les facteurs ESG ont un effet positif sur la valeur des actifs dans la mesure où on en tire parti pour accroître les flux de trésorerie ou réduire le risque. Autrement dit, si l’on prend des mesures qui augmentent la valeur des actifs. Les sociétés minières s’en tirent très bien à cet égard. Elles ont entamé leur parcours ESG bien avant que le terme soit à la mode.
On entend le terme ESG depuis environ 2003, mais les sociétés minières se préoccupaient déjà de l’acceptabilité sociale de leurs activités en 1997. Elles ont donc une longueur d’avance. Ce que l’on constate est que les sociétés minières ont fait des progrès tant pour les volets « E » et « S » que « G ».
Sur le plan environnemental, elles ont toujours eu à composer avec des ressources limitées et à les gérer efficacement. L’eau en est un bon exemple. Sur le plan social, elles ont bâti des écoles et des hôpitaux dans des régions éloignées pour favoriser l’engagement des employés.
Enfin, du côté de la gouvernance, elles ont aidé des équipes locales à développer leurs actifs et à les gérer de sorte qu’ils deviennent durables. Tous ces efforts, qui peuvent sembler coûteux, permettent d’accroître les flux de trésorerie en réduisant la volatilité et en rehaussant la valeur des actifs.
Theo Yameogo : Quelle est l’incidence concrète des efforts consacrés aux questions ESG sur la valeur des actifs?
Jay Patel : À mon avis, les questions ESG influent sur la valeur des actifs dans trois cas de figure. Le premier, c’est celui d’une société minière qui exploite des métaux nécessaires à la transition énergétique. De tels actifs prennent beaucoup de valeur dans le contexte actuel.
Le second, c’est celui d’une production qui s’appuie sur de l’énergie à faible empreinte carbone. Si la production d’un métal est alimentée par de l’hydroélectricité, ce métal a plus de valeur pour le consommateur en aval, ce qui augmente les revenus et réduit le risque parce que cette mesure est ancrée dans la chaîne d’approvisionnement.
Le troisième, c’est lorsque des sociétés minières entreprennent des initiatives ESG pour diminuer les risques opérationnels, par exemple en réduisant les émissions de carbone ou en mettant des établissements de santé ou d’éducation à la disposition des employés.
Theo Yameogo : Considérons maintenant une vue d’ensemble. Dans le contexte actuel, quels types de conseils les clients demandent-ils?
Jay Patel : L’étendue de nos services nous permet d’offrir aux clients des conseils sur une base ponctuelle ou de les faire profiter de la gamme complète de services offerts par EY, comme des opinions sur des évaluations ou des recommandations.
Nous travaillons dans l’ensemble de la chaîne de valeur : nous fournissons des services consultatifs en matière de transactions, de présentation de l’information financière et d’évaluations fiscales, de même que des services d’attestation d’équité ou d’évaluations boursières. À l’heure où les actifs, particulièrement ceux à faible émission de carbone, sont recherchés, on observe une activité transactionnelle soutenue. Les clients ont donc besoin de conseils en matière d’évaluation ou de conseils transactionnels stratégiques.
Nous aidons aussi les clients par rapport aux instruments complexes. Prenons par exemple les instruments liés à un indice, à l’or ou à une devise. Qu’il s’agisse de titres d’emprunts ou de contrats de paiement en production volumétrique, les équipes d’EY aident les clients dans l’évaluation de ce genre d’actifs.
Enfin, nous aidons les clients à mettre au point des modèles financiers et opérationnels utiles tant sur le plan transactionnel qu’opérationnel. Ils font appel à nous pour toutes ces questions tandis qu’ils continuent d’étendre et d’améliorer leurs activités, ou de croître.
Theo Yameogo : D’après vous, nous dirigeons-nous vers un supercycle? Vous avez beaucoup d’expérience dans ce domaine. Pensez-vous que nous verrons des changements dans la durée de vie des mines? Quelles sont vos impressions à ce jour?
Jay Patel : Je n’aime pas tellement le terme « supercycle ». Le secteur a connu des hauts et des bas au fil du temps. Plutôt que de parler d’un supercycle, on peut dire que certains actifs sont très recherchés.
Le secteur est régi par les conditions macroéconomiques, et le monde d’aujourd’hui est résolument axé sur les initiatives à faibles émissions de carbone, la réduction de la consommation d’énergie et l’écologie. Je pense que certains actifs et certains produits de base continueront de faire les manchettes, mais je ne pense pas qu’il y a lieu de parler de supercycle.
Ce que je dirais, c’est que les sociétés minières continuent de faire preuve de discipline dans leur façon d’agir, et qu’on n’assiste pas à des transactions sur le marché qui ne sont pas rationnelles. Nous évoluons dans un contexte de stabilité.
Theo Yameogo : Au cours des dernières années, de nouveaux joueurs ont fait leur entrée dans le secteur des mines. Vous avez énormément d’expérience en évaluation pour les sociétés minières; que conseillez-vous à ces nouveaux joueurs?
Jay Patel : C’est une excellente question. Il y a une dizaine d’années, nous avons collaboré avec un fabricant automobile européen qui cherchait à acquérir un actif de terres rares en Amérique du Nord. L’acquisition ne s’est pas matérialisée, mais nous sommes à nouveau dans un contexte où les constructeurs automobiles se rendent compte qu’ils ont besoin de chaînes d’approvisionnement fiables. Ces entreprises s’intéressent certainement aux actifs miniers.
Les sociétés minières qui exploitent des métaux pertinents pour la transition énergétique susciteront de l’intérêt dans les années à venir.
Theo Yameogo : Peut-on s’attendre à voir naître plus de coentreprises?
Jay Patel : À mon avis, on verra davantage de modèles collaboratifs dans le cadre desquels une société minière et une société autre que minière pourront développer ensemble un actif qui génère de bons rendements.
Je m’attends également à ce que certains secteurs abandonnent progressivement les activités à forte intensité de carbone pour plutôt investir dans le secteur minier. On peut penser par exemple à des entreprises du secteur du pétrole et du gaz qui investiraient dans le lithium.
Theo Yameogo : Quelles autres pratiques de pointe observons-nous chez les clients?
Jay Patel : Comme vous le savez, je réalise des évaluations. Le principal avantage de travailler avec des clients bien organisés, c’est qu’ils misent sur la collaboration, même en interne. Ils nous fournissent de l’information provenant de leur service technique, de leur service de développement d’entreprise, de leur service des finances, de leur service de fiscalité et de la haute direction.
Nous disposons alors de données solides pour notre analyse d’évaluation et, par conséquent, nous obtenons de meilleurs résultats et de meilleures réponses. Au bout du compte, l’évaluation est autant un art qu’une science.
Considérer différentes perspectives ne peut que rehausser la qualité des opinions formulées.
Theo Yameogo : Pouvez-vous nommer une chose que vous aimeriez que les conseils d’administration et les dirigeants surveillent de près?
Jay Patel : La plupart des conseils d’administration et des équipes de haute direction examinent la valeur de leurs actifs sous l’angle des rapports financiers. À mon avis, une pratique qui devrait faire partie intégrante de l’ADN de toute entreprise consiste à procéder plus ou moins une fois l’an à un examen de l’ensemble de son portefeuille. Cet examen permet de comprendre quels actifs y ont leur place et lesquels ne l’ont pas, et, par conséquent, de tirer plus de valeur du portefeuille.
Theo Yameogo : Cette discussion a été très enrichissante, Jay. Merci de votre présence ici aujourd’hui.
Jay Patel : Merci de m’avoir invité, Theo. J’ai beaucoup apprécié notre discussion.