Opinion des consommateurs canadiens à l’égard des véhicules électriques

Comprendre l’écosystème des véhicules électriques : une perspective canadienne

Coauteurs :

Jason Clifton, associé, Consultation, EY Canada
Sara Ganowski, chef d’équipe senior, Cybermobilité, EY Canada


La suspension des rabais ainsi que la persistance de l’incertitude liée aux tarifs et à la conjoncture économique semblent avoir altéré l’intérêt des consommateurs pour les véhicules électriques en 2025, mais un rebond pourrait être imminent.


En bref

  • Bien que plus d’un million de véhicules électriques et hybrides rechargeables circulent aujourd’hui sur les routes canadiennes, un rapport portant sur les consommateurs en 2025 fait état d’une transition à court terme des préférences d’achat.
  • Trente pour cent des acheteurs ont indiqué avoir reconsidéré l’achat d’un véhicule électrique, invoquant principalement les coûts initiaux et la disparition des rabais gouvernementaux. 
  • Toutefois, de nouvelles mesures incitatives et la poursuite des investissements dans l’infrastructure pour véhicules électriques pourraient raviver l’intérêt des consommateurs et stimuler la croissance du marché des véhicules électriques au cours de la prochaine année.

À l’approche de la fin de 2025, la transition du Canada vers les véhicules électriques a franchi une étape importante, le nombre de véhicules électriques (VE) et hybrides rechargeables en circulation au pays ayant dépassé le seuil du million¹. Cette réalisation reflète plus d’une décennie d’efforts soutenus en matière de sensibilisation et d’éducation, période au cours de laquelle la mobilité électrique est passée d’un enjeu marginal à une option largement adoptée par les automobilistes canadiens. 

Ainsi, l’indice EY de la mobilité des consommateurs de 2025 a fourni des renseignements ponctuels sur la perception des consommateurs canadiens à l’égard de la mobilité électrique, en mettant l’accent sur les attitudes et les intentions d’achat plutôt que sur les indicateurs d’adoption du marché ou les résultats de ventes. Alors même que les véhicules électriques gagnaient en popularité, l’évolution du marché a révélé un affaiblissement de l’intérêt des consommateurs, les véhicules à combustion interne (VCI) devenant de nouveau le choix privilégié des Canadiens. 

Évolution des intentions 

Selon l’étude, 46 % des consommateurs ont indiqué avoir l’intention d’acheter une voiture au cours des deux prochaines années, la préférence pour les moteurs à combustion interne augmentant de 14 % pour atteindre 58 %. Parallèlement, les modèles électriques, rechargeables et hybrides ont chuté, passant de 50 % à 36 %, ce qui laisse supposer que la confiance a été influencée par divers facteurs.

Le coût est apparu comme un facteur déterminant. Près du tiers (32 %) des répondants ont indiqué que le prix des véhicules constituait un obstacle important, précisant que le prix d’entrée des véhicules électriques se situait toujours autour de 40 000 $. Les préoccupations liées à l’inflation, la dynamique commerciale et les pressions touchant les modèles fabriqués à l’étranger ont contribué à modifier la perception de l’abordabilité, ces éléments s’ajoutant à la décision du gouvernement fédéral de suspendre le programme d’incitatifs pour les véhicules zéro émission (iVZE) en janvier 2025 et de le clôturer en mars 2025, une fois les fonds alloués entièrement engagés.

Trois répondants sur dix ont indiqué avoir retardé ou reconsidéré l’achat d’un véhicule électrique à la suite de la suspension des incitatifs, lesquels pouvaient atteindre 5 000 $ pour l’acquisition d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable admissible. Par ailleurs, certains signaux de politique publique, notamment les modifications proposées aux règlements sur les émissions et l’élimination de la taxe carbone, pourraient également avoir influé sur les perceptions des consommateurs. L’intérêt pour les véhicules hybrides a d’ailleurs diminué, passant de 26 % à 17 %.

Véhicules électriques vs moteur à combustion

Bien que le coût initial d’acquisition ait été identifié comme le principal facteur dissuasif pour les consommateurs, plus du quart (28 %) des participants à l’étude ont indiqué avoir des préoccupations concernant la fiabilité des bornes de recharge publiques, soit des réseaux irréguliers qui ne sont pas toujours fiables en hiver, ainsi que la possibilité d’incompatibilités entre des systèmes non normalisés au sein du réseau. 

Alors que le gouvernement cherche à stimuler les investissements dans l’ensemble du secteur, notamment en favorisant la production canadienne, en consolidant son cadre commercial, en soutenant le perfectionnement de la main‑d’œuvre et en prévoyant jusqu’à 3,1 milliards de dollars pour aider les constructeurs automobiles à effectuer la transition vers l’électrification, un changement de tendance pourrait déjà se manifester pour l’industrie des véhicules électriques².

Les intentions pour l’année à venir seront vraisemblablement influencées par le nouveau Programme pour l’abordabilité des véhicules électriques, d’une durée de cinq ans, qui offre des rabais similaires à ceux proposés auparavant. Le programme de 2,3 milliards de dollars offrira des incitatifs pouvant atteindre 5 000 $ pour les véhicules électriques à batterie et 2 500 $ pour les véhicules hybrides rechargeables (VHR) fabriqués au Canada, ou pour les véhicules produits dans un pays ayant conclu un accord de libre‑échange avec le Canada, dont la valeur transactionnelle finale est de 50 000 $ ou moins³.

Par ailleurs, le gouvernement et l’industrie prévoient examiner la question du coût des véhicules. Des dizaines de nouveaux modèles électriques devraient arriver sur le marché en 2026, ce qui pourrait contribuer à une baisse des prix.

De plus, le Canada a conclu une entente avec la Chine permettant l’importation de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine par année, lesquels ne seront pas admissibles aux rabais, au taux tarifaire de 6,1 %, comparativement à la surtaxe de 100 % imposée en octobre 2024. Cette mesure vise à accroître la disponibilité d’options plus abordables à l’échelle du pays.

Par ailleurs, les investissements dans l’infrastructure électrique se poursuivent. Le gouvernement fédéral avait auparavant alloué plus de 1,2 milliard de dollars au déploiement de bornes de recharge à l’échelle du pays. En février, un montant de 1,5 milliard de dollars a également été réservé par l’entremise de divers mécanismes, notamment l’Initiative d’infrastructures de recharge et de ravitaillement en hydrogène (IRRH) de la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC). Ces investissements visent à favoriser une adoption accrue des véhicules électriques et à répondre aux préoccupations des consommateurs concernant la disponibilité des bornes de recharge (38 %) et les temps d’attente prolongés (31 %).

La rectification de l’information erronée, la communication claire et l’accent mis sur les facteurs influençant directement la confiance et la prise de décision pourraient aussi aider à réduire l’incidence d’autres éléments ayant influé sur l’intérêt manifesté envers les véhicules électriques, notamment le coût élevé de la recharge publique (32 %). 

Bien qu’il existe des différences liées au rendement des véhicules, aux pratiques de recharge, aux systèmes de facturation et aux lieux de recharge, l’électricité continue d’offrir une stabilité relative des prix par rapport aux véhicules à moteur à combustion interne. On estime également qu’elle permet de réduire de moitié les coûts de carburant, ce qui se traduit par des économies importantes sur l’ensemble du cycle de vie du véhicule.

Le retour du balancier

Outre les mesures incitatives annoncées récemment, une inflation modérée ainsi qu’une relative stabilité du dollar devraient également contribuer à atténuer la pression financière et à réduire le niveau d’incertitude. À mesure que la situation financière des Canadiens s’améliore, les intentions de dépenses devraient exercer une influence positive sur l’achat de véhicules électriques. À mesure que la confiance se rétablit, les nouveaux rabais et les investissements supplémentaires pourraient amener les personnes encore indécises à contribuer à la hausse des ventes de véhicules électriques en 2026 et après.

 

Conformément aux engagements en matière de climat et d’environnement, certaines mesures qui avaient été réduites au cours de la dernière année semblent également être rétablies, ce qui place les véhicules électriques dans une position favorable alors que le Canada progresse vers l’atteinte de ses objectifs en matière d’énergie propre. De nouvelles règles encadrant les émissions de méthane dans les secteurs du pétrole et du gaz sont progressivement mises en œuvre afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, dont environ 23 % étaient attribuées au transport au Canada.,¹⁰. 

 

Un changement de politique prévu en 2026, assorti de normes plus strictes, pourrait contribuer à orienter le Canada vers l’atteinte des objectifs visant 75 % de ventes de véhicules électriques d’ici 2035 et 90 % d’ici 2040, ce qui réduirait l’empreinte carbone et appuierait la progression du pays vers une économie d’énergie propre¹¹

 

Le fait de permettre aux constructeurs d’avoir recours à un large éventail de technologies, notamment les batteries au sodium à moindre coût, pourrait également influer sur la perception des consommateurs, en particulier chez les acheteurs plus jeunes qui accordent une plus grande importance aux enjeux environnementaux. Bien qu’elles soient encore en développement, ces technologies pourraient, à terme, contribuer davantage à répondre aux préoccupations liées à l’abordabilité et au développement durable, tandis que le rôle du Canada dans la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques fournit un éclairage additionnel à cet égard. 

 

Les ressources nationales et les capacités de transformation offrent la possibilité de renforcer la position du pays dans la chaîne de valeur des batteries pour véhicules électriques, ce qui pourrait se traduire par une augmentation des investissements et de l’emploi. La perception des consommateurs évoluerait sans doute en conséquence.


Résumé

Bien que l’indice de mobilité des consommateurs 2025 ne permette pas de prévoir les résultats en matière d’adoption, il fournit un aperçu des perceptions des consommateurs canadiens. L’abordabilité, l’expérience de recharge et les interventions gouvernementales demeureront des facteurs déterminants dans la perception des acheteurs à l’égard des véhicules électriques.

Pour les décideurs, les constructeurs automobiles, les services publics et les fournisseurs d’infrastructures, ces résultats mettent en évidence les domaines dans lesquels des mesures ciblées, accompagnées d’une communication continue, pourraient renforcer efficacement la confiance des consommateurs. À mesure que les récents changements annoncés semblent favoriser une hausse de la confiance à l’égard des véhicules électriques, les perceptions pourraient continuer d’évoluer, mettant en évidence la nécessité de suivre ces tendances de près et de s’y adapter.

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