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Le Canada se trouve à un moment charnière de la lutte contre la criminalité financière

Le budget de 2025 modifie les règles en matière de lutte contre le recyclage des produits de la criminalité (LRPC), de fraude et de sanctions. Découvrez ce que les entités déclarantes doivent privilégier dès maintenant.


En bref
  • Le budget de 2025 traite la criminalité financière comme une priorité de sécurité nationale et met en place un cadre de conformité unique plus strict couvrant à la fois le recyclage des produits de la criminalité, la fraude et les sanctions.
  • Les nouveaux modèles d’application de la loi, les contrôles plus stricts de la trésorerie et les pénalités plus sévères induisent un rehaussement des exigences en matière de gouvernance, de qualité des données et de conformité à la réglementation.
  • En agissant vite, les entités déclarantes peuvent accroître leur résilience, s’adapter plus rapidement aux réformes et renforcer la confiance des organismes de réglementation et des consommateurs.

Six aspects à privilégier dès maintenant par les entités déclarantes

Alors qu’un changement de paradigme transforme à jamais les activités des entités déclarantes au Canada, le moment est venu d’agir.

Le budget de 2025 traite la criminalité financière au Canada comme une priorité de sécurité nationale au même titre que l’intégrité réglementaire et la confiance des consommateurs. Aujourd’hui, les institutions financières et les autres entités déclarantes disposent d’une occasion unique de comprendre ces changements et de s’adapter de manière proactive. Ce faisant, elles peuvent plus facilement acquérir un avantage concurrentiel, et ce, même si la législation et la réglementation continuent d’évoluer.

À mesure que les changements législatifs sont mis en œuvre et que les capacités de mise en application se concrétisent, les entités déclarantes canadiennes ont tout intérêt à faire preuve de prudence, afin d’évaluer la situation et de s’y adapter rapidement. Elles accroîtront ainsi leur résilience foncière, ce qui les aidera à renforcer la gouvernance et à cultiver davantage la flexibilité, c’est‑à‑dire à créer une culture qui appuie les organisations qui continuent de s’adapter rapidement aux nouvelles mesures.

Aucune institution ne pourrait se permettre de demeurer passive à ce moment charnière de la lutte contre la criminalité financière au Canada. Les réformes d’envergure et le risque de fraude élevé marquent le début d’une nouvelle ère, pendant laquelle les institutions financières devront repenser la conformité, renforcer les contrôles et adopter une approche unifiée pour protéger le système financier.

Une prise de mesures précoce peut améliorer la gouvernance ainsi que ce différenciateur crucial sur le marché : la confiance des consommateurs.

Le budget de 2025 traite la criminalité financière au Canada comme une priorité de sécurité nationale.

Qu’est‑ce qui change pour les institutions financières et entités déclarantes canadiennes?

Le budget de 2025 ne laisse aucun doute sur le fait qu’au Canada, la lutte contre le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes (LRPC/FAT) et la prévention de la fraude ne sont plus des efforts isolés. En effet, le gouvernement met en place plusieurs piliers de l’intégrité réglementaire et de la confiance des consommateurs. Des efforts tactiques sont déployés pour protéger nos communautés.

Pour les institutions financières, il ne s’agit pas simplement d’une mise à jour de politiques. Il s’agit d’un appel à l’action : on invite les entités déclarantes à un exercice d’autoanalyse qui leur permettra de comprendre la signification de ces changements ainsi que la manière de s’y adapter.

Le budget fédéral, publié vers la fin de 2025, a apporté plusieurs changements cruciaux. Le budget de 2025 propose :

  • de créer une nouvelle Agence contre les crimes financiers, qui agira à titre de principal organisme d’application de la loi pour lutter contre les crimes financiers complexes;
  • de modifier les lois en matière de LRPC/FAT de façon à limiter les transactions en espèces d’un montant supérieur ou égal à 10 000 $ et les dépôts en espèces par des tiers tout en augmentant les pénalités et en amplifiant le recours à des accords de conformité; 
  • de renforcer les processus d’information et d’échange de renseignements, en particulier entre les entités publiques et les entités privées;
  • de mettre en place des contrôles de la prévention de la fraude bancaire, de l’obtention du consentement des clients au recours à des fonctionnalités à risque et du respect des exigences réglementaires en matière de présentation des données sur les fraudes;
  • d’implanter des outils qui demandent aux institutions financières de signaler les actifs et les bénéfices de personnes sanctionnées, le ministère des Finances étant habilité à réacheminer ces bénéfices vers des fonds publics, et le ministre des Finances devant être consulté au sujet de toute nouvelle sanction susceptible de poser des risques systémiques.

En outre, parallèlement à ces mises à jour, le budget de 2025 renforcera plusieurs autres aspects. En voici les principaux :

  • Stratégies de prévention de la fraude à l’échelle du gouvernement, conçues à l’appui d’une approche intersectorielle qui unit les banques, les entreprises de télécommunications et les entreprises technologiques dans leur lutte contre les stratagèmes de fraude
  • Attentes de conformité intégrées liées à la convergence des risques en matière de LRPC, de fraude, de sanctions et de cybersécurité, les organismes de réglementation concertant leurs activités de surveillance, et le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE) se joignant au comité de surveillance fédéral
  • Processus centralisé qui coordonne l’application de la loi et l’expertise financière par l’intermédiaire d’un modèle intégré de lutte contre le recyclage des produits de la criminalité, contre la fraude et contre le contournement des sanctions
  • Culture renforcée d’application de la loi, selon laquelle les institutions peuvent s’attendre à ce que les organismes et partenariats spécialisés se concentrent sur les stratagèmes frauduleux complexes et sur des mesures plus énergiques de lutte contre la criminalité financière
  • Changements réglementaires continus, notamment des améliorations visant à éliminer les échappatoires et à protéger les données dans l’espace de LRPC/FAT, ce qui occasionne un resserrement supplémentaire des exigences de conformité
  • Certes, le climat politique actuel, assombri par des facteurs géopolitiques et macroéconomiques et tributaire d’enjeux d’intérêt national, crée de nombreuses inconnues pour les institutions financières. C’est précisément pour cette raison qu’il est essentiel de commencer le travail et de se préparer en vue de ces changements propres à la criminalité financière. Face à un si grand nombre de changements survenant en temps réel, la prise de mesures proactives peut aider les entités déclarantes à se préparer à renforcer leur gouvernance et à augmenter la résilience de leurs activités.

Chez EY, nous recommandons aux entités déclarantes de commencer par six aspects prioritaires. 

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Comprendre le nouvel écosystème de l’application de la loi sur la criminalité financière au Canada

Une agence centralisée, dirigée par des experts, redéfinit la façon dont le Canada enquêtera sur les crimes financiers complexes : surveillance plus rigoureuse, accélération des demandes de données et resserrement des exigences pour les entités déclarantes.

La nouvelle Agence contre les crimes financiers, dont l’inauguration est prévue pour le printemps de 2026, deviendra l’enquêteur principal du Canada en matière de crimes financiers complexes. Son approche est modélisée selon les pratiques de pointe recueillies dans d’autres parties du monde.

L’agence créera un espace centralisé qui permettra à des représentants des services de police traditionnels et à des experts financiers civils de s’attaquer à des stratagèmes sophistiqués de blanchiment d’argent, à des fraudes de grande ampleur, à la récupération de produits illicites et à d’autres crimes majeurs. Cette approche introduit un changement fondamental dans la chaîne redditionnelle et la coordination des organismes d’application des lois.

Des enquêtes complexes en matière de fraude seront menées par une autorité spécialisée unique plutôt que par des unités policières dispersées : une première pour les institutions financières au pays. L’agence tirera parti des capacités fédérales accrues en matière d’application de la loi. Qui plus est, le budget accorde 1,7 milliard de dollars à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur quatre ans dans le but de recruter 1 000 nouveaux officiers pour la GRC, de renforcer les efforts de lutte contre la criminalité financière et d’appuyer le travail de l’agence.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entités déclarantes canadiennes?
  • Elles doivent être prêtes à collaborer dans le cadre des enquêtes. Dans un contexte où les unités de lutte contre la criminalité financière prennent de l’envergure et accèdent à davantage de ressources, il faut s’attendre à une surveillance plus rigoureuse des programmes et à un risque accru quant à l’application de la loi.
  • Les examens approfondis pourraient devenir plus courants. Tirant parti de ses capacités spécialisées, l’agence pourrait accroître la fréquence et l’ampleur des demandes de données transactionnelles, de renseignements et de coopération.
  • La qualité et la rapidité seront la clé. Étant donné que l’agence a recours à des capacités d’analytique avancée, à des experts financiers et à d’autres spécialistes de premier ordre, les équipes de conformité interne doivent être prêtes à fournir de l’information fiable rapidement et sans heurts.
Pour vous préparer, posez‑vous les questions clés suivantes :
  • Savons‑nous où nos contrôles de la LRPC, de la prévention de la fraude et des sanctions se recoupent et où sont les lacunes?
  • Nos protocoles d’échange de données et nos procédures de signalement sont-ils suffisamment dynamiques?
  • De quoi ont besoin nos équipes de conformité (formation, outils, ressources ou technologies) pour réussir dans ce nouveau contexte opérationnel?
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2

Être prêt à prendre des mesures globales et intersectorielles en matière de prévention de la fraude

Les réformes canadiennes en matière de prévention de la fraude incitent les institutions canadiennes à déployer des efforts de coordination intersectorielle, à offrir une plus grande visibilité des données et à mettre en place des contrôles centrés sur le client. Tout cela changera la façon dont les banques préviennent, détectent et documentent les nouvelles menaces de fraude.

Selon les données obtenues du gouvernement, en 2024, les Canadiens ont perdu plus de 643 millions de dollars à cause d’activités frauduleuses. Cela représente une augmentation de près de 300 % depuis 2020 et un argument de poids pour mettre en place une stratégie nationale antifraude. Essentiellement, le gouvernement travaille à décloisonner les secteurs et à fédérer les institutions déclarantes, les entreprises technologiques, les fournisseurs de services de télécommunication et les autres parties prenantes pour créer une approche intersectorielle qui permet de s’attaquer aux stratagèmes frauduleux de plus en plus complexes.
 

Étant donné que le budget de 2025 modifie la Loi sur les banques du Canada, les institutions devront adopter des politiques et des contrôles formels pour prévenir la fraude visant les consommateurs. À cet effet, elles devront se concentrer davantage sur les segments vulnérables et créer des cadres spécialisés pour détecter et prévenir les escroqueries qui ciblent les consommateurs.
 

De façon analogue, les banques devront se pencher aussi sur la sécurité des comptes. Par exemple, le budget de 2025 prévoit que les clients doivent être autorisés à définir et modifier eux-mêmes les limites de la taille des transactions ainsi qu’à activer et désactiver certaines fonctions du compte, l’accent étant mis sur le consentement explicite dans le cas des fonctionnalités à haut risque. Ce changement pourrait avoir une incidence sur des fonctions telles que le dépôt à distance, les capacités de virement international, les virements électroniques et toute autre fonctionnalité que des fraudeurs pourraient exploiter.
 

Le signalement des fraudes est en train de devenir la pierre angulaire des interactions avec les organismes de réglementation : il a une incidence sur la perception de la maturité institutionnelle, de l’efficacité de la gouvernance et de la capacité de protection des consommateurs. Tout cela influence la manière dont les institutions concevront les produits, géreront les risques et orchestreront le parcours des clients dorénavant.

Les Canadiens ont perdu plus de
643 M$
en raison d’activités frauduleuses en 2024
Soit une augmentation de près de
300 %
comparativement à 2020.
Qu’est‑ce que cela signifie pour les institutions financières et les entités déclarantes canadiennes?
  • Consentement et limites : votre nouvelle priorité. La prise en considération de facteurs ayant trait à l’expérience utilisateur, par exemple l’architecture axée sur le consentement, la configuration dynamique de limites modifiables par le client et le maintien d’un équilibre entre expérience client et désagréments dans le parcours du client, est une étape essentielle pour l’établissement de rapports de confiance et la réduction des pertes attribuables à des cas de fraude.
  • Exhaustivité et visibilité des analyses des tendances des données : un enjeu important. Les banques seront évaluées non seulement en fonction de leurs résultats en matière de fraude, mais aussi en fonction de la qualité, de l’exhaustivité et de la visibilité de leurs analyses des tendances des données.
  • Présentation normalisée de données : une nécessité. Les banques devront normaliser la présentation des données sur la fraude dans le but de réduire leur exposition aux risques et d’accroître leur maturité réglementaire. Il faut aussi trouver le moyen de documenter, catégoriser et signaler de manière uniforme les tentatives de fraude et les pertes attribuables à des cas de fraude.
Pour vous préparer, posez‑vous les questions clés suivantes :
  1. Nos systèmes et les solutions des fournisseurs prennent‑ils en charge le contrôle des fraudes visant les clients?
  2. Comment pouvons‑nous normaliser les modèles de données sur les fraudes, l’infrastructure des données d’entreprise, l’analyse comparative et la surveillance dans le but d’améliorer la qualité et l’uniformité?
  3. Avons‑nous mis en place les processus et les plateformes nécessaires pour recueillir et communiquer les données sur les incidents de fraude visant les consommateurs dans un contexte de resserrement des exigences?
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3

Prévenir la fraude : penser à des mesures globales et intersectorielles

Les réformes canadiennes en matière de LRPC prévoient des pénalités plus sévères, des contrôles plus stricts de la trésorerie et une surveillance plus étendue du secteur, d’où le besoin de renforcer la gouvernance, d’échanger les renseignements et de se préparer à un régime d’application de la loi autrement plus rigoureux.

Le dernier budget fédéral propose la modernisation la plus significative du régime de LRPC/FAT du Canada des dernières années. Des contrôles plus stricts des sources de financement illicites. L’accroissement des attentes en matière de conformité à l’échelle des secteurs. Des règles plus strictes à l’égard des transactions en espèces. Une application plus stricte de la loi. Ces mises à jour représentent un resserrement considérable de la mise en application de la loi.

Globalement, la réforme la plus importante est probablement celle du régime d’application de la loi lui‑même. Le budget de 2025 entraînera un resserrement significatif du cadre de pénalités et instituera un système d’accord de conformité obligatoire. Actuellement, le CANAFE peut appliquer des pénalités pour cause de violations et négocier, à sa discrétion, des engagements en matière de conformité.

Les réformes proposent une majoration des sanctions administratives pécuniaires en vertu de la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes (LRPCFAT); de futurs règlements devraient apporter des éclaircissements sur cette majoration. Ce que les entités déclarantes devraient en retirer : le coût de la non‑conformité sera beaucoup plus élevé, et les organismes de réglementation exigeront une planification formelle des mesures correctives pour remédier aux lacunes.

Plus concrètement, le budget de 2025 poursuit les objectifs suivants :

  • Contrôle des transactions importantes en espèces. Étant donné que la trésorerie est généralement un élément central des stratagèmes de blanchiment d’argent, le budget de 2025 propose des modifications à la LRPCFAT qui visent à restreindre l’acceptation de paiements en espèces, les dons ou les dépôts de 10 000 $ ou plus ainsi que les dépôts en espèces par des tiers dans le compte d’un client.
  • Élimination des échappatoires permettant à des malfaiteurs de dissimuler des fonds illicites en les présentant comme des dons de bienfaisance. Dans le but d’éliminer les abus, tous les dons financiers seront assujettis à la réglementation en matière de LRPC. Les programmes de conformité dans les banques, les caisses de crédit et les entreprises de services monétaires devront traiter les soi-disant dons importants comme toute autre transaction à haut risque. Autrement dit, il faudra appliquer les contrôles préalables à ces transactions et les déclarer et les traiter comme douteuses jusqu’à preuve du contraire.
  • Élargissement du champ d’application de la LRPCFAT pour y inclure d’autres joueurs sectoriels, notamment des courtiers hypothécaires, des courtiers et des administrateurs. Cet élargissement a aussi des répercussions sur les responsables de la conformité dans les banques qui traitent avec les intermédiaires hypothécaires : ils doivent être conscients du fait que leurs contreparties seront bientôt assujetties à une surveillance réglementaire directe. À mesure que la situation évolue, d’autres professionnels, notamment des prestataires de services de paiement, voire des professionnels tels que des avocats ou des comptables, peuvent être visés par les mesures de LRPC, dont le champ d’application ne cesse de s’agrandir.
Qu’est‑ce que cela signifie pour les institutions financières et les entités déclarantes canadiennes?
  • Les banques sont en train de devenir des partenaires du renseignement actifs. Il ne suffit plus de simplement signaler les transactions douteuses. Les institutions participeront beaucoup plus activement à l’échange de renseignements, ce qui contribuera à renforcer la mise en application de la loi. Cela signifie aussi que les leaders de la conformité devront examiner les programmes de LRPC de façon proactive, à la recherche de lacunes ou de faiblesses, et ce, avant l’entrée en vigueur des règles, dont les enjeux seront élevés.
  • Il est possible que certaines transactions soient refusées. Selon les modifications proposées, les institutions n’auraient pas le droit d’accepter plus de 10 000 $ en espèces dans le cadre d’une seule transaction ni d’accepter des dépôts en espèces par des tiers.
  • Les caissiers et les systèmes automatisés doivent être prêts à signaler les irrégularités. De nombreuses institutions examinent déjà les dépôts en espèces d’un montant important, ce qui déclenche l’envoi de rapports au CANAFE. Or les réformes en question vont plus loin. Le respect des exigences nécessitera un examen des processus, des procédures et des communications avec le client, en pensant aussi, le cas échéant, aux clients légitimes qui peuvent avoir besoin de modes de paiement particuliers lorsque le montant du règlement est important.
Pour vous préparer, posez‑vous les questions clés suivantes :
  1. Comment pouvons‑nous améliorer l’information et l’échange de renseignements, les contrôles internes, la surveillance des transactions, la formation et l’audit des mesures de LRPC de manière à maintenir l’équilibre entre gouvernance et protection de la confidentialité des données du client et de sa vie privée?
  2. Pour que nous puissions contribuer pleinement à ce nouvel écosystème d’application de la loi lorsque des améliorations concrètes sont réalisées sous surveillance réglementaire, nos équipes juridiques doivent‑elles modifier nos directives, les modalités de nos rapports avec les clients, les règlements négociés ou d’autres éléments?
  3. Sommes‑nous prêts à communiquer efficacement avec le conseil d’administration au sujet de l’amélioration de la gouvernance et de la nécessité de mettre en place un cadre de conformité aux règles en matière de prévention de la criminalité financière qui soit adapté à ce régime plus strict?
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Se préparer à renforcer la conformité par des sanctions et par la récupération d’actifs

Les nouvelles sanctions et règles de récupération d’actifs exigent une mise en conformité plus rapide, une surveillance plus approfondie des actifs gelés et une intégration plus étroite des contrôles en matière de LRPC, de fraude et de sanctions, ce qui conduit à un rehaussement des exigences de transparence et d’imputabilité.

Le budget de 2025 vise à renforcer la conformité aux exigences de transparence et d’imputabilité en matière de sanctions. Les banques, les courtiers en valeurs mobilières, les assureurs et les entreprises de services monétaires du Canada feront face à de nouvelles mesures en matière de sanctions économiques avec pour objectif de bonifier la conformité et de permettre aux autorités de gérer plus efficacement les actifs gelés. Les mises à jour sont conçues pour garantir que le système financier canadien n’est pas utilisé de façon inappropriée pour contourner des sanctions, notamment celles visant la Russie, l’Iran et d’autres régimes.

 

Tout d’abord, la Loi sur les mesures économiques spéciales, principale loi du Canada en matière de sanctions, sera modifiée de manière à répondre aux préoccupations quant à la stabilité financière systémique. Par exemple, il faudra consulter le ministre des Finances avant que de nouvelles sanctions soient ordonnées. Ainsi, lorsque le gouvernement envisage de faire figurer une banque étrangère majeure ou une entreprise essentielle sur la liste des entités sanctionnées, le ministre des Finances devra se prononcer sur les retombées potentielles d’une telle mesure pour le secteur des services financiers canadien.

 

Le Canada cherche manifestement à parer, de façon judicieuse, aux risques imprévus pour la stabilité financière, c’est‑à‑dire au risque qu’une sanction perturbe les marchés ou détériore la solvabilité d’une institution canadienne. Les responsables de la conformité pourraient trouver ce cadre de gestion des risques rassurant. Les décisions plus radicales seront soumises à un deuxième examen par les représentants du ministère des Finances. Il reste néanmoins que lorsqu’une sanction est imposée, les institutions doivent s’y conformer vite.

 

Le budget de 2025 laisse aussi entrevoir une intensification de la saisie de bénéfices attribuables à la violation ou au contournement de sanctions. Les institutions financières devront déclarer et remettre, de manière active, les bénéfices tirés d’actifs gelés, en conformité avec les pratiques de pays alliés du Canada. Des lignes directrices supplémentaires pourraient préciser comment ces bénéfices exceptionnels sont calculés et remis.

 

Plus particulièrement, un nouveau mécanisme de prélèvement ciblé sur les bénéfices exceptionnels autorisera les gouvernements à exiger des institutions financières de déclarer les biens en leur possession qui appartiennent à des personnes, entreprises ou pays sanctionnés ainsi que les bénéfices qu’elles en tirent. Qu’est‑ce que cela signifie en pratique? Si une banque canadienne détient des actifs gelés, par exemple un compte bloqué où s’accumulent des intérêts ou des actions qui génèrent des dividendes, elle sera tenue de le signaler aux autorités, qui pourraient la sommer de remettre au gouvernement les bénéfices tirés de ces actifs.

 

Qu’est‑ce que cela signifie pour les secteurs de l’économie canadienne?
  • La collaboration est désormais une priorité. Cette nouvelle stratégie envoie aux institutions financières et aux entités déclarantes le message suivant : la prévention de la fraude évolue pour se transformer en approche plus unifiée. Elle est désormais de la responsabilité de tous.
  • Une meilleure surveillance pour une meilleure reddition de comptes. Les équipes de conformité devront envisager d’améliorer la surveillance des comptes et actifs gelés en mettant l’accent sur les bénéfices. Les analyses devraient couvrir des scénarios complexes. Les institutions devront être en mesure de répondre à des questions opérationnelles essentielles après la mise en œuvre de la réglementation.
  • Les systèmes et les programmes pourraient nécessiter une modernisation. Du renforcement des systèmes de détection de la fraude à l’amélioration de la sensibilisation des clients en passant par la réévaluation des plans d’intervention en cas d’incident, les équipes de conformité et les équipes opérationnelles devront évaluer les systèmes existants et déterminer leur adéquation par rapport aux exigences rehaussées.
Pour vous préparer, posez‑vous les questions clés suivantes :
  1. Savons‑nous avec certitude où nos contrôles de la LRPC, de la prévention de la fraude et des sanctions se recoupent et où il pourrait y avoir des lacunes?
  2. Sommes‑nous prêts à surveiller, documenter et remettre, le cas échéant, les bénéfices tirés d’actifs sanctionnés gelés?
  3. Avons‑nous évalué notre exposition à des secteurs ou intermédiaires nouvellement assujettis à des obligations de déclaration?
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Renforcer le respect des sanctions et la récupération des actifs

Les organismes de réglementation se tournent vers un modèle de surveillance unifié, selon lequel la performance en matière de LRPC a une incidence directe sur la surveillance prudentielle au sens plus large, ce qui occasionne un rehaussement des exigences en matière de gestion intégrée des risques, d’échange de données et de coordination interfonctionnelle.

La coordination renforcée est au cœur de la révision des mesures de lutte contre la criminalité financière du budget de 2025. Nous savons que l’architecture de la réglementation financière au Canada comporte de multiples composantes : le CANAFE, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), la Banque du Canada, le ministère des Finances et la GRC collaborent depuis longtemps, dans les limites de leur mandat. Cependant, le présent budget se propose de décloisonner les activités et de rallier les organismes de réglementation et les secteurs en vue de la lutte collective contre la criminalité financière.

Dans le cadre de cette réforme, le CANAFE deviendra un membre du Comité de surveillance des institutions financières (CSIF), un forum dirigé par le BSIF qui permet aux organismes de réglementation financière fédéraux d’échanger au sujet de la sécurité et de la stabilité des institutions financières. Cette réorganisation a pour effet d’intégrer formellement les considérations en matière de LRPC/FAT au cœur même de la surveillance financière.

Qu’est‑ce que cela signifie pour les institutions financières et les entités déclarantes canadiennes?
  •  La conformité sera de plus en plus perçue comme faisant partie de la gestion des risques et de la stabilité globales. Si les contrôles de la LRPC d’une banque sont insuffisants, la Banque s’expose non seulement à des pénalités du CANAFE, mais aussi à une surveillance accrue de la part du BSIF et d’autres organismes de réglementation en ce qui concerne les risques globaux auxquels l’institution est exposée. Dans ce cas de figure, la banque pourrait faire l’objet d’une supervision plus rigoureuse ou voir ses opérations soumises à des contraintes.
  • L’objectif est de disposer d’une vue unifiée. L’adhésion du CANAFE au CSIF favorisera la libre circulation de l’information et aidera les organismes de réglementation à mettre en commun leurs observations ayant trait à la LRPC en les dispensant des obstacles juridiques habituels. Dorénavant, le bilan d’une organisation en matière de LRPC peut influer sur son statut auprès des autorités de réglementation prudentielle. Finie l’époque où chaque organisme obtenait une version des faits différente.
  • Le champ d’application peut s’élargir. Alors que le mandat et les pouvoirs du BSIF s’élargissent pour inclure la gestion des risques « liés à l’intégrité et à la sécurité » dans le secteur financier, les institutions financières pourraient faire l’objet d’enquêtes visant des questions auparavant examinées par le CANAFE ou prises en charge par la fonction audit interne. Il en résulte une exigence accrue de gestion globale des risques par les institutions.
Pour vous préparer, posez‑vous les questions clés suivantes :
  1. Notre protocole d’échange de données et notre procédure de signalement sont-ils assez robustes pour ce nouveau contexte d’application de la loi?
  2. Nos directeurs de la conformité et des risques sont‑ils prêts à démontrer aux organismes de réglementation qu’ils ont adopté une approche commune?
  3. Les équipes responsables de la LRPC, de la prévention de la fraude et de la sécurité de l’information travaillent‑elles en synergie pour pouvoir offrir à la haute direction une bonne visibilité des risques liés à la criminalité financière en tant que problème d’entreprise?
Quelles sont les répercussions ultimes pour les institutions financières et les entités déclarantes au Canada?

Dans un contexte de déploiement de changements législatifs et d’augmentation des capacités en matière d’application de la loi, le moment est venu de faire le point et de s’adapter. Le budget de 2025 constitue un changement de paradigme dans l’approche du Canada en matière de LRPC/FAT, de sanctions et de fraude financière.

À ce moment charnière, le risque de criminalité financière devient une question de sécurité nationale, d’intégrité réglementaire et de confiance des consommateurs, et les institutions devraient y répondre avec efficacité.

En commençant sans tarder, les institutions pourront mieux s’adapter aux changements, mettre en place de nouveaux processus et faire face à la surveillance réglementaire continue et aux comparaisons avec les autres secteurs, et ce, tant dans l’immédiat qu’au fil de l’évolution de la situation au cours des 18 prochains mois.

Résumé 

Le budget de 2025 du Canada constitue un cap pour la gestion de la criminalité financière, puisqu’il érige la LRPC, la fraude et les sanctions en priorités de sécurité nationale. Sur fond d’application plus stricte de la loi, d’intensification de l’échange de renseignements et d’intégration accrue de la surveillance réglementaire, les entités déclarantes font face à des exigences rehaussées en matière de gouvernance, de qualité des données et d’agilité. Les organisations qui se mobilisent rapidement pour aligner leurs contrôles, décloisonner leurs activités et renforcer leurs capacités en matière de conformité seront mieux positionnées pour gérer les risques, se préparer à la surveillance réglementaire et maintenir la confiance pendant que les réformes se poursuivent.

Contributeurs :
Krutika Sequeira, chef d’équipe senior
James Johnson, conseiller senior



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