Pourquoi? Ce que les observateurs du secteur des services financiers appellent désormais « la grande convergence » est caractérisé par quatre forces générant de grands changements.
1. Identité sur un portable ou identité numérique autosouveraine : Qu’il s’agisse de déploiements provinciaux ou fédéraux, de passeports vaccinaux ou de tout ce qui se trouve entre les deux, l’identité autosouveraine et la gestion des données personnelles signifient que les particuliers – ainsi que les entreprises – auront un plus grand contrôle sur leur identité. Les acteurs de l’écosystème, tels que les banques, les sociétés d’assurance, les sociétés de services publics et les organismes gouvernementaux, auront dorénavant des rôles plus clairement définis, allant de la personne qui peut accorder des attributs d’identité à celle qui atteste de ces attributs et détient le contrôle de l’identité. Les détenteurs d’identité, tels les particuliers et les entreprises, devront davantage comprendre et gérer leurs propres risques. Dans l’intervalle, les plateformes d’identité – l’une des stratégies mises en œuvre par les grandes entreprises technologiques – finiront par devenir de puissants points d’ancrage relationnel pour un ensemble de services; ce que les institutions financières doivent prendre en considération compte tenu du niveau élevé de confiance dont elles bénéficient aujourd’hui.
2. Données portables : La législation et la réglementation – notamment le projet de loi C‑27, le projet de loi no 64 au Québec, la réglementation du système bancaire ouvert et la réglementation sur les données ouvertes – permettront d’améliorer considérablement la portabilité des données clients de toutes sortes. L’amélioration de la portabilité des données clients permettra d’éliminer un point d’ancrage important qui lie actuellement les clients à leurs prestataires de services actuels. Dès lors, les conséquences d’une mauvaise expérience de service à la clientèle seront plus lourdes que jamais, car il sera beaucoup plus simple et rapide pour les clients de se tourner vers un concurrent qu’il ne l’est aujourd’hui. Les sociétés de services doivent repenser leurs stratégies de rétention et de mobilisation des clients en conséquence et élaborer de nouvelles propositions de valeurs afin d’améliorer la « fidélisation » de la clientèle.
3. Paiements plus conséquents et plus rapides : Au Canada, les normes ISO 20022 amènent la possibilité de traiter des paiements et des données au sein d’un même processus. L’intégration des paiements et des données en une seule transaction pourrait éliminer d’importantes inefficacités opérationnelles et créer des occasions d’élaborer des propositions innovantes pour les clients du secteur du détail et du secteur commercial.
4. Monnaies numériques de banque centrale (MNBC) : Changeant véritablement la donne en matière de paiement, les MNBC redéfiniront sensiblement les besoins en matière de règlement financier et d’intermédiaires de transfert. Qu’il soit question de paiements de faible valeur ou de grande valeur, ne plus avoir recours à des intermédiaires indépendants de confiance modifiera les modèles d’affaires pour les acteurs actuels de l’industrie, ce qui aura une incidence considérable sur les revenus directs liés aux paiements, tels que les honoraires, les commissions et les flottants. Une telle démarche pourrait également avoir un effet sur les revenus indirects associés aux services de gestion de trésorerie. Les entreprises dans le secteur des paiements ont déjà commencé à redéfinir leur rôle et leur proposition de valeurs relativement aux MNBC, se rapprochant un peu plus des modèles d’affaires bancaires ou de systèmes bancaires parallèles.
Globalement, ces forces représentent une disruption complète du mode de fonctionnement traditionnel des services financiers, en redéfinissant en profondeur la relation entre les gens, les organisations et le marché. Alors que les occasions de continuer à rentabiliser leur rôle d’intermédiaires se raréfient considérablement ou disparaissent, les institutions financières qui se situent à mi‑chemin entre les consommateurs et les prestataires de services de paiement devront réévaluer leur raison d’être afin de rester pertinentes et, ce faisant, commencer à élaborer des modèles d’affaires précisément pour cette nouvelle réalité. La véritable question est de savoir comment