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Pourquoi le leadership est essentiel à la création d’une culture donnant la priorité à l’intégrité

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Contributeurs : Sharon van Rooyen et Ramesh Moosa

Les renseignements clés tirés du rapport mondial 2024 d’EY sur l’intégrité indiquent comment les leaders des marchés émergents peuvent continuer à donner la priorité à l’intégrité.

Cet article présente le point de vue des marchés émergents dans le rapport mondial d’EY sur l’intégrité.

En bref

  • Les entreprises des marchés émergents ont joué un rôle de premier plan dans la gestion et la préservation de l’utilisation éthique de l’IA.
  • Compte tenu de la sensibilité de leurs pays aux conséquences des changements climatiques, les marchés émergents mettent davantage l’accent sur l’intégrité des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) que les marchés développés.
  • De solides compétences en leadership et une approche donnant la priorité à l’intégrité créent un cercle vertueux générateur d’intégrité en mesure de rétablir la confiance, et de la maintenir, au sein de l’entreprise et à l’extérieur de celle‑ci.

Dans un environnement qui évolue rapidement, caractérisé par l’incertitude sur le plan macroéconomique et géopolitique attribuable notamment aux conflits, aux tensions commerciales et aux changements importants de politiques, il est devenu plus difficile pour les particuliers et les entreprises de faire preuve d’intégrité.

En 2024, EY a réalisé un sondage auprès de 3 164 répondants des marchés émergents à tous les échelons des entreprises, principalement de grande envergure, portant sur leurs efforts en matière d’intégrité. Depuis la réalisation de ce sondage, la situation géopolitique a changé considérablement. Plusieurs entreprises des marchés émergents ont pourtant maintenu une approche habituelle vis‑à‑vis de l’intégrité et de la conformité. Malgré les changements possibles à la réglementation dans différents pays, les lois locales demeurent en vigueur. Malgré les changements possibles à la réglementation dans différents pays, les lois locales demeurent en vigueur.

En nous appuyant sur les données du rapport mondial 2024 d’EY sur l’intégrité, enrichies par des recherches supplémentaires, nous fournissons des informations précieuses sur la manière dont les entreprises des marchés émergents peuvent créer un cercle vertueux générateur d’intégrité en adoptant une direction forte et en favorisant un environnement plus sûr qui encourage le personnel à s’exprimer et à agir.

Le défi de maintenir des normes d’intégrité est toujours présent

Selon le rapport mondial 2024 d’EY sur l’intégrité, 58 % des répondants des marchés émergents ont déclaré que le respect des normes d’intégrité de leur entreprise s’était amélioré au cours des deux dernières années, soit une hausse de 11 % par rapport aux résultats du rapport mondial 2022 d’EY sur l’intégrité. Par contre, 24 % des répondants admettent qu’ils ont été victimes d’un cas de fraude important ou d’une violation à la conformité réglementaire, soit une hausse par rapport à 15 % en 2022.

Une majorité de répondants reconnaissent que le maintien de normes d’intégrité au sein de leur entreprise constitue un défi. Les pourcentages sont plus élevés en Extrême‑Orient (65 %) et en Amérique latine (63 %). Plus particulièrement, les répondants de l’Amérique latine ont indiqué que l’insécurité économique, les tarifs douaniers, l’extorsion de la part des cartels de la drogue et la corruption à petite échelle constituaient les principaux obstacles au respect des normes d’intégrité.

« L’Amérique latine est un important marché d’exportation. La hausse des tarifs douaniers et les barrières commerciales réduisent les marges et causent des pressions de plus en plus fortes sur les entreprises dans leur maintien de normes d’intégrité », précise Rafael Huaman, leader des services de juricomptabilité et d’intégrité d’EY en Amérique latine.

Puisque le fondement sur lequel repose la mondialisation devient moins stable, agir avec intégrité deviendra plus difficile. Par contre, l’ensemble des répercussions découlant de la transformation du contexte géopolitique pourraient ne pas être pleinement déterminées avant deux autres années.

Les entreprises des marchés émergents font face à des obstacles importants dans le maintien de l’intégrité

Plusieurs facteurs complexes, qui ont existé durant la crise financière mondiale et qui sont réapparus durant la pandémie de COVID‑19, ont un effet sur la capacité d’une entreprise des marchés émergents d’agir avec intégrité dans le monde instable d’aujourd’hui, tant au sein de l’entreprise qu’à l’extérieur de celle‑ci. Citons entre autres :

Malgré ces risques, 79 % des entreprises des marchés émergents ont une confiance élevée ou moyenne dans les processus qu’elles ont mis en place pour prévenir, détecter et résoudre les principaux problèmes en matière d’intégrité. Cette confiance est encore plus élevée en Extrême‑Orient (87 %) et dans la région du MOIA (83 %).

Néanmoins, pour le quart des répondants, les encouragements ou les pressions incitant à la violation des normes d’intégrité de l’entreprise sont en hausse. Dans un même temps, le pourcentage total des répondants affirmant que leur entreprise prend des mesures contre les membres du personnel ayant enfreint les normes d’intégrité a diminué (65 % contre 69 % deux ans plus tôt), même si 41 % des répondants ont déclaré que les mesures réglementaires ont augmenté, comparativement à 38 % deux ans plus tôt.

Des renseignements importants suggèrent les voies à suivre par les entreprises des marchés émergents pour créer un cercle vertueux générateur d’intégrité

Dans les prochains chapitres, nous offrons des renseignements utiles sur la façon dont les entreprises des marchés émergents peuvent créer un cercle vertueux générateur d’intégrité en exerçant un leadership de haut en bas et en cultivant un environnement plus sûr qui incite les membres du personnel à s’exprimer et à agir. Nous traitons également de l’importance pour les entreprises d’adopter une approche donnant la priorité à l’intégrité à l’égard l’intelligence artificielle (IA), et de l’importance de maintenir l’intégrité des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) au cœur de la stratégie d’entreprise.

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Chapitre 1

Prêcher par l’exemple

Le leadership et le ton donné par la direction sont essentiels au renforcement de l’intégrité.

Soixante et un pour cent des répondants des marchés émergents déclarent que l’orientation des membres de la direction est la raison principale de l’amélioration des normes de conformité. Pourtant, quatre répondants sur dix sont d’avis que des cadres de leur entreprise sacrifieraient l’intégrité au profit d’un gain financier personnel à court terme, ou d’un gain financier de l’entreprise à court terme. Un pourcentage identique de répondants admettent qu’ils auraient un comportement contraire à l’éthique dans certaines circonstances. Plus de la moitié des répondants des marchés émergents sont d’avis que leurs collègues seraient prêts à avoir un comportement contraire à l’éthique d’une ou de plusieurs manières.

En outre, le tiers des répondants des marchés émergents déclarent que les comportements non éthiques au sein de leur entreprise sont souvent tolérés lorsqu’ils sont commis par des cadres supérieurs ou des employés très productifs. Ces pourcentages sont sensiblement plus élevés en Inde (62 %), en Thaïlande (52 %) et en Malaisie (48 %).Ces résultats sont conformes aux résultats du Report to the Nations de 2024 de l’Association of Certified Fraud Examiners (ACFE). Ce rapport indique que 37 % des cas de fraude ont été perpétrés par des membres du personnel, alors que 41 % l’ont été par des cadres.

 

Alors que 30 % des répondants des marchés émergents visés par le rapport mondial 2024 d’EY sur l’intégrité attribuent les écarts en matière d’intégrité aux lacunes des processus et des contrôles financiers, 26 % affirment que le manque de ton adéquat à l’échelon de la direction constitue un facteur central dans les inconduites. Il s’agit d’un renseignement intéressant étant donné que près des deux tiers déclarent qu’un fort leadership est requis pour améliorer les normes de conformité.
 

Selon le 2024 Ethical Culture Report : Closing the Speak Up Gap1 produit par Ethisphere, 93 % des membres du personnel seraient prêts à signaler des inconduites s’ils en étaient témoins. Pourtant, seulement 50 % de ceux qui ont été témoins d’une inconduite l’ont signalée.  Pour plus de la moitié des répondants du rapport mondial 2024 d’EY sur l’intégrité, subir de la pression pour ne pas faire de signalement est une des raisons principales. La crainte de représailles en est une autre. Comme le constate Sharon van Rooyen, leader des services de juricomptabilité et d’intégrité d’EY en Afrique : « Plusieurs assassinats spectaculaires de lanceurs d’alerte ou de personnes participant à la lutte contre la corruption font de la sécurité personnelle une préoccupation constante pour les lanceurs d’alerte en Afrique du Sud, malgré les progrès réalisés par les entreprises pour améliorer les mécanismes de dénonciation ».
 

Les répondants des marchés émergents indiquent que leur entreprise a pris en compte des solutions et des mesures de protection avancées pour les lanceurs d’alerte et mis en place des procédures en vue de faciliter le signalement des inconduites. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire. Voici quatre importantes mesures que peuvent prendre les entreprises afin d’instaurer une culture de leadership qui favorise l’intégrité au sein de l’entreprise.

  1. Prêcher par l’exemple. Le leadership est essentiel à la création d’un environnement dans lequel les membres du personnel se sentent à l’aise de s’exprimer. Plus les membres du personnel constatent que la direction respecte les valeurs de l’entreprise et prend des mesures concrètes pour répondre aux inconduites, plus ils sont susceptibles de signaler les actes répréhensibles lorsqu’ils en sont témoins.
  2. Les cadres sont importants. Si les dirigeants ne sont pas en mesure de montrer l’exemple, les cadres ont l’occasion et la responsabilité de s’opposer à tout manque d’intégrité. Les membres du personnel sont souvent plus proches de leur supérieur immédiat que des cadres supérieurs. Selon une étude réalisée par Ethisphere, cette relation fait en sorte que les membres du personnel sont six fois plus susceptibles de signaler des actes répréhensibles aux cadres qu’aux lignes d’assistance1.
  3. Répondre aux conditions défavorables à l’établissement d’une culture. Certaines attitudes culturelles peuvent être perçues comme un obstacle à une culture de dénonciation. Offrir des contrôles de protection des renseignements personnels et de la confidentialité, effectuer le suivi auprès des lanceurs d’alerte en vue de faire le point sur la progression de leur plainte et désigner un tiers responsable de la gestion de la ligne de dénonciation et de toute résolution aideront également.
  4. Responsabiliser les dirigeants. Les entreprises doivent en faire davantage afin de rendre les dirigeants responsables au niveau de la direction, des cadres supérieurs et des membres du conseil d’administration. Elles pourraient notamment procéder à des attestations périodiques en vertu desquelles les dirigeants doivent signaler tout acte répréhensible et confirmer qu’ils ont bel et bien signalé tout acte répréhensible dont ils ont été témoins. En outre, les entreprises voudront s’assurer que les responsables des enquêtes sur les rapports d’inconduite et de leur résolution sont vraiment indépendants.

 

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Chapitre 2

Soutenir l’utilisation de l’IA d’une manière éthique

Les marchés émergents ont l’occasion de prendre les commandes en agissant avec intégrité dans le cadre de l’élaboration, du déploiement et de l’utilisation de l’IA.

Même si l’IA et l’IA générative en sont encore aux premières étapes de mise en œuvre, les entreprises des marchés émergents semblent faire preuve de plus de maturité dans leur compréhension de l’IA, son déploiement et les responsabilités à son égard que les marchés développés.

Quatre‑vingt‑sept pour cent des répondants des marchés émergents indiquent que leur entreprise utilise l’IA, prévoit l’utiliser ou envisage de l’utiliser dans leur fonction de conformité au cours des deux prochaines années. En Amérique latine, le pourcentage passe à 94 %. L’ensemble des répondants au Brésil, au Chili, en Colombie et en Équateur ont déclaré que leur entreprise s’est engagée à avoir recours à l’IA.

Outre la saisie d’occasions d’intégrer l’IA dans la quasi totalité des aspects de la conformité, les entreprises des marchés émergents prévoient déployer l’IA dans le cadre du processus de gestion des risques, notamment la cybersécurité (34 %), la confidentialité des données (29 %), les enjeux ESG (29 %), ainsi que le commerce international et les importations/exportations (27 %). Huit entreprises des marchés émergents sur dix envisagent également d’utiliser l’IA au cours des deux prochaines années dans le cadre de leurs affaires et de leurs activités, comparativement à 70 % des entreprises des marchés développés.

Aussi engagées que puissent être les entreprises des marchés émergents à l’égard de l’IA, leurs ambitions sont tempérées par des défis importants. Un tiers des entreprises indiquent que le manque d’expertise interne constituait un obstacle, alors que 31 % déclarent que les données requises pour alimenter les modèles d’IA manquent de cohérence ou sont absentes.

Les entreprises des marchés émergents ont également une longueur d’avance sur le plan de la gestion et de la préservation de l’utilisation de l’IA. La moitié des répondants des marchés émergents ont déclaré qu’ils avaient reçu une formation ou des conseils de leur entreprise sur l’utilisation autorisée de l’IA ou les risques à son égard, comparativement à 35 % des répondants des marchés développés. Les pourcentages dans la région du MOIA (60 %), en Extrême‑Orient (59 %) et en Amérique latine (54 %) sont sensiblement plus élevés qu’en Europe de l’Ouest (35 %), en Amérique du Nord (32 %) et en Océanie (28 %).

De plus, en règle générale, davantage d’entreprises des marchés émergents ont mis en place des mesures pour gérer le déploiement de l’IA et son utilisation au sein de l’entreprise.

Mesures mises en place par les entreprises des marchés émergents aux fins de la gestion de l’IA

Europe de l’Est

Extrême-Orient

MOIA

Amérique latine

L’entreprise évalue des outils et des applications d’IA avant leur déploiement.

27 %

46 %

47 %

51 %

La participation et l’approbation de la haute direction sont requises pour les outils et applications d’IA.

29 %

45 %

46 %

40 %

L’entreprise prodigue des conseils aux membres du personnel sur l’utilisation de l’IA en vue d’améliorer les processus de l’entreprise.

26 %

50 %

47 %

44 %

L’entreprise établit des normes éthiques visant l’utilisation appropriée de l’IA.

25 %

44 %

50 %

43 %

L’entreprise établit des processus et des politiques pour gérer les risques liés à l’IA, comme la protection des renseignements à caractère personnel ou la fraude.

28 %

47 %

51 %

46 %

Même si la nouvelle administration américaine s’efforce d’éventuellement assouplir la réglementation concernant le développement et l’utilisation de l’IA2, les marchés émergents peuvent saisir l’occasion pour renforcer leur rôle de chef de file dans l’utilisation de l’IA d’une manière éthique. En février 2024, les pays de l’Extrême‑Orient se sont réunis en vue de publier le guide de l’Association des nations de l’Asie du Sud‑Est (ANASE) sur la gouvernance et l’éthique liées à l’IA3. « Notre expérience nous a appris que plusieurs entreprises de l’ANASE ont à cœur de poursuivre l’innovation au moyen de l’IA, et elles mettent activement en place l’IA. Elles sont cependant préoccupées par les risques liés à l’IA. Le guide a été publié en temps opportun afin de fournir des conseils pratiques et des cas d’utilisation, dont certains proviennent des équipes d’EY, aux entreprises de la région sur l’utilisation responsable de l’IA, sans égard à ce qui se passe ailleurs dans le monde », précise Ramesh Moosa, leader des services de juricomptabilité et d’intégrité d’EY de l’ANASE et de Singapour.

Voici quatre mesures pouvant être prises par les dirigeants d’entreprises des marchés émergents en vue d’assurer l’utilisation de l’IA de manière éthique.

  1. Réaliser une évaluation du degré de maturité. Les entreprises des marchés émergents voudront continuer à évaluer le degré de maturité dont elles devront faire preuve aux fins de l’identification des lacunes importantes.
  2. Élaborer des normes et des politiques officielles. La gouvernance est la base d’une IA sûre, responsable et transparente. Les entreprises des marchés émergents voudront élaborer une politique officielle concernant l’IA et des moyens de la mettre en œuvre, y compris un cadre de gouvernance. Cette politique devrait surtout porter sur des normes et des lignes directrices qui respectent les droits, la sécurité et la vie privée des personnes; la fidélité, l’exactitude et la fiabilité des résultats de l’IA; ainsi que la sécurité des données et des modèles sous‑jacents.
  3. Optimiser la gouvernance des données et les processus. Les données incomplètes ou incohérentes qui alimentent les modèles d’IA constituent un problème important dans le cadre du déploiement de l’IA dans la fonction de conformité. Par conséquent, les entreprises voudront optimiser la gouvernance et les processus liés aux données. Il peut s’agir de tenir compte de la mise en correspondance et de la traçabilité des données de façon à déterminer d’où elles proviennent, ainsi que leur niveau de qualité et leurs limites. À mesure que les capacités de l’entreprise liées à l’IA augmentent, elle peut mettre l’accent sur la création d’une infrastructure évolutive, flexible et sécurisée en mesure de gérer en toute sécurité un portefeuille d’algorithmes d’IA.

Élaborer un plan d’intervention en matière de réglementation. Les gouvernements et les organismes de réglementation portent davantage d’attention à l’IA, et ils renforcent l’importance d’élaborer un plan d’intervention en matière de réglementation lié à l’IA pour se préparer à toute situation de crise et la gérer. Les entreprises devront savoir qui doit intervenir, qui détient les données et à quel endroit elles sont hébergées.

3

Chapitre 3

Maintenir l’intégrité des enjeux ESG au cœur de la stratégie d’entreprise

Alors que d’autres régions consacrent moins d’efforts aux enjeux ESG, il est important que les entreprises des marchés émergents poursuivent sur leur lancée en ce qui a trait à l’intégrité des enjeux ESG.

Les entreprises des marchés émergents donnent non seulement l’exemple pour ce qui est de l’IA, mais elles ont également une longueur d’avance sur les entreprises des marchés développés en ce qui a trait aux connaissances, à l’orientation, à la mise en place et à la communication portant sur les enjeux ESG. Quarante-cinq pour cent des répondants des marchés émergents ont indiqué qu’ils en savaient déjà beaucoup ou assez sur la réglementation liée aux enjeux ESG et sur leur incidence, comparativement à 33 % des répondants des marchés développés. Les pourcentages sont plus élevés en Extrême‑Orient (55 %) et dans la région du MOIA (54 %). En outre, près des trois quarts (73 %) déclarent qu’ils ont une bonne connaissance de la réglementation liée aux enjeux ESG des territoires applicables, comparativement à 62 % des répondants des marchés développés.

Le fait que les entreprises des marchés émergents portent davantage d’attention sur tous les aspects de l’intégrité des enjeux ESG que les entreprises comparables des marchés développés découle peut‑être de leur sensibilité aux conséquences des changements climatiques. Dans l’ensemble, les pays des marchés émergents subissent les effets néfastes des changements climatiques d’une façon plus précoce et plus violente que la majorité des pays des marchés développés.


Les entreprises des marchés émergents semblent se tenir plus responsables que les entreprises comparables des pays développés, alors que 70 % des répondants des marchés émergents évaluent comme très bonnes ou bonnes la transparence de leur entreprise et les informations qu’elle transmet au public concernant les initiatives et les progrès en matière d’ESG, comparativement à 57 % des répondants des marchés développés. De plus, les pourcentages sont plus élevés en Extrême‑Orient (75 %) et dans la région du MOIA (79 %). En outre, 72 % des répondants des marchés émergents estiment que leurs déclarations publiques concernant les enjeux ESG sont conformes à la conduite réelle de l’entreprise, comparativement à 61 % des répondants des marchés développés.

Même si les entreprises des marchés émergents semblent démontrer davantage de maturité dans le maintien des normes d’intégrité des enjeux ESG, les défis demeurent. Selon l’indice de perception de la corruption (IPC) de 20244, la corruption continue de nuire aux principaux participants à la diplomatie climatique des marchés émergents, notamment :

  • l’Azerbaïdjan, l’hôte de la COP29, à laquelle ont eu accès au moins 1 773 lobbyistes du secteur des combustibles fossiles, a obtenu une cote de seulement 22.
  • Le Brésil, hôte de la COP30, devra garantir un objectif de financement lié aux changements climatiques de 1,3 billion de dollars américains d’ici 2035. Par contre, selon l’IPC de cette année, ce pays a obtenu une cote de 34, soit un creux sans précédent.
  • L’Afrique du Sud, qui sera l’hôte du Sommet des dirigeants du G20, a vu sa cote perdre trois points depuis 2019.
  • Certains pays hôtes ayant obtenu une cote IPC inférieure à la moyenne ont également contribué à l’opacité de ces conférences en limitant la transparence et la participation de la société civile. Il s’agit d’un obstacle de taille dans l’élaboration d’une politique efficace sur les changements climatiques, et il doit être abordé dans le cadre de la COP30 tenue au Brésil et du Sommet des dirigeants du G20 organisé par l’Afrique du Sud.

Entre-temps, en Russie, un audit a permis de mettre en évidence de solides indices démontrant que des millions de dollars ont été détournés d’un projet financé par le Fonds pour l’environnement mondial et géré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)5. Au Vietnam, la corruption systémique, qui s’étend des fonctionnaires des niveaux inférieurs aux fonctionnaires des échelons supérieurs, favorise la destruction de l’environnement et la dégradation des forêts6.

Alors que les enjeux ESG deviennent moins prioritaires ailleurs dans le monde, les entreprises des marchés émergents commencent à adopter davantage une approche attentiste. Les organismes de réglementation locaux pourraient suivre le pas. Les gouvernements tiennent de plus en plus compte des coûts de traitement des affaires dans le monde et du fardeau pour les entreprises des coûts liés à la réglementation des enjeux ESG. Pourtant, plusieurs pays, dont Singapour, continuent d’aller de l’avant avec l’adoption de sources d’énergie plus vertes. La Bourse de Singapour a exigé des sociétés cotées qu’elles réalisent des audits sur la durabilité7. Dans un même ordre d’idée, même si l’Afrique du Sud semble avoir pris du retard sur le plan des enjeux ESG8, le gouvernement demeure aligné sur le parcours de décarbonation, et il a récemment adopté une législation exigeant la production de rapports sur les enjeux ESG et que la rémunération des dirigeants soit liée à ces enjeux. Ces efforts rapprocheront l’Afrique du Sud des normes internationales relatives aux enjeux ESG. En ce qui a trait à l’Amérique latine, les entreprises abordent peut‑être moins la question des enjeux ESG, mais la convergence entre les enjeux ESG et la conformité des entreprises signifie que les entreprises continueront à prendre des mesures. À l’inverse, dans la région du MOIA, certains signes indiquent que les enjeux ESG pourraient devenir moins prioritaires à mesure que l’UE et les É.‑U. manquent à leurs engagements.

Voici quatre mesures que peuvent prendre les marchés émergents pour conserver leur longueur d’avance sur le plan de l’intégrité des enjeux ESG.

  1. Expliquer clairement les priorités des enjeux ESG. Les entreprises devront harmoniser leurs ambitions à l’égard des enjeux ESG avec leur stratégie d’entreprise et définir clairement les responsables des enjeux ESG au sein de l’entreprise.
  2. Tirer parti de la technologie. En raison des pressions liées à la conformité réglementaire, les entreprises des marchés émergents voudront mettre en œuvre un processus de production de rapports plus solide et envisager d’utiliser la technologie et l’automatisation afin d’établir des flux de production qui améliorent la cohérence et l’exactitude des données recueillies, les analyses et la surveillance de la performance sur le plan des enjeux ESG.
  3. Élaborer un cadre de gouvernance lié aux enjeux ESG. Pour accroître la souplesse et la réactivité à l’égard des changements de réglementation relatifs aux enjeux ESG, les entreprises voudront élaborer un cadre de gouvernance agile lié aux enjeux ESG et mettre en œuvre des processus pertinents. Il pourrait s’agir d’adopter une méthode d’évaluation des risques exhaustive pouvant intégrer de nouveaux domaines ESG et répondre à l’évolution des normes internationales. Les entreprises seront ainsi en mesure d’utiliser les résultats de l’évaluation des risques afin d’élaborer des indicateurs de rendement clés (IRC) et des indicateurs de comportement clés (ICC) qui permettront d’évaluer le progrès de l’entreprise et d’améliorer la responsabilisation relativement à sa performance à l’égard des enjeux ESG.
  4. Communiquer, sensibiliser et instaurer la confiance. Les entreprises voudront élaborer un plan de communications efficace qui permet de sensibiliser, de favoriser le consensus et d’instaurer la confiance et la mobilisation à tous les échelons de l’entreprise.
4

Chapitre 4

Créer un cercle vertueux générateur d’intégrité

Un cercle vertueux générateur d’intégrité peut renouveler la confiance au sein de l’entreprise et parmi les clients, les investisseurs et les collectivités.

Dans un monde en constante évolution et où les marchés sont imprévisibles, les entreprises trouvent de plus en plus difficile de maintenir ou d’améliorer leurs normes d’intégrité. Il s’agit sans conteste du moment opportun pour tous de faire de l’intégrité la priorité absolue.

Sur le plan positif, 79 % des répondants des marchés émergents se disent convaincus d’avoir déjà mis en place des processus pour traiter les problèmes importants sur le plan de l’intégrité, alors que 55 % affirment que leur capacité de le faire s’est améliorée depuis les deux dernières années. Et pourtant :

  • Davantage de répondants (41 %) affirment que les organismes de réglementation ont pris des mesures contre leur entreprise en raison du non‑respect des normes d’intégrité ou de la réglementation dans les deux dernières années, comparativement à 38 % selon notre rapport de 2022.
  • Moins de répondants (65 %) indiquent que leur entreprise a pris des mesures contre les membres du personnel ayant enfreint les normes d’intégrité ou la réglementation dans les deux dernières années, comparativement à 69 % des répondants sondés selon notre rapport de 2022.
  • Davantage de répondants (44 %) admettent que les normes d’intégrité de leur entreprise ont fait l’objet de discussions par le public, la presse ou les médias sociaux, comparativement à 41 % il y a deux ans.
  • Le pourcentage de répondants sondés qui affirment qu’il est facile de contourner les règles et procédures commerciales standard au sein de leur entreprise est resté constant depuis deux ans, à savoir 24 %.

En adoptant une approche agile centrée sur l’humain à l’égard de l’intégrité, soit une approche caractérisée par la mise en place de programmes adéquats encourageant les comportements qui permettent d’instaurer une culture solide et une forte croyance dans l’engagement à l’égard de l’intégrité, les entreprises peuvent rester en phase avec les changements de réglementation et les attentes sociétales grandissantes. De la même façon, les entreprises peuvent créer un cercle vertueux générateur d’intégrité en faisant de chacun un leader dans la défense des valeurs de l’entreprise et en prenant des mesures concrètes en réponse aux inconduites. Cela permettrait de renouveler la confiance au sein de l’entreprise et parmi les clients, les investisseurs, les gouvernements et les collectivités. « Il existe une différence entre une approche superficielle visant à répondre aux exigences de la conformité et une approche fondée sur l’adoption d’un comportement éthique parce qu’il s’agit de la chose à faire. Les entreprises de l’Amérique latine sont en train de passer d’une approche à l’autre », déclare Rafael Huaman, leader des services de juricomptabilité et d’intégrité d’EY en Amérique latine.

Voici quatre façons de créer un cercle vertueux générateur d’intégrité :

  1. Mettre en place une structure de gouvernance solide qui intègre la gestion des risques liés à la réputation et à la conformité dans les processus décisionnels quotidiens.
  2. Intégrer des normes de conformité et d’intégrité dans les activités et les procédures en vue de faire de l’intégrité une responsabilité qui incombe à chacun.
  3. Accorder des incitatifs et des récompenses soulignant les bons comportements. Les sanctions peuvent avoir un effet dissuasif, mais elles sont rarement considérées comme un incitatif.
  4. Améliorer la formation, la sensibilisation et la communication.

Pour les entreprises des marchés émergents, les avantages d’exercer des activités avec intégrité sont évidents; selon le rapport mondial 2024 d’EY sur l’intégrité, 31 % des répondants ont affirmé maintenir un environnement de travail ouvert et positif, 29 % ont déclaré obtenir un meilleur rendement financier et 26 % ont fait état d’une hausse de l’innovation et de la créativité, d’une entreprise plus solide et plus résiliente pour faire face aux crises, et de la capacité d’exercer des activités par des moyens plus durables sur le plan environnemental et social. 


Même si les marchés émergents réalisent des progrès notables dans l’instauration d’une culture d’intégrité, il reste encore beaucoup à accomplir. Pour faire preuve d’intégrité, il ne suffit pas de mettre en œuvre des politiques et des procédures. Il faut un engagement soutenu de la direction, une application ferme de la réglementation et une volonté de prendre des mesures en cas de non‑respect des normes. Même si les bases sont sur le point d’être établies, le maintien de la confiance dans cet environnement demandera de faire preuve d’une vigilance permanente et d’assurer une évolution continue.

L’intégrité d’une entreprise exige des membres de sa direction qu’ils fassent preuve de courage à l’égard de l’éthique plutôt que de tirer des gains personnels, qu’ils posent des gestes responsables, même lorsqu’ils sont sous pression, et fassent preuve d’intégrité tant dans leurs actes que dans leurs paroles. Lorsque la direction défend l’intégrité, tous les autres membres du personnel y adhèrent.


Résumé

Un rapport mondial d’EY sur l’intégrité portant sur les perspectives des marchés émergents pour 2025 offre des renseignements utiles sur la manière dont les entreprises peuvent maintenir l’intégrité au cœur de la stratégie d’entreprise. Cet écosystème de mesures de vérification et de protection permettra aux entreprises de créer un cercle vertueux générateur d’intégrité qui renforce la confiance au sein de l’entreprise et parmi les parties prenantes, même en périodes d’incertitude.

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