Theo Yameogo : Bienvenue à cet épisode de L’actualité minière avec EY. Mon invitée aujourd’hui est Tushita Garg. Bienvenue, Tushita.
Tushita Garg : Merci, Theo. Ravie d’être ici. J’ai bien hâte de discuter avec vous.
Theo Yameogo : En tant que leader nationale des projets d’investissement dans le secteur des mines et métaux, pouvez-vous nous parler des tendances observées chez nos clients?
Tushita Garg : Avec plaisir. Au cours des dernières années, j’ai constaté que nos clients du secteur des mines et métaux à l’échelle mondiale, y compris au Canada et dans les Amériques, mettent l’accent sur l’allocation des capitaux et la prise de bonnes décisions. D’un côté, ils doivent planifier leurs investissements. De l’autre, ils doivent mettre en œuvre ces décisions de façon à obtenir des résultats. Autrement dit, gérer efficacement le capital. Je pourrais vous en parler longuement, mais disons que ces deux tendances se démarquent.
Theo Yameogo : Dans la mesure où les entreprises du secteur estiment qu’une allocation et une gestion efficaces des capitaux sont essentielles, quels sont les défis auxquels elles font face?
Tushita Garg : Excellente question. Actuellement, le plus gros défi est la rareté des capitaux.
Nos clients cherchent à croître et à explorer de nouvelles possibilités. On observe une forte hausse des F et A dans le secteur en raison des pressions réglementaires liées à la durabilité et à la transition énergétique. Les besoins en capital sont importants, mais vu les pressions sur les coûts, l’inflation et le contexte géopolitique, il est très difficile pour les organisations de maintenir leur croissance et leurs activités.
Les clients ne peuvent pas ignorer ces pressions externes et font preuve d’une grande prudence dans leurs choix d’investissement.
Theo Yameogo : En interne, il y a aussi des défis liés à la main-d’œuvre, notamment parce que les projets d’investissement s’étendent sur des générations et que des personnes clés prennent leur retraite. Que font les clients pour relever ces défis?
Tushita Garg : J’ai travaillé pendant près de vingt ans sur des projets d’investissement partout dans le monde. Ce que j’ai constaté, c’est que ce sont les gens qui font avancer les projets, pas seulement les processus et la technologie. La question de la main-d’œuvre est fondamentale. Chaque fois que je collabore avec un client, je cherche à aider les gens à réussir,
qu’il s’agisse des dirigeants ou des employés sur le terrain.
Depuis dix ou douze ans, on mise beaucoup sur l’actualisation des compétences et le coaching.
Les déficits de talent et de compétences sont normaux. Ils témoignent de l’évolution rapide du secteur et du monde.
Il faut donc une innovation soutenue, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Plusieurs années, si ce n’est des décennies, seront nécessaires pour atteindre une stabilité.
Theo Yameogo : Tout à fait. L’an dernier, vous et vos collègues avez donné une présentation sur les jumeaux numériques au symposium sur les projets d’investissement. Pouvez-vous nous parler de leur utilité dans la mise en œuvre de tels projets?
Tushita Garg : Les jumeaux numériques existent depuis longtemps. Comme ingénieure métallurgiste, je comprends tout l’avantage de pouvoir faire des erreurs sans conséquences réelles. C’est un outil puissant qui permet de tester des scénarios et de visualiser clairement les recoupements, les interfaces, les problèmes et les risques.
Les humains sont des êtres visuels, qui apprennent mieux en voyant qu’en lisant. Si on voit que deux tuyaux vont entrer en collision dans le cadre d’une construction ou que deux activités sont prévues au même endroit le même jour, on va tout de suite comprendre et rectifier le tir, d’où la puissance de l’outil. Les jumeaux numériques sont utiles autant pour la planification que pour l’exécution des projets. Le défi, c’est l’adoption : il faut savoir les utiliser et mobiliser les équipes. L’actualisation des compétences est essentielle.
Theo Yameogo : Dans le classement de cette année, nous avons relevé que les nouveaux projets tirent parti de la conjoncture.
Que ce soit en raison d’enjeux géopolitiques ou de la demande de minéraux critiques, de nouvelles mines et de nouveaux projets voient le jour. Dans ce contexte, comment décririez-vous les tendances futures qui auront une incidence sur les projets d’investissement?
Tushita Garg : En effet, les risques liés aux dépenses d’investissement sont passés du deuxième au premier rang du classement. La transition énergétique et les objectifs de développement durable exigent des investissements majeurs. Nos clients investissent massivement dans deux volets d’activité, et continueront de le faire. Le premier est la recherche de minéraux critiques.
On explore actuellement beaucoup de nouveaux sites et des projets de développement sont attendus d’ici cinq à dix ans, en lien avec des minéraux critiques comme le lithium, le cuivre ou le nickel. La demande est très forte par rapport à celle d’autres métaux, mais les ressources sont limitées.
C’est pourquoi on met l’accent sur l’amélioration du rendement et de la gestion des déchets dans les installations existantes.
Il faut extraire le plus possible des processus actuels, car construire du neuf n’est pas toujours possible.
C’est à cet égard que la technologie et l’innovation peuvent être très utiles.
Le second volet concerne la fermeture de mines.
Les grandes organisations veulent se montrer sensibles aux besoins des collectivités et aux questions environnementales.
Elles doivent aussi respecter les exigences réglementaires. Comment fermer des mines qui ne sont plus exploitées et restaurer ces terrains? Comment leur donner une nouvelle vocation et en faire bénéficier la collectivité? Nos clients se consacrent à ces questions en actualisant les compétences de la main-d’œuvre et en investissant beaucoup d’argent.
Cette démarche s’inscrit dans les objectifs de durabilité, mais c’est surtout la bonne chose à faire.
D’autres tendances se dégagent, mais selon moi, ce sont les deux qui influencent le plus le type de projets entrepris et les compétences d’avenir.
Theo Yameogo : Dans l’ensemble du secteur, les organisations ont du mal à respecter les échéanciers et les budgets tout en maintenant la qualité. Est-ce que ça va changer ou devenir un enjeu encore plus présent?
Tushita Garg : J’espère vraiment que ça changera. J’étudie les secteurs de l’énergie, des mines et du pétrole depuis 15 ans,
et je dirais que 80 à 85 % des grands projets d’investissement connaissent des dépassements de coûts et des retards. C’est une énorme perte de ressources, de temps et d’énergie qui nuit aux actifs du secteur. Je souhaite que la situation s’améliore, tant qu’on le fait de la bonne manière.
Il faut accroître la collaboration entre partenaires et à l’échelle de l’écosystème. Je suis encouragée par l’augmentation du nombre de coentreprises et d’opérations de F et A dans le secteur minier.
Le secteur automobile investit maintenant dans le secteur minier. Une telle collaboration intersectorielle était rare jusqu’à récemment, contrairement au secteur du pétrole et du gaz, où c’est courant.
De nouveaux modèles d’affaires émergent, ce qui pourrait favoriser une gestion plus efficace du capital. Parallèlement, la technologie et l’IA peuvent aider à mieux anticiper les risques et à s’y préparer. Toutefois, sans une structure de gouvernance solide, assortie de mécanismes de contrôle, même les meilleurs processus ne donneront pas les résultats attendus.
Il reste beaucoup de travail à faire. Avec toutes les connaissances et les compétences à notre disposition, j’espère qu’on verra une amélioration dans les cinq prochaines années. La fréquence des dépassements pourrait passer de 85 % à 60 %.
Theo Yameogo : Parlons maintenant de la gestion du changement. J’ai commencé ma carrière dans les activités d’exploitation, et certains clients remettent encore en question la complémentarité des services entre des sociétés comme la nôtre et les entreprises d’ingénierie et de construction. Que diriez-vous aux clients qui ont l’impression que nos services ne sont pas toujours alignés?
Tushita Garg : C’est une excellente question qui revient souvent. Pas seulement chez les clients, mais au sein de nos équipes de fiscalité et d’audit, qui s’interrogent sur le rôle des ingénieurs et des compétences techniques en interne.
Depuis que je travaille dans le secteur des services professionnels, je me concentre sur les projets et les programmes d’investissement. Notre approche auprès des clients est très différente de celle des sociétés d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction.
Notre proposition de valeur comprend donc la collaboration de tous les acteurs de l’écosystème. Ce qui nous distingue, c’est notre mentalité : nous nous concentrons sur la valeur à long terme et agissons dans l’intérêt du propriétaire de l’actif. Il ne s’agit pas seulement de réaliser des tâches ou de mener à bien l’étendue des travaux au contrat. Il s’agit de comprendre ce dont l’entreprise, les gens et l’organisation ont vraiment besoin. On m’a souvent demandé d’aider des clients qui peinent à mener à bien leurs projets d’investissement.
Je me joins donc à l’équipe du client et constate que d’autres facteurs entrent en jeu, comme des enjeux liés à l’immigration de la main-d’œuvre ou des questions juridiques. Je fais appel aux compétences de collègues d’EY issus de diverses équipes pour offrir un soutien plus global. Notre priorité est le succès du client, de l’entreprise et des parties prenantes,
et non de s’en tenir à ce qui est décrit dans le contrat. Nous misons sur l’établissement de relations à long terme. J’ai commencé ma carrière dans une société d’ingénierie, alors je comprends bien la dimension de spécialisation de l’écosystème. C’est un domaine technique dans le cadre duquel
il faut aussi savoir se concentrer sur la tâche devant soi sans toujours penser à la situation dans son ensemble. Voilà pourquoi les clients et les propriétaires d’actifs miniers comptent sur nous comme leaders éclairés avec qui échanger des idées, discuter de stratégie et les accompagner dans leur parcours.
Les clients veulent que nous les aidions à planifier leur portefeuille à long terme et c’est là que se trouve notre proposition de valeur. Nous pensons à long terme et mobilisions des capacités variées en fonction des besoins. Par exemple, nous avons déjà fait appel à un spécialiste des incitatifs fiscaux parce qu’un client, qui s’installait au Canada pour la première fois, ne comprenait pas le fonctionnement des incitatifs au pays. Chaque projet a ses particularités, et c’est là notre force. Nous pouvons mettre en commun nos ressources pour appuyer les clients.
Theo Yameogo : Cette discussion a été très intéressante, Tushita. Merci de votre présence ici aujourd’hui.
Tushita Garg : Merci de m’avoir invitée, Theo. J’ai beaucoup apprécié notre discussion.