Le rôle de l’énergie nucléaire dans l’avenir d’énergie propre du Canada

Refaire le plein d’énergie : l’énergie nucléaire est‑elle la pièce manquante d’un avenir d’énergie propre au Canada?

Coécrit par :

Alexandr Kim, chef d’équipe, Consultation – Entreprises, EY Canada
Jacob Harris, conseiller, Consultation – Entreprises, EY Canada.


Personnes‑ressources clés :

Craig Sabine, associé, leader, Transition énergétique, EY Canada
Andy Grainger, associé, leader, Consultation, Énergie et services publics, EY Canada
Brian Campbell, associé, Consultation, EY Canada
Krista Yates, associée, Énergie et services publics, EY Canada
Jeremy Arruda, associé, leader, Certification, Produits industriels et énergie, EY Canada
Steven Maynard, associé directeur, Gouvernement et secteur public, EY Canada
Julien Saigault, directeur principal, Consultation, Énergie nucléaire, EY France
Tim Philpotts, leader, segment de marché Gouvernement et secteur public, Stratégie et transactions, EY‑Parthenon Canada
Sara Ganowski, chef d’équipe senior, responsable, Mobilité électrique, EY Canada


Voici comment un retour vers l’énergie nucléaire permettrait de réaliser les objectifs canadiens en matière de transition énergétique, en offrant une source d’énergie durable, stable et évolutive.


En bref

  • Autrefois dans l’ombre en raison de préoccupations liées à la sécurité, le secteur nucléaire canadien connaît une renaissance.
  • Pour atteindre sa cible de zéro émission nette et ses ambitions en matière de transition énergétique, le pays devra investir annuellement plus de 40 milliards de dollars.
  • Le Canada devra produire une électricité abondante, durable et fiable. À cet égard, l’énergie nucléaire peut constituer un complément aux sources d’énergie renouvelables.
  • Grâce à la progression technologique et à l’appui croissant du public, le moment est venu pour le Canada de revoir sa stratégie énergétique et ses efforts de décarbonation en considérant l’énergie nucléaire comme une solution clé à la pénurie imminente d’approvisionnement en électricité.

En 1962, le Canada est devenu un pionnier en créant son premier réacteur à fission nucléaire, un prototype de réacteur CANDU présenté comme une source d’énergie renouvelable sécuritaire et fiable qui contribuerait à diminuer notre dépendance aux combustibles fossiles importés, à réduire les émissions, à améliorer la qualité de l’air et à créer des emplois. 

Néanmoins, en quelques décennies, le public a commencé à douter que l’énergie nucléaire soit réellement la solution idéale, soit en raison des crises énergétiques qui se profilaient ou de la menace que représentait le réchauffement climatique.

Au cours des 60 dernières années, l’énergie nucléaire a évolué à un rythme régulier, contribuant discrètement à plus de 12,9 % des besoins énergétiques du Canada1. Le premier réacteur du pays a depuis laissé place à 19 autres qui sont encore en service dans les provinces d’Ontario et du Nouveau‑Brunswick2. Bien que la nécessité de soutenir la transition énergétique ait incité le secteur, les gouvernements et la société à privilégier les énergies renouvelables provenant de sources hydroélectriques, solaires et éoliennes pour atteindre les objectifs nationaux de zéro émission nette, ces sources d’énergie sont à elles seules insuffisantes. Les changements climatiques compromettent la fiabilité de l’approvisionnement tandis que l’intermittence des énergies renouvelables représente un défi de taille.

12,9 %
de la production d’électricité au Canada provient de l’énergie nucléaire, ce qui en fait la deuxième source d’électricité la plus importante du pays.
92,5 %
du temps, l’énergie nucléaire est exploitée à plein régime, ce qui lui vaut la réputation de source de production d’électricité la plus fiable¹⁵.
89 000
personnes travaillent dans le secteur nucléaire au Canada, mettant à profit leur précieux savoir‑faire en ingénierie, en science, en recherche et en affaires¹⁶.

En raison de l’explosion de la demande prévue dans les années à venir ainsi que des nouveaux défis entrant en scène (préoccupations géopolitiques, incertitude commerciale, hausse du coût de l’électrification, ralentissement de son adoption et de son évolution), on assiste à un retour du balancier « nucléaire ». Autrefois considérée comme ressource de secours, l’énergie nucléaire est désormais reconnue comme une source d’énergie précieuse contribuant de manière importante à l’éventail de solutions énergétiques qui permettront, ensemble, d’atteindre les objectifs de décarbonation du pays pour 2050 et au‑delà.

En position dominante

C’est en grande partie grâce à la fiabilité de ses ressources naturelles que le Canada a toujours été en mesure de répondre à ses besoins énergétiques. Toutefois, le secteur énergétique évolue, tout comme les facteurs qui l’influencent et l’alimentent.

On s’attend à ce que les besoins canadiens en électricité doublent au cours des 25 prochaines années en raison de la croissance démographique, des initiatives d’électrification des transports et des industries ainsi qu’à la prolifération des centres de données et des technologies d’IA3,4. Les événements météorologiques extrêmes ainsi qu’un manque d’infrastructures ont des conséquences : des investissements considérables, soit plus de 40 milliards de dollars par année, sont nécessaires pour assurer la transition énergétique5.

Or, cet objectif prometteur ne consiste pas simplement à maintenir le statu quo énergétique. Il s’agit de résoudre le trilemme énergétique auquel nous faisons face aujourd’hui, non pas celui d’un avenir lointain. Il faut produire de l’électricité qui soit non seulement durable et écoresponsable, mais aussi fiable dans une série de conditions extrêmes et, plus controversé encore, équitable ainsi qu’abordable. Le secteur nucléaire doit participer à l’atteinte des objectifs de cette liste de contrôle, dressée pour éviter les compromis et les sacrifices :

Sécurité.Considérées comme les sources de production d’électricité les plus fiables, les centrales nucléaires fonctionnent à toute heure de la journée et peuvent entreposer jusqu’à deux ans de combustible en toute sécurité, ce qui les rend résistantes aux perturbations. Puisqu’elles sont conçues pour résister aux violentes intempéries et à d’autres dangers, les accidents sont rares : Fukushima et Tchernobyl sont les seuls incidents répertoriés sur les 18 000 années cumulatives d’exploitation commerciale de réacteurs dans 36 pays6.

Durabilité.L’énergie nucléaire diminue notre dépendance aux combustibles fossiles, ce qui réduit les émissions mondiales de dioxyde de carbone de 2,5 milliards de tonnes chaque année7.Indépendante des éléments naturels, elle peut combler les lacunes des sources d’énergie renouvelables en fournissant l’énergie de base nécessaire pour répondre à la demande fluctuante et en établissant un réseau résilient qui produit moins d’émissions de gaz à effet de serre, occupe moins d’espace et génère moins de déchets. 

Équité. Malgré les coûts d’investissement élevés liés à la construction et à la rénovation de ses centrales, l’énergie nucléaire demeure un pilier du réseau électrique, partiellement en raison d’un coût d’exploitation plus faible par rapport aux énergies renouvelables. Stable, flexible, fiable et durable, l’énergie nucléaire représente une solution économique et sensée. En outre, comme le Canada est riche en ressources naturelles essentielles à l’énergie nucléaire (l’uranium et l’eau), sa production n’est pas à la merci des marchés mondiaux, ce qui garantit une protection et un meilleur rapport qualité‑prix.

Le Canada, deuxième plus grand producteur mondial d’uranium, possède 10 % des réserves récupérables du monde et assure plus de 20 % de la production mondiale8.Le pays possède des installations pour traiter ce minéral, dont la plus grande raffinerie commerciale d’uranium au monde à Blind River, en Ontario9. De plus, le Canada est pionnier dans le développement nucléaire, possédant des travailleurs du savoir qualifiés et une main‑d’œuvre suffisante pour soutenir la croissance prévue, ce qui le place en excellente position pour saisir les grandes occasions à venir. 

Cependant, pour que l’industrie entre dans une nouvelle ère et profite à la société et à la planète, il est essentiel de sensibiliser le public pour susciter la confiance essentielle à la progression du secteur.

Mettre le secteur en lumière

Même si l’énergie nucléaire offre de nombreux avantages, elle comporte, comme toutes les formes de production d’énergie, des inconvénients inévitables. Cela dit, à mesure que l’industrie évolue, la production d’énergie nucléaire demeure bien placée pour assurer un équilibre. 

Bien que les cotes de sécurité soient la principale préoccupation, les nouvelles technologies améliorent la sécurité et la durabilité de la production, redéfinissant son risque comme « faible et à la baisse »10. Les politiques de soutien et les mesures incitatives gouvernementales, comme le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres de 30 %, ont attiré les investisseurs et les développeurs. Conformément à son engagement pris dans le cadre de la COP28, le Canada s’attelle actuellement à tripler ses capacités de production d’énergie nucléaire : le gouvernement de l’Ontario a récemment approuvé la construction du premier petit réacteur modulaire (PRM) à petite échelle d’Amérique du Nord, à Darlington. 

Les PRM, compacts et évolutifs, sont assemblés en usine, puis installés sur les sites nucléaires, et sont souvent considérés comme « le futur de l’énergie nucléaire »11. Les innovations récentes permettent notamment un assemblage rapide, un meilleur contrôle qualité et une capacité d’adaptation à la demande, en plus d’une livraison rapide et à moindre coût. Installées sous terre, les unités sont exploitées à distance à l’aide d’outils de diagnostics en temps réel et de l’IA et elles s’arrêtent automatiquement en cas d’urgence sans intervention humaine, ce qui permet de répondre aux trois préoccupations majeures liées à l’énergie nucléaire : les coûts d’investissement, les délais de construction et, avant tout, la sécurité.

Le tribunal de l’opinion publique

Ces innovations influencent l’opinion publique. D’après une étude récente, 6 Canadiens sur 10 sont favorables au développement du secteur nucléaire, mais plus nombreux sont ceux à placer leur confiance en l’énergie hydroélectrique, solaire et éolienne12. Bien que la confiance envers l’énergie nucléaire ait augmenté au cours des 30 dernières années, le Canada a du pain sur la planche en matière de sensibilisation à ses avantages, à défaut de quoi l’influence du secteur pourrait être compromise et les investissements, freinés. 

En Allemagne, la pression du public a conduit à l’abandon progressif des réacteurs du pays au profit de sources d’énergie renouvelables, mais la moitié du pays a ensuite considéré cette mesure comme « hâtive » et estimé qu’il sera désormais « difficile de faire marche arrière »13. [13] 

En poursuivant ses efforts visionnaires dans le domaine des sciences et technologies nucléaires, le Canada peut se positionner comme un leader mondial dans le développement et le déploiement des PRM. En tant que régulateur de classe mondiale doté d’une chaîne d’approvisionnement nationale solide, le Canada a l’occasion de se tailler une part importante du marché mondial émergent, estimé à 150 milliards de dollars par année d’ici 204014, ce qui permettrait non seulement de satisfaire aux besoins énergétiques et de réduire les gaz à effet de serre, mais aussi de stimuler la croissance économique.


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Résumé

Au vu des changements s’opérant sur l’échiquier mondial – les relations internationales et les tarifs faisant quotidiennement la manchette –, il est grand temps de réévaluer la stratégie nucléaire du Canada. Pour réussir le déploiement des technologies dernier cri offertes en appoint aux sources d’énergie renouvelables, il sera essentiel de faire tomber les préjugés et de développer les compétences.

En investissant dans la recherche, en favorisant la coopération internationale pour attirer du financement et une main‑d’œuvre dans le secteur nucléaire et en renforçant les relations avec les collectivités et les instances réglementaires, les entreprises du secteur seront bien positionnées pour élaborer une stratégie nationale permettant d’arrimer l’énergie nucléaire aux sources d’énergie renouvelables et s’harmonisant aux objectifs de zéro émission nette.

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