Dans quelle mesure y a‑t‑il une convergence entre les défis présents dans le secteur canadien de l’immobilier d’entreprise?
La gestion de grands portefeuilles immobiliers requiert des capacités particulières, de même qu’un suivi rigoureux et constant.
Par le passé, dans le secteur privé, les inefficiences opérationnelles d’un immeuble ou d’un portefeuille immobilier étaient absorbées dans un contexte de marché en expansion, de pénurie générale de biens immobiliers et d’actifs relativement neufs ne nécessitant pas l’engagement différé de coûts d’entretien et de construction élevés.
C’est au cours des 10 à 15 dernières années que l’on a commencé à reconnaître les inefficiences dans la gestion des portefeuilles immobiliers d’entreprise, s’agissant d’un problème qui s’est encore aggravé au cours des trois dernières années. Ce problème s’est accentué dans le contexte de l’après‑COVID marqué par la hausse des taux d’inoccupation, l’augmentation des contraintes budgétaires découlant du ralentissement économique, et l’intensification des pressions visant à amener les organisations à se doter d’objectifs ESG et à les réaliser.
Puisque, par le passé, la plupart des entreprises considéraient que l’immobilier d’entreprise ne faisait pas partie de leurs priorités stratégiques, les équipes chargées de superviser leur portefeuille immobilier étaient habituellement formées pour exploiter une fonction immobilière appelée à jouer un rôle de soutien et à appliquer une approche réactive. Elles avaient tendance à manquer de capacités, de la capacité de bande passante et de l’expérience nécessaires pour réévaluer les efficiences et harmoniser les structures de propriété ou les structures locatives en place avec la stratégie organisationnelle. Elles ont dû aussi composer avec la carence de données d’exploitation immobilière fiables et cohérentes nécessaires à la prise de décisions stratégiques éclairées.
Un tel manque d’informations permettant de prendre des décisions immobilières se fait particulièrement sentir dans le secteur public. Les organisations publiques sont généralement propriétaires de la plupart de leurs actifs et n’ont pas passé en revue leur portefeuille immobilier depuis des décennies. Elles sont souvent beaucoup moins financées et moins enclines à prendre des risques liés à des pratiques immobilières novatrices.
Cette tension est accentuée par le vieillissement des infrastructures et la persistance des contraintes budgétaires. Par exemple, de nombreux immeubles publics sont des actifs patrimoniaux dont la construction remonte à près d’un siècle. Ils nécessitent des travaux de rénovation et renferment des systèmes de chauffage et d’électricité désuets dont la modernisation peut s’avérer très coûteuse. Il faut également prendre en compte la hausse des coûts associés au report de travaux de maintenance attribuable aux pénuries de main d’œuvre et aux contraintes s’exerçant sur les chaînes d’approvisionnement.
Qui plus est, le secteur immobilier n’est pas immunisé contre les grandes tendances qui redéfinissent l’ensemble des secteurs d’activité au Canada. Par exemple, Calgary et Montréal visent à parvenir à la carboneutralité d’ici à 2050, tandis que Vancouver et Toronto se sont dotées d’objectifs plus contraignants, visant l’atteinte de la cible de zéro émission nette dans le même intervalle de temps.
Le coût élevé de l’application des technologies vertes dans la réalisation des projets de modernisation des immeubles existants force la remise en question de ces objectifs. Des dispositions réglementaires telles que le règlement local 97 de la Ville de New York commencent à prescrire l’application de limites strictes d’émissions de carbone dans le secteur immobilier.
C’est ainsi que de nombreux immeubles publics posent des défis sur le plan de la conformité et donnent lieu à l’imposition d’amendes. Par exemple, Vancouver est la première ville canadienne à prescrire une limite d’émissions pour les grands immeubles commerciaux existants, l’application de lourdes amendes devant entrer en vigueur en 20261.
Nous constatons que, partout au Canada, les grandes organisations publiques prennent conscience de la nécessité de transformer leur gestion immobilière. Le ton est donné par les plus hautes instances, le gouvernement fédéral en étant à passer en revue ses portefeuilles immobiliers dans le but de relever les biens immobiliers excédentaires pouvant être transformés en des unités de logement à prix abordable.
D’autres travaux doivent toutefois être réalisés sur tous les fronts, notamment en ce qui a trait aux revues stratégiques et à la fiabilité des données opérationnelles. Dans de nombreux immeubles publics, sinon dans la plupart d’entre eux, des systèmes de gestion immobilière isolés génèrent des données non fiables et incohérentes, ce qui rend difficiles le suivi et l’optimisation des coûts opérationnels.
Les équipes d’EY recommandent l’adoption d’une approche globale permettant de relier deux étapes cruciales au niveau du portefeuille immobilier, puis au niveau de chaque immeuble, la mise en œuvre adéquate et simultanée de ces étapes étant susceptible de générer des économies de coûts d’exploitation immobilière de l’ordre de 15 % à 20 %, tandis que la restructuration du portefeuille pourrait se traduire par la libération de fonds additionnels.
En quoi ces deux étapes consistent‑elles?
- Procéder à une évaluation objective de la maturité du portefeuille immobilier et de la fonction immobilière
- Tirer le meilleur parti des technologies émergentes pour réaliser des gains d’efficacité opérationnelle