Un risque élevé peut accroître la possibilité de gains plus importants
Certes, aller de l’avant face à tant d’incertitudes peut être intimidant, même pour le fondateur le plus optimiste. Le rapport du Global Entrepreneurship Monitor de cette année révèle que, bien que de plus en plus de gens conviennent qu’il devient plus facile de démarrer une entreprise, la peur de l’échec les freine de plus en plus.
À l’inverse, il met en évidence un certain nombre de facteurs environnementaux essentiels pour soutenir l’entrepreneuriat : l’amélioration des cadres réglementaires, des politiques fiscales favorables, des écosystèmes publics/privés engagés et des investissements incitatifs. Bon nombre de ces facteurs gagnent déjà en popularité au Canada.
En prévision du budget fédéral de 2025 du Canada, le Conseil canadien des affaires s’est joint à un groupe de représentants sectoriels et d’autres représentants pour demander au gouvernement de s’engager à mettre en œuvre un programme de réformes structurelles favorisant la croissance. À la fin de l’année, le gouvernement fédéral avait lancé le Bureau des grands projets afin de prioriser les projets de développement national. Parmi ces priorités, mentionnons l’importance accordée à l’IA, à l’informatique quantique et aux technologies de pointe, ainsi que la rationalisation des processus et la réduction des formalités administratives pour le lancement de projets. Le budget proposait également des investissements, comme celui de 1 milliard de dollars pour lancer la nouvelle Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance, ainsi que des améliorations au programme de recherche scientifique et de développement expérimental (RS&DE), entre autres initiatives.
Ces composantes favorisent le contexte nécessaire aux entrepreneurs pour aller de l’avant malgré les perturbations. Pour Sonya Shorey, se tenir au courant de telles mises à jour revient à faire le plein du réservoir du fondateur. Sonya Shorey est présidente et chef de la direction d’Investir Ottawa, chef de file du développement économique dans les secteurs fondés sur les connaissances dans la capitale nationale.
Forte de plus de 25 ans d’expérience en leadership dans les domaines de la technologie, de l’entrepreneuriat et de l’investissement, elle a vu sa part de cycles économiques et de forces perturbatrices. Selon elle, la compréhension qu’a le fondateur de la façon dont chaque changement a une incidence sur l’entreprise et présente des possibilités est très importante pour la réussite à long terme.
« C’est très imprévisible dans le contexte actuel, surtout au sud de la frontière, affirme Sonya Shorey. Être agile, toujours sur ses gardes et rester au fait de l’actualité et de son incidence sur l’entreprise est devenu presque un aspect standard du modèle d’exploitation de l’entreprise. »
À cette fin, les fondateurs du secteur des technologies qui mettent leurs craintes de côté et tirent parti de ces possibilités pourraient bien constater que l’agitation peut constituer un tremplin vers une croissance durable.
De la théorie à la pratique : prochaines étapes pour les fondateurs du secteur canadien de la technologie
Une attitude audacieuse n’est qu’une pièce du casse‑tête. Pour s’adapter efficacement et progresser malgré une telle volatilité, les fondateurs devront faire les choses différemment à l’avenir.
Par exemple, l’écosystème entrepreneurial devient de plus en plus important en période difficile. Alors que les entrepreneurs envisagent plusieurs scénarios d’avenir et différentes trajectoires, de nouvelles façons de collaborer, même avec des partenaires auparavant improbables, peuvent être un élément clé de la dynamique.
« Vous devez envisager avec qui vous travaillerez, tant sur le plan géopolitique que sur le plan technologique. Quelle est la vision à long terme? Tous n’ont pas la réponse, mais peut‑être faut‑il chercher des partenariats avec des organisations ou des entreprises plus matures », avance Sylvain Golsse, leader national, Commerce international, EY Canada.
Au cours de la dernière année en particulier, Sylvain Golsse a travaillé avec des organisations de toutes tailles et à toutes les étapes pour atténuer les inconvénients des perturbations commerciales et découvrir de nouveaux modes de croissance. Selon lui, redéfinir la collaboration peut être une bonne façon de faire face à une conjoncture imprévisible.
« Je pense que le monde évolue tellement vite que [la résilience] repose sur la capacité de s’associer à un écosystème, dit‑il. Le bon écosystème peut aider les fondateurs à s’adapter à l’évolution de la conjoncture. On ne peut pas tout faire soi-même. »
Sylvain Golsse suggère aux fondateurs de se concentrer davantage sur les moyens de réunir deux ou trois entités différentes et de miser collectivement sur la direction que prendra le marché, que sur la quête d’une rentabilité rapide. Cela n’élimine pas la nécessité d’obtenir du financement; il s’agit plutôt d’accorder la même priorité aux partenariats qu’à la–trésorerie.
« Il pourrait être intéressant d’explorer le financement non traditionnel et de chercher des entreprises ayant un solide leadership et de bonnes bases, puis de se soutenir mutuellement dans la croissance. »
Bien que chaque fondateur envisage le financement selon une perspective qui lui est propre, certains ont recours à leurs propres fonds pour conserver un contrôle total tandis que d’autres se tournent vers le capital-investissement, le capital de risque ou les instruments d’emprunt pour croître rapidement, choisir la bonne option pour les bonnes raisons compte pour beaucoup. Il n’y a pas de solution universelle pour prospérer dans un monde NAVI. Cette réflexion s’étend à la façon dont les entrepreneurs accèdent au capital.
Biren Agnihotri croit que les fondateurs devraient examiner les options de financement qui permettent à l’entreprise de se remettre de difficultés financières dans les 30 jours, plutôt que dans les mois ou les années à venir. « Vous devez commencer à examiner votre entreprise et déterminer dans quelle mesure elle est exposée, et quels sont les secteurs exposés. »
Les fondateurs voudront peut-être aussi remettre en question les mesures traditionnelles qui ne servent plus bien l’entreprise. Par exemple, l’atteinte d’un certain niveau de revenus mensuels récurrents pourrait être difficile étant donné les droits de douane qui changent tous les deux mois et les turbulences économiques qui se poursuivent. Si tel est le cas, il est temps de revoir l’ensemble des mesures.
Un tel exercice peut favoriser la flexibilité dont l’entreprise a besoin pour tirer parti des avantages des perturbations. Une étude canadienne révèle que, lors de bouleversements comme la pandémie, les nouveaux entrepreneurs sont plus motivés à démarrer une entreprise par nécessité que parce que l’occasion se présente.
Qu’il s’agisse de certains des plus grands constructeurs automobiles du monde qui ont été fondés pendant une récession au début du XXe siècle ou de plateformes technologiques de premier plan lancées dans la morosité de la bulle technologique du début des années 2000, certaines des plus grandes marques d’aujourd’hui ont pris naissance dans l’adversité. Au Canada, le programme Le Grand Prix de l’EntrepreneurMD d’EY a reçu 5 000 mises en candidature depuis 1994. Bon nombre de ces entreprises ont été fondées en période d’incertitude.
Plusgrade en fait partie. Le fondateur d’entreprise technologique Ken Harris a fait face à beaucoup de scepticisme lors de la création de Plusgrade en 2009, alors que la crise financière assombrissait beaucoup les marchés. Il a néanmoins persévéré, en ayant recours à la technologie pour démocratiser le voyage grâce à une solution révolutionnaire de surclassement en marque blanche qui s’intègre directement dans les systèmes de réservation des compagnies aériennes.
Qui plus est, en 2023, Plusgrade avait un chiffre d’affaires annuel de plus de 5 milliards de dollars. Un an plus tard, Ken Harris a été nommé Entrepreneur de l’année d’EY 2024 du Canada. Il avait établi une nouvelle norme pour 200 entreprises du secteur du voyage dans 60 pays.
Un tel cran entrepreneurial rend Paul Tucker d’EY enthousiaste quant à l’avenir du secteur des technologies au Canada, peu importe ce que réserve le contexte général. Paul Tucker travaille avec des entreprises de partout au pays pour favoriser la croissance comme les possibilités d’innovation. Et il mise sur les fondateurs canadiens.
« Ce que j’aime de l’ingéniosité canadienne, c’est le dynamisme collectif. Nous n’abandonnons tout simplement pas, affirme Paul Tucker. Nous avons la possibilité de transformer la multitude de changements que le marché a connus ces dernières années en une occasion pour le Canada. Lorsque les entrepreneurs canadiens allient la bonne stratégie et la bonne technologie à un leadership inspirant, des résultats extraordinaires en émergent. »