Deux outils essentiels
Grâce à un financement de 2 milliards de dollars administré par Ressources naturelles Canada au cours des cinq prochaines années, le FSMC offre des possibilités de co-investissement en capitaux propres, de garanties d’emprunt et de contrats d’achat à long terme, lesquels misent sur la vente de produits futurs, pour réduire le coût du capital et renforcer les capacités de traitement nationales en stabilisant les attentes de revenus.
L’injection de liquidités aidera également les entreprises à traverser l’étape risquée qui vient avant la construction et que l’on qualifie de « vallée de la mort », car c’est souvent lorsque l’innovation doit faire place à la mise à l’échelle que les projets miniers cessent de progresser. Elle permettra ainsi d’assurer la viabilité financière des projets et de signaler aux investisseurs que le moment est venu d’emboîter le pas aux gouvernements. De plus, les fonds alloués par le FSMC peuvent aider à réduire les goulots d’étranglement dans les activités de transformation, à améliorer la capacité du secteur intermédiaire, à accélérer la coordination entre divers organismes et à réduire la dépendance de la chaîne d’approvisionnement canadienne, ce qui permet de réduire le cycle d’exploitation.
De même, le FPDK allégera les défis en matière d’infrastructures : construction de routes d’accès et de ponts dans les régions éloignées riches en minéraux, alimentation électrique des installations, raccordement au réseau électrique et établissement d’une connectivité dans les régions rurales. S’appuyant sur le Fonds pour l’infrastructure des minéraux critiques (FIMC), le nouveau fonds offrira un financement combiné de 1,5 milliard de dollars pour aider à résoudre les incertitudes liées au transport et à l’énergie, à accélérer les partenariats avec les collectivités, à renforcer les capacités et à faciliter les processus de consentement, tout en assurant le partage des bénéfices entre les sociétés minières et les communautés autochtones.
Offrant plus que de simples crédits d’impôt, ces nouveaux mécanismes d’investissement réduisent les primes de risque et facilitent la restructuration de la dette, ce qui constitue une invitation pour les investisseurs et un incitatif pour l’affectation de capitaux nationaux et étrangers critiques. Les garanties de prêts pour les Autochtones et les subventions pour l’engagement peuvent également renforcer l’acceptabilité sociale. Grâce à un meilleur accès aux régions nordiques, aux ambitions concernant la capacité de transformation visant à faire du Canada une plaque tournante du raffinage et à la réduction de la dépendance envers les États‑Unis et d’autres pays, les chaînes logistiques plus courtes permettront de stabiliser les attentes de revenus et de rendre les échéanciers du cycle d’exploitation plus prévisibles.
Bien que le financement de 2 milliards de dollars représente une somme conséquente, il en coûte souvent de deux à trois fois plus pour mettre en valeur un seul actif à grande profondeur ou en région éloignée. Cela étant dit, il convient de garder à l’esprit certaines possibilités, comme la révision d’une structure pluriannuelle qui pourrait souffrir de retards d’exécution et d’une érosion de la valeur actualisée nette. Une harmonisation plus étroite des programmes fédéraux et provinciaux pourrait permettre une approche plus intégrée et plus efficace. Enfin, la réduction des délais d’obtention des permis peut accélérer le lancement des projets.
Toutefois, alors que de nouveaux investissements en capital de 30 milliards de dollars seront nécessaires d’ici 2040 pour répondre à la demande en minéraux critiques et soutenir la transition énergétique au Canada, aucun financement ne sera de trop1. Une politique qui n’est pas mise en œuvre de manière efficace est comme un riche gisement qui vient d’être découvert dans une région où aucune route ne permet de l’exploiter : sa valeur ne se concrétise jamais.
Envisager chaque possibilité
La valeur future dépendra autant de chaque dollar économisé que des fonds investis. Un processus de gestion des risques d’entreprise réalisé de façon précoce et intégrée constitue pour les exploitants une solution pratique pour gérer les coûts, les échéanciers et les risques liés à l’obtention des permis. Dans le secteur des mines, il faut ainsi intégrer l’examen des risques directement à la planification opérationnelle – des études géologiques et techniques aux processus d’approvisionnement, en passant par l’engagement communautaire – afin de repérer les problèmes rapidement et de fonder les décisions sur des données réelles plutôt que sur des hypothèses.
L’approche de gestion des risques d’entreprise d’EY pour le secteur des mines fournit une feuille de route pratique qui commence par une analyse de l’environnement pour mettre en évidence les facteurs exerçant une pression sur les coûts, les échéanciers, les accès et les permis. Les informations ainsi recueillies sont ensuite converties en un registre des risques dynamique qui permet d’éclairer la prise de décisions touchant les investissements, la séquence d’exécution et les choix opérationnels quotidiens. Avec une telle approche, le risque n’est pas une simple question théorique abordée dans un rapport rangé sur une tablette. Il est ainsi considéré dans la prise de décisions bien réelles à diverses étapes, qu’il s’agisse de suspendre une activité d’approvisionnement jusqu’à l’atteinte d’un jalon relatif à la mobilisation des Autochtones, de revoir l’ordre de réalisation des travaux de terrassement pour tenir compte de nouvelles informations géotechniques ou de modifier la conception d’une route de transport lorsque les coûts dépassent le seuil de tolérance.
Voici quatre mesures que les organisations peuvent prendre pour déterminer les impacts et en évaluer la probabilité, permettant ainsi aux dirigeants de garder le cap sur les gains d’efficacité, dans une perspective tant descendante qu’ascendante :
- Adapter sa réponse.Intégrer des cadres permanents pour établir une compréhension commune de la gestion des risques d’entreprise à l’échelle de l’organisation. Dès le départ, aligner ces cadres sur les objectifs et la tolérance au risque, de la variabilité des teneurs aux caractéristiques géotechniques, en passant par la logistique et la conformité environnementale, sociale et de gouvernance (ESG), afin de gérer le changement et l’incertitude de façon proactive et de réduire les incidences. Fonder les décisions liées à des étapes sur des critères de poursuite ou d’arrêt stricts, comme l’état de préparation des infrastructures, l’atteinte de jalons liés à la mobilisation des Autochtones ou l’obtention des permis.
- Suivre le courant. Réaliser en simultané les études techniques et de modularisation pour plus d’efficacité, rationaliser les points de coordination et, surtout, protéger les éléments du chemin critique, soit les lignes de transport et les voies d’accès. Le fait d’établir des échéanciers plus souples et des budgets alloués aux imprévus en lien avec des jalons permet de ne pas se retrouver pris au dépourvu.
- Avoir une source unique de vérité. Intégrer les responsables dans un même plan directeur, des fournisseurs d’infrastructures aux organes de gouvernance autochtones. Aligner les contrats d’achat à long terme sur les courbes d’accélération des activités, par exemple, et synchroniser la capacité de traitement avec la séquence d’extraction pour faciliter le processus.
- Maintenir le contrôle. Déployer des contrôles intégrés pour faire le suivi des coûts, des échéanciers, de la qualité et des critères ESG des projets. Réduire les risques liés au financement et à la logistique en mettant l’accent en amont sur la planification de scénarios et la modélisation des risques liés à la chaîne d’approvisionnement pour tirer des avantages tout au long du projet.
Exécuter avec un souci d’excellence
La planification proactive et l’anticipation des risques sont essentielles dans les premières étapes du développement d’un projet, la véritable valeur de l’exploitation minière étant réalisée au cours de l’extraction et non au moment de l’approbation. Cela étant dit, la phase d’exécution se situe à la croisée des considérations liées aux politiques et à la production. Quand elle se déroule bien, cette phase permet de convertir les réserves en revenus et le potentiel en profit.
Essentielle pour assurer un accès sécuritaire aux métaux et aux minéraux, la séquence d’exécution offre d’importantes possibilités liées à l’exécution, de l’amélioration de la productivité et du renforcement de la sécurité à la réduction des coûts. Les décisions finales en matière d’investissement risquent de reposer sur un coup de dés si elles ne sont pas alignées sur des dates d’achèvement cibles, fondées sur des échéanciers réalistes pour la construction des routes et le raccordement au réseau électrique avant que les capitaux soient engagés. De même, il faut obtenir les permis, l’acceptabilité sociale, les approbations environnementales et les ententes avec les Autochtones avant de passer les commandes d’équipement pour éviter de se retrouver avec des actifs délaissés.
Fait peut-être plus important encore, la gouvernance et la gestion des risques doivent évoluer au même rythme que ceux-ci augmentent. Les politiques devront absolument favoriser la production, tout en réduisant les délais nécessaires, pour que les sociétés minières du Canada arrivent à cette étape. La rapidité d’exécution constituera un facteur de différenciation clé pour permettre au secteur d’aller de l’avant puisque le temps sera toujours son ennemi.