Travailleur d’une installation d’extraction minière observant le fonctionnement d’une courroie transporteuse

Des politiques à la production : faire de la prévisibilité une caractéristique intrinsèque du secteur canadien des mines

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Cet article d’EY examine de plus près le financement récemment annoncé pour renforcer la confiance et soutenir la croissance dans le secteur des mines au Canada.


En bref

  • Le gouvernement fédéral a récemment présenté de nouvelles stratégies pour modifier le contexte d’investissement du secteur des mines au Canada.
  • Ces stratégies de financement mettent en évidence un engagement bien concret, mais une approche globale devra être adoptée pour que la volatilité fasse place à la rentabilité.
  • Les enjeux liés à la complexité réglementaire, à la séquence d’exécution et aux contraintes de capacité devront être pris en compte afin de consolider le rôle du Canada comme puissance minière.

Nous vivons une période indéniablement complexe, une nouvelle ère marquée par la rapidité des changements et l’évolution des attentes, ainsi que par une obligation constante de nous adapter plus rapidement que par le passé.

Les activités d’exploitation minière n’échappent pas à cette réalité. Selon un récent sondage mené par EY auprès de 500 hauts dirigeants d’entreprises du secteur des mines et métaux, la complexité opérationnelle est le principal obstacle pour un secteur qui doit également composer avec un manque de prévisibilité inégalé.

La complexité opérationnelle domine ainsi le palmarès du Rapport d’EY sur les dix principaux risques et possibilités d’affaires dans le secteur des mines et métaux en 2026. Il ne fait aucun doute que des mesures doivent être prises, dans les secteurs tant public que privé, pour que le secteur des mines puisse contribuer aux changements qui permettront de répondre aux attentes en matière de croissance, de soutenir la modernisation des technologies et de suivre le rythme de la transition vers les énergies propres.

À la fin de 2025, le gouvernement fédéral a présenté ses engagements budgétaires pour 2026, et le soutien qu’il accorde au secteur minier demeure lié à l’annonce de nouvelles initiatives pour stimuler la confiance, accélérer d’importants investissements dans des projets miniers et de transformation stratégiques et renforcer les chaînes d’approvisionnement.

Ce soutien plus que bienvenu sera fourni par deux mécanismes en particulier : le Fonds souverain pour les minéraux critiques (FSMC), un fonds de 2 milliards de dollars mis en place pour atténuer les risques liés au financement, et le Fonds du premier et du dernier kilomètre (FPDK), en appui aux infrastructures essentielles pour accéder aux régions les plus éloignées du pays et y mener des activités minières.

Ces initiatives représentent certes un pas dans la bonne direction puisqu’elles réduiront, au moins en partie, le fardeau financier et logistique ainsi que les risques au cours des prochaines années. Cependant, leur efficacité pour repositionner le Canada comme un chef de file mondial dans une perspective à long terme dépendra de la façon dont elles seront mises en œuvre. En outre, différents secteurs devront collaborer pour gérer les risques liés aux délais d’obtention des permis, à la séquence d’exécution et aux contraintes de capacité.

Les attentes à l’égard du secteur augmentent sans cesse mais, en ce qui concerne ces nouveaux fonds, beaucoup se demandent si la solution universelle à la complexité du secteur des mines passe par les interventions politiques. Question peut-être plus importante encore : de tels incitatifs seront‑ils suffisants pour faire progresser les efforts et transformer les politiques en production?

Les faits bruts

Des contraintes en matière d’accès et d’infrastructures compliquent l’exploitation des gisements dans des régions éloignées riches en minéraux, comme celle du Cercle de feu, au nord-est de Thunder Bay, en Ontario. Il y a peu de routes, les capacités de transport de l’énergie sont limitées et la connectivité y est déficiente. Le simple fait de se rendre dans la région et d’en revenir peut s’avérer difficile. Et coûteux.
 

Même si les gouvernements comme ceux de l’Ontario s’efforcent de mettre en place des infrastructures dignes de ce nom, celles-ci peuvent prendre des années à être construites. De plus, l’accès aux régions cibles qui se trouvent sur des terres autochtones ou les traversent est souvent tributaire de la réputation des parties intéressées du secteur des mines, ainsi que de leurs approches et de leurs activités, et nécessite l’établissement de partenariats fondés sur la confiance.
 

Les retards et les dépassements de coûts peuvent constituer un obstacle majeur. Il en va de même pour les travaux nécessaires pour réaliser des forages supplémentaires ou extraire des corps minéralisés à grande profondeur dans des conditions géologiques complexes. La difficulté à recruter des travailleurs possédant des compétences adaptées à la nouvelle réalité d’un secteur en pleine modernisation contribue à la pénurie de main‑d’œuvre. De plus, en raison des contraintes d’affinage à l’échelle nationale, les mines canadiennes doivent composer avec des installations de traitement transfrontalières, des chaînes d’approvisionnement peu fiables et des incertitudes géopolitiques persistantes, tandis qu’au pays elles se démènent pour obtenir des permis d’exploitation et gérer des retards coûteux qui sapent leur résilience au moment où elles en ont le plus besoin.
 

Les défis de la planification et les risques qui y sont associés deviennent bien réels lorsque la volatilité des marchés et l’instabilité des prix s’ajoutent à un environnement dans lequel l’innovation et les minéraux de substitution peuvent couper l’herbe sous le pied d’une entreprise pratiquement du jour au lendemain. Les risques ne peuvent pas et ne doivent pas être à la charge d’une seule partie.
 

Toutefois, alors que le secteur fait l’objet d’une attention toute particulière, la collaboration pour la recherche de solutions offre des possibilités. Vu les longs délais qui caractérisent les nouveaux projets de développement minier, les années consacrées à planifier des scénarios et à réduire les risques liés aux activités peuvent générer une valeur tangible et accélérer le rendement des investissements.
 

En alignant les mécanismes budgétaires sur ces risques traditionnels, les sociétés minières peuvent créer les pratiques de leadership et les mesures efficaces qui permettent d’ancrer la prévisibilité, de repérer les possibilités et les divergences, et de réduire les risques liés au financement, à la logistique et à l’exécution dans l’ensemble du processus d’obtention des permis, de détermination de la séquence d’exécution et de gestion des contraintes de capacité.

Deux outils essentiels

Grâce à un financement de 2 milliards de dollars administré par Ressources naturelles Canada au cours des cinq prochaines années, le FSMC offre des possibilités de co-investissement en capitaux propres, de garanties d’emprunt et de contrats d’achat à long terme, lesquels misent sur la vente de produits futurs, pour réduire le coût du capital et renforcer les capacités de traitement nationales en stabilisant les attentes de revenus.

L’injection de liquidités aidera également les entreprises à traverser l’étape risquée qui vient avant la construction et que l’on qualifie de « vallée de la mort », car c’est souvent lorsque l’innovation doit faire place à la mise à l’échelle que les projets miniers cessent de progresser. Elle permettra ainsi d’assurer la viabilité financière des projets et de signaler aux investisseurs que le moment est venu d’emboîter le pas aux gouvernements. De plus, les fonds alloués par le FSMC peuvent aider à réduire les goulots d’étranglement dans les activités de transformation, à améliorer la capacité du secteur intermédiaire, à accélérer la coordination entre divers organismes et à réduire la dépendance de la chaîne d’approvisionnement canadienne, ce qui permet de réduire le cycle d’exploitation.

De même, le FPDK allégera les défis en matière d’infrastructures : construction de routes d’accès et de ponts dans les régions éloignées riches en minéraux, alimentation électrique des installations, raccordement au réseau électrique et établissement d’une connectivité dans les régions rurales. S’appuyant sur le Fonds pour l’infrastructure des minéraux critiques (FIMC), le nouveau fonds offrira un financement combiné de 1,5 milliard de dollars pour aider à résoudre les incertitudes liées au transport et à l’énergie, à accélérer les partenariats avec les collectivités, à renforcer les capacités et à faciliter les processus de consentement, tout en assurant le partage des bénéfices entre les sociétés minières et les communautés autochtones.

Offrant plus que de simples crédits d’impôt, ces nouveaux mécanismes d’investissement réduisent les primes de risque et facilitent la restructuration de la dette, ce qui constitue une invitation pour les investisseurs et un incitatif pour l’affectation de capitaux nationaux et étrangers critiques. Les garanties de prêts pour les Autochtones et les subventions pour l’engagement peuvent également renforcer l’acceptabilité sociale. Grâce à un meilleur accès aux régions nordiques, aux ambitions concernant la capacité de transformation visant à faire du Canada une plaque tournante du raffinage et à la réduction de la dépendance envers les États‑Unis et d’autres pays, les chaînes logistiques plus courtes permettront de stabiliser les attentes de revenus et de rendre les échéanciers du cycle d’exploitation plus prévisibles.

Bien que le financement de 2 milliards de dollars représente une somme conséquente, il en coûte souvent de deux à trois fois plus pour mettre en valeur un seul actif à grande profondeur ou en région éloignée. Cela étant dit, il convient de garder à l’esprit certaines possibilités, comme la révision d’une structure pluriannuelle qui pourrait souffrir de retards d’exécution et d’une érosion de la valeur actualisée nette. Une harmonisation plus étroite des programmes fédéraux et provinciaux pourrait permettre une approche plus intégrée et plus efficace. Enfin, la réduction des délais d’obtention des permis peut accélérer le lancement des projets.

Toutefois, alors que de nouveaux investissements en capital de 30 milliards de dollars seront nécessaires d’ici 2040 pour répondre à la demande en minéraux critiques et soutenir la transition énergétique au Canada, aucun financement ne sera de trop1. Une politique qui n’est pas mise en œuvre de manière efficace est comme un riche gisement qui vient d’être découvert dans une région où aucune route ne permet de l’exploiter : sa valeur ne se concrétise jamais.

Envisager chaque possibilité

La valeur future dépendra autant de chaque dollar économisé que des fonds investis. Un processus de gestion des risques d’entreprise réalisé de façon précoce et intégrée constitue pour les exploitants une solution pratique pour gérer les coûts, les échéanciers et les risques liés à l’obtention des permis. Dans le secteur des mines, il faut ainsi intégrer l’examen des risques directement à la planification opérationnelle – des études géologiques et techniques aux processus d’approvisionnement, en passant par l’engagement communautaire – afin de repérer les problèmes rapidement et de fonder les décisions sur des données réelles plutôt que sur des hypothèses.

L’approche de gestion des risques d’entreprise d’EY pour le secteur des mines fournit une feuille de route pratique qui commence par une analyse de l’environnement pour mettre en évidence les facteurs exerçant une pression sur les coûts, les échéanciers, les accès et les permis. Les informations ainsi recueillies sont ensuite converties en un registre des risques dynamique qui permet d’éclairer la prise de décisions touchant les investissements, la séquence d’exécution et les choix opérationnels quotidiens. Avec une telle approche, le risque n’est pas une simple question théorique abordée dans un rapport rangé sur une tablette. Il est ainsi considéré dans la prise de décisions bien réelles à diverses étapes, qu’il s’agisse de suspendre une activité d’approvisionnement jusqu’à l’atteinte d’un jalon relatif à la mobilisation des Autochtones, de revoir l’ordre de réalisation des travaux de terrassement pour tenir compte de nouvelles informations géotechniques ou de modifier la conception d’une route de transport lorsque les coûts dépassent le seuil de tolérance.

Voici quatre mesures que les organisations peuvent prendre pour déterminer les impacts et en évaluer la probabilité, permettant ainsi aux dirigeants de garder le cap sur les gains d’efficacité, dans une perspective tant descendante qu’ascendante :

  1. Adapter sa réponse.Intégrer des cadres permanents pour établir une compréhension commune de la gestion des risques d’entreprise à l’échelle de l’organisation. Dès le départ, aligner ces cadres sur les objectifs et la tolérance au risque, de la variabilité des teneurs aux caractéristiques géotechniques, en passant par la logistique et la conformité environnementale, sociale et de gouvernance (ESG), afin de gérer le changement et l’incertitude de façon proactive et de réduire les incidences. Fonder les décisions liées à des étapes sur des critères de poursuite ou d’arrêt stricts, comme l’état de préparation des infrastructures, l’atteinte de jalons liés à la mobilisation des Autochtones ou l’obtention des permis.

  2. Suivre le courant. Réaliser en simultané les études techniques et de modularisation pour plus d’efficacité, rationaliser les points de coordination et, surtout, protéger les éléments du chemin critique, soit les lignes de transport et les voies d’accès. Le fait d’établir des échéanciers plus souples et des budgets alloués aux imprévus en lien avec des jalons permet de ne pas se retrouver pris au dépourvu.

  3. Avoir une source unique de vérité. Intégrer les responsables dans un même plan directeur, des fournisseurs d’infrastructures aux organes de gouvernance autochtones. Aligner les contrats d’achat à long terme sur les courbes d’accélération des activités, par exemple, et synchroniser la capacité de traitement avec la séquence d’extraction pour faciliter le processus.

  4. Maintenir le contrôle. Déployer des contrôles intégrés pour faire le suivi des coûts, des échéanciers, de la qualité et des critères ESG des projets. Réduire les risques liés au financement et à la logistique en mettant l’accent en amont sur la planification de scénarios et la modélisation des risques liés à la chaîne d’approvisionnement pour tirer des avantages tout au long du projet.

Exécuter avec un souci d’excellence

La planification proactive et l’anticipation des risques sont essentielles dans les premières étapes du développement d’un projet, la véritable valeur de l’exploitation minière étant réalisée au cours de l’extraction et non au moment de l’approbation. Cela étant dit, la phase d’exécution se situe à la croisée des considérations liées aux politiques et à la production. Quand elle se déroule bien, cette phase permet de convertir les réserves en revenus et le potentiel en profit.

Essentielle pour assurer un accès sécuritaire aux métaux et aux minéraux, la séquence d’exécution offre d’importantes possibilités liées à l’exécution, de l’amélioration de la productivité et du renforcement de la sécurité à la réduction des coûts. Les décisions finales en matière d’investissement risquent de reposer sur un coup de dés si elles ne sont pas alignées sur des dates d’achèvement cibles, fondées sur des échéanciers réalistes pour la construction des routes et le raccordement au réseau électrique avant que les capitaux soient engagés. De même, il faut obtenir les permis, l’acceptabilité sociale, les approbations environnementales et les ententes avec les Autochtones avant de passer les commandes d’équipement pour éviter de se retrouver avec des actifs délaissés.

Fait peut-être plus important encore, la gouvernance et la gestion des risques doivent évoluer au même rythme que ceux-ci augmentent. Les politiques devront absolument favoriser la production, tout en réduisant les délais nécessaires, pour que les sociétés minières du Canada arrivent à cette étape. La rapidité d’exécution constituera un facteur de différenciation clé pour permettre au secteur d’aller de l’avant puisque le temps sera toujours son ennemi.


Résumé

Le secteur des mines est à un moment charnière. Fondées sur des leviers crédibles pour réduire la complexité opérationnelle, les mesures favorables à l’exploitation minière du budget du Canada établissent des bases essentielles, encouragent les investissements, atténuent les risques liés au financement et stimulent la construction d’infrastructures critiques pour contribuer à l’exploration et assurer le début de la production dans le respect des échéanciers et des budgets, tout en limitant les imprévus.

Pour passer des politiques à une production prévisible, les dirigeants devront d’emblée intégrer étroitement la gouvernance et la gestion du risque et assurer la coordination entre les diverses parties prenantes de l’écosystème. Les sociétés minières qui opérationnalisent des contrôles du risque renforceront la confiance des investisseurs, réduiront les délais de conversion en trésorerie et feront du Canada le chef de file des minéraux critiques qu’il est bien placé pour devenir. 

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