Les VEB rendent les opérations souterraines plus sécuritaires
L’électrification s’avère, malgré les défis, bien adaptée au secteur minier. Reconnus pour leur rendement – environ 90 %, contre 30 % pour les véhicules à moteurs diesel –, les VEB sont plus compacts, peuvent offrir une puissance deux fois plus élevée, se déplacent plus rapidement et réduisent les temps de cycle, ce qui accroît la productivité8, 9. Ils nécessitent aussi environ 40 % moins d’entretien, requièrent moins de pièces, subissent moins de temps d’arrêt et, grâce à des coûts de carburant et d’exploitation inférieurs, permettent de réduire le coût de possession10, 11.
Des solutions comme UtilityWave d’EY permettent de faire le suivi et le contrôle des réseaux de recharge et de mieux les comprendre, offrant ainsi aux organisations minières les données analytiques nécessaires pour optimiser la fiabilité et l’utilisation de leurs actifs. Une planification en amont axée sur la visibilité et le contrôle peut aider à repérer des occasions d’accélérer la transition énergétique et à tirer davantage de valeur des données, notamment en réalisant des économies opérationnelles.
En plus des économies qu’ils permettent, les VEB sont appréciés pour leur fonctionnement plus silencieux, plus propre et moins chaud, ce qui contribue à créer des environnements de travail plus sains. Dans des zones où la chaleur dégagée par l’équipement et les procédés peut atteindre 50 °C et où la qualité de l’air peut être compromise par de fortes concentrations de fumées de diesel, de toxines et de particules, les VEB réduisent la chaleur, éliminent les émissions et diminuent le bruit et les vibrations liés aux machines.
En matière de sécurité, un incendie en profondeur peut être une question de vie ou de mort. Or, un incendie reste un incendie, quelle qu’en soit la cause. Et même si les données comparant les incendies impliquant des VEB et ceux liés au diesel dans le secteur minier sont limitées, les statistiques montrent que le taux d’incendie des véhicules à combustion interne pour passagers pourrait être jusqu’à onze fois plus élevé que celui des VEB équivalents12.
Selon les participants du groupe d’intérêt d’EY, les enjeux de sécurité associés aux VEB demeurent raisonnables. La mise en place de plans de transition et la formation des travailleurs à la manipulation de systèmes à haute tension, ainsi que le perfectionnement des compétences liées à l’entretien des batteries, seront essentiels pour maintenir et intensifier l’électrification dans les années à venir, tout comme des plans solides en matière d’intervention d’urgence en cas d’incendie. Ces deux axes gagneraient à faire l’objet d’une collaboration à l’échelle du secteur. Travailler ensemble à la création de parcours d’apprentissage axés sur le transfert de connaissances et de formations dédiées à la préparation profiterait à l’ensemble des acteurs13.
La collaboration et l’innovation dans les technologies de recyclage représentent un levier d’économie circulaire pour les organisations qui souhaitent investir. Les améliorations de la qualité de l’air qu’apportent les VEB, attribuables à la réduction des polluants, améliorent les conditions non seulement pour les employés des mines, mais aussi pour les collectivités environnantes.
Passer à l’électrique peut aussi être perçu comme un geste positif envers les communautés autochtones avoisinantes et aider les organisations minières à atteindre leurs objectifs ESG, ce qui favorise l’acceptabilité sociale et renforce la réputation auprès du public, des organismes de réglementation et des bailleurs de fonds potentiels.
Créer de la valeur
Malgré les nombreux avantages, une question demeure : l’électrification constitue‑t‑elle la solution financière la plus intéressante pour répondre aux exigences en matière d’émissions? Dans les bonnes conditions, il existe bel et bien un argumentaire économique convaincant pour adopter l’électrification et en tirer parti pour décarboner.
Au Canada, l’appui et les précédents sont importants. Les données montrent que les mines de l’Ontario ont adopté les technologies propres à des taux plus élevés que des secteurs comme les services publics et la fabrication, se positionnant à l’avant‑garde de l’intégration des VEB au cours de la dernière décennie14, 15. En 2024, le nombre de mines souterraines canadiennes ayant mis à l’essai ou acquis des VEB dépassait celui des sites ailleurs dans le monde dans une proportion de deux pour un16. Parmi les participants au groupe d’intérêt d’EY sur l’électrification des mines, qui comprenait huit des principales sociétés minières canadiennes, la plupart ont indiqué être sur le point de déployer des VEB ou n’en être qu’aux premières phases.
Des mesures incitatives, comme le Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone utilisé pour électrifier le projet Coté Gold d’IAMGOLD à Sudbury, en Ontario, peuvent aider des secteurs comme celui des mines à réduire leurs émissions et à créer des emplois tout en bâtissant un avenir durable pour les générations à venir17.
Des crédits d’impôt, comme le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres et le crédit d’impôt pour l’exploration de minéraux critiques, dont les critères d’admissibilité ont été élargis dans le budget fédéral de cette année, soutiennent aussi les acteurs de la chaîne de valeur.
La création du Fonds souverain pour les minéraux critiques de 2 milliards de dollars et du Fonds du premier et du dernier kilomètre permettra d’investir dans la mise en production de projets de minéraux critiques à court terme18. Des mesures financières comme le Fonds pour l’infrastructure des minéraux critiques, le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada et le Fonds stratégique pour l’innovation – qui a investi 100 millions de dollars dans l’établissement d’une mine de potasse à faibles émissions de calibre mondial en Saskatchewan –, ainsi que des collaborations avec des établissements postsecondaires et le milieu de la recherche, créent des possibilités pour les organisations minières de toute taille19.
Une longueur d’avance
Les mesures incitatives peuvent alimenter les discussions sur les périodes de recouvrement et aider à clarifier les incertitudes liées au rendement du capital investi. De plus, les mandats des décideurs et l’appui gouvernemental aux projets pilotes, notamment ceux qui contribuent à faire des chargeuses-transporteuses électriques l’un des segments connaissant la croissance la plus rapide dans les environnements miniers confinés, font avancer les choses.
Quatre mesures clés peuvent être mises en œuvre dès aujourd’hui par les entreprises du secteur pour ouvrir la voie à l’électrification et faire progresser l’industrie minière dans son ensemble :
- Harmoniser le message. Se doter des fonds nécessaires pour acquérir de l’équipement, bâtir l’infrastructure et mettre en place des technologies exige des investissements. Pour définir une proposition de valeur claire qui inspire la confiance et attire ces investissements, il faut une collaboration soutenue tant à l’échelle du secteur que sur le plan interfonctionnel. C’est en avançant de concert et en s’entendant sur des objectifs plus larges pour faciliter les progrès qu’il deviendra possible de maintenir les investissements au cœur des efforts en matière de technologies propres.
- Mettre son identité en valeur. Alors que le secteur minier définit son avenir, il devient essentiel d’aborder les questions liées à son image et à la perception du public. En mettant en lumière la valeur que l’activité minière apporte à tous les aspects de la vie quotidienne, en partageant les avancées et réussites liées à l’électrification et en réfutant les mythes à son égard au moyen de campagnes de relations publiques, le secteur peut gagner l’appui du public et bâtir une image plus moderne pour l’avenir.
- Des synergies stratégiques. La collaboration avec des établissements d’enseignement peut encourager les jeunes professionnels à envisager une carrière en exploitation minière, ce qui permettrait de contrer l’exode des talents et la « vague grise » liée au vieillissement de la main‑d’œuvre, tout en répondant au besoin de nouvelles compétences pour composer avec l’Industrie 4.0 et les transformations technologiques qui s’y rattachent. Elle peut aussi soutenir les efforts de formation, y compris en ce qui concerne la sécurité des systèmes électriques, et faire progresser la recherche et l’innovation dans les technologies de recyclage, les systèmes d’échange rapide de batteries et les fonctionnalités autonomes, ainsi que dans la mise au point de batteries plus légères, plus durables et à recharge plus rapide, de solutions de stockage d’énergie et d’améliorations liées au réseau.
- Tirer parti du savoir des autres. En s’inspirant des expériences concrètes d’autres secteurs qui ont déjà emprunté cette voie, comme les autorités de transport en commun, il est possible de réaliser des gains de temps significatifs. Comme ces secteurs disposent déjà de stratégies à long terme, suivre leur exemple peut aider à orienter les politiques et la réglementation, à faciliter l’adoption et à tisser des partenariats autour d’objectifs communs, accélérant ainsi l’atteinte des objectifs de carboneutralité du Canada.
Si l’innovation continue et une collaboration sans précédent traceront la voie vers l’électrification, cette transition représente néanmoins un changement fondamental qui exigera de nouvelles façons de penser et de travailler. Bien orchestrées, l’adoption et la progression de l’énergie électrique dans le secteur minier peuvent libérer une valeur exponentielle et générer des retombées positives, tout en positionnant les mines canadiennes comme des chefs de file mondiaux en matière de durabilité.