Camion‑benne aux allures futuristes dans un environnement rouge et poussiéreux

Propulser le progrès : l’électrification des mines de l’avenir

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Coauteurs :
Jason Clifton, associé, Consultation, EY Canada
Olga Makoyeva, codirectrice, Centre d’excellence Mines et métaux, EY Amériques
Karen D’Andrea, chef d’équipe, Consultation – Entreprises, EY Canada

À l’heure où le secteur minier connaît une importante transformation, la capacité d’électrification pourrait devenir le facteur de différenciation pour les mines canadiennes appelées à prendre les devants.


En bref

  • Tandis que les exigences relatives à la décarbonation se resserrent, obligeant le secteur à repenser son avenir, l’électrification ne peut plus être considérée comme une simple ambition, mais doit s’imposer comme un véritable impératif stratégique.
  • Pour déplacer l’équipement minier dans ces conditions, il faudra bien plus que remplacer le diesel par l’électricité : la réussite exigera une planification et une collaboration soutenues.
  • Le temps des projets pilotes est révolu; à mesure que les technologies à batterie s’améliorent, il deviendra d’autant plus important de concilier les réalités actuelles et les objectifs à long terme pour faire face au nouveau visage de la concurrence.

Pour les gestionnaires de parcs miniers au Canada et ailleurs dans le monde, l’électrification n’est plus un concept abstrait relégué à un avenir lointain. Compte tenu des engagements fédéraux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 45 % d’ici 2030, ainsi que des objectifs ambitieux de carboneutralité d’ici 2050, elle fait désormais partie du quotidien.

Alors que de nombreux pays cherchent à tirer parti des avantages de l’électricité – allant de la réduction des coûts d’exploitation à l’accès à une énergie propre, abordable et abondante dans une formule à la fois responsable et renouvelable –, le Canada est particulièrement bien outillé et positionné pour accueillir un avenir électrique avec confiance. Dans un secteur où les dirigeants classent la disponibilité du capital et l’accès à celui‑ci parmi les principaux risques, la réglementation, les crédits d’impôt et les programmes fédéraux et provinciaux s’alignent afin de créer les conditions propices à l’investissement et au déploiement. L’innovation est activement encouragée à l’échelle locale pour stimuler la croissance économique et appuyer l’expansion du réseau électrique national.

Le secteur des transports représente 22 % des émissions de GES au Canada, et les activités minières y contribuent largement1. Bien que l’électrification des activités minières ne soit pas encore généralisée, elle gagne rapidement du terrain : la valeur du marché de l’équipement minier électrifié devrait passer de 3,05 G$ US à 10,51 G$ US d’ici 20332. D’ici 2030, la contribution du secteur canadien des énergies propres au PIB devrait s’élever à 107 G$ CA, stimulée par des investissements annuels de 58 G$ CA3. Et dans une dizaine d’années, on estime qu’environ la moitié du PIB et des emplois liés au secteur des transports seront attribuables à la mobilité électrique.

Les investissements mondiaux dans l’énergie propre ont atteint un sommet record de 1,8 billion $ US en 2023, ce qui montre clairement que l’emprise du diesel sur le secteur minier, qui perdure depuis un siècle, commence à s’affaibli r alors que celui ci amorce une véritable renaissance. Parallèlement, la convergence des capacités de l’Industrie 4.0 – notamment l’Internet des objets à des fins industrielles, l’automatisation, les systèmes d’exploitation propulsés par l’IA, les jumeaux numériques et l’analyse de données en temps réel – crée des conditions quasi idéales pour l’intégration. Le secteur atteint ainsi un moment charnière où les parcs électriques ne sont plus seulement envisageables, mais bel et bien préférables, au moment même où il redéfinit son avenir sobre en carbone.

Quelques écueils à surmonter

En 2022, le gouvernement du Canada a annoncé que 100 % des véhicules légers vendus au pays devront être à zéro émission d’ici 2035. Soutenue par diverses mesures incitatives, cette annonce a éveillé l’intérêt du public et du secteur pour ces nouvelles possibilités. Tout comme les véhicules légers, les véhicules électriques à batterie de moyenne et de grande capacité sont utilisés depuis longtemps dans le secteur minier et, plus récemment, dans les mines souterraines, et ce, malgré certaines préoccupations et limites potentielles.
 

Des mises en garde ont été émises en matière de sécurité : le fonctionnement presque silencieux de ces véhicules a entraîné une augmentation des accidents, et les incendies causés par des collisions ou des problèmes de recharge créent des risques en milieu souterrain.
 

La technologie des batteries ne répond pas toujours aux exigences des opérations minières lourdes. Des facteurs comme la densité énergétique, le poids, le temps de recharge, la durée de vie et même les conditions météorologiques extrêmes peuvent en limiter l’usage, tout comme l’apparition de nouvelles technologies, alors que les solutions d’électrification et les batteries continuent d’évoluer. In addition, the availability of BEVs for purchase and a non-standardized battery and charger market, while improving, are still not where they could be.
 

L’intégration de VEB dans un parc au diesel entraîne aussi son lot de complications et soulève d’importants enjeux d’infrastructure. Par exemple, l’augmentation de la charge sur le réseau, qui est conçu en fonction de la demande, pourrait nécessiter plusieurs années d’évaluation ainsi que des investissements en capital pouvant atteindre 45 millions de dollars. Les projets de modernisation de sites existants exigent souvent une reconfiguration de la mine pour tenir compte du rayon de virage et des dimensions de ces véhicules, de même que le placement stratégique des équipements de recharge afin d’optimiser les temps d’utilisation.
 

Et bien que les coûts liés à l’électrification, ainsi qu’à l’élimination ou au recyclage des batteries en fin de vie, ne doivent pas être minimisés dans un secteur où les capitaux sont limités, ils ne se révèlent pas pour autant prohibitifs. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on considère que des millions de dollars – jusqu’à 40 % des dépenses énergétiques d’une mine souterraine – sont consacrés à des systèmes de ventilation complexes destinés à contrôler les émissions de diesel.  

Mais comme les enjeux sont importants et que les histoires de réussite comme les modèles à suivre restent rares à l’échelle mondiale, plusieurs attendent de voir comment évolueront le contexte réglementaire et les infrastructures nécessaires à l’électrification et quel sera l’impact d’une demande accrue sur le réseau. D’autres préfèrent patienter jusqu’à ce que la chaîne d’approvisionnement, l’équipement minier et les marchés de pièces aient davantage évolué, et que les technologies liées au transport d’électricité, au stockage d’énergie et au recyclage des batteries progressent. D’autres encore hésitent à franchir le pas, craignant que de futures réglementations ne compliquent l’exploitation des sites convertis aujourd’hui.
 

Dans un secteur qui redéfinit son avenir, il peut être intimidant de se positionner comme précurseur et nettement plus rassurant de suivre la vague.

Les VEB rendent les opérations souterraines plus sécuritaires

L’électrification s’avère, malgré les défis, bien adaptée au secteur minier. Reconnus pour leur rendement – environ 90 %, contre 30 % pour les véhicules à moteurs diesel –, les VEB sont plus compacts, peuvent offrir une puissance deux fois plus élevée, se déplacent plus rapidement et réduisent les temps de cycle, ce qui accroît la productivité8, 9. Ils nécessitent aussi environ 40 % moins d’entretien, requièrent moins de pièces, subissent moins de temps d’arrêt et, grâce à des coûts de carburant et d’exploitation inférieurs, permettent de réduire le coût de possession10, 11.

Des solutions comme UtilityWave d’EY permettent de faire le suivi et le contrôle des réseaux de recharge et de mieux les comprendre, offrant ainsi aux organisations minières les données analytiques nécessaires pour optimiser la fiabilité et l’utilisation de leurs actifs. Une planification en amont axée sur la visibilité et le contrôle peut aider à repérer des occasions d’accélérer la transition énergétique et à tirer davantage de valeur des données, notamment en réalisant des économies opérationnelles.

En plus des économies qu’ils permettent, les VEB sont appréciés pour leur fonctionnement plus silencieux, plus propre et moins chaud, ce qui contribue à créer des environnements de travail plus sains. Dans des zones où la chaleur dégagée par l’équipement et les procédés peut atteindre 50 °C et où la qualité de l’air peut être compromise par de fortes concentrations de fumées de diesel, de toxines et de particules, les VEB réduisent la chaleur, éliminent les émissions et diminuent le bruit et les vibrations liés aux machines.

En matière de sécurité, un incendie en profondeur peut être une question de vie ou de mort. Or, un incendie reste un incendie, quelle qu’en soit la cause. Et même si les données comparant les incendies impliquant des VEB et ceux liés au diesel dans le secteur minier sont limitées, les statistiques montrent que le taux d’incendie des véhicules à combustion interne pour passagers pourrait être jusqu’à onze fois plus élevé que celui des VEB équivalents12.

Selon les participants du groupe d’intérêt d’EY, les enjeux de sécurité associés aux VEB demeurent raisonnables. La mise en place de plans de transition et la formation des travailleurs à la manipulation de systèmes à haute tension, ainsi que le perfectionnement des compétences liées à l’entretien des batteries, seront essentiels pour maintenir et intensifier l’électrification dans les années à venir, tout comme des plans solides en matière d’intervention d’urgence en cas d’incendie. Ces deux axes gagneraient à faire l’objet d’une collaboration à l’échelle du secteur. Travailler ensemble à la création de parcours d’apprentissage axés sur le transfert de connaissances et de formations dédiées à la préparation profiterait à l’ensemble des acteurs13.

La collaboration et l’innovation dans les technologies de recyclage représentent un levier d’économie circulaire pour les organisations qui souhaitent investir. Les améliorations de la qualité de l’air qu’apportent les VEB, attribuables à la réduction des polluants, améliorent les conditions non seulement pour les employés des mines, mais aussi pour les collectivités environnantes.

Passer à l’électrique peut aussi être perçu comme un geste positif envers les communautés autochtones avoisinantes et aider les organisations minières à atteindre leurs objectifs ESG, ce qui favorise l’acceptabilité sociale et renforce la réputation auprès du public, des organismes de réglementation et des bailleurs de fonds potentiels.

Créer de la valeur

Malgré les nombreux avantages, une question demeure : l’électrification constitue‑t‑elle la solution financière la plus intéressante pour répondre aux exigences en matière d’émissions? Dans les bonnes conditions, il existe bel et bien un argumentaire économique convaincant pour adopter l’électrification et en tirer parti pour décarboner.

Au Canada, l’appui et les précédents sont importants. Les données montrent que les mines de l’Ontario ont adopté les technologies propres à des taux plus élevés que des secteurs comme les services publics et la fabrication, se positionnant à l’avant‑garde de l’intégration des VEB au cours de la dernière décennie14, 15. En 2024, le nombre de mines souterraines canadiennes ayant mis à l’essai ou acquis des VEB dépassait celui des sites ailleurs dans le monde dans une proportion de deux pour un16. Parmi les participants au groupe d’intérêt d’EY sur l’électrification des mines, qui comprenait huit des principales sociétés minières canadiennes, la plupart ont indiqué être sur le point de déployer des VEB ou n’en être qu’aux premières phases.

Des mesures incitatives, comme le Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone utilisé pour électrifier le projet Coté Gold d’IAMGOLD à Sudbury, en Ontario, peuvent aider des secteurs comme celui des mines à réduire leurs émissions et à créer des emplois tout en bâtissant un avenir durable pour les générations à venir17.

Des crédits d’impôt, comme le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres et le crédit d’impôt pour l’exploration de minéraux critiques, dont les critères d’admissibilité ont été élargis dans le budget fédéral de cette année, soutiennent aussi les acteurs de la chaîne de valeur.

La création du Fonds souverain pour les minéraux critiques de 2 milliards de dollars et du Fonds du premier et du dernier kilomètre permettra d’investir dans la mise en production de projets de minéraux critiques à court terme18. Des mesures financières comme le Fonds pour l’infrastructure des minéraux critiques, le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada et le Fonds stratégique pour l’innovation – qui a investi 100 millions de dollars dans l’établissement d’une mine de potasse à faibles émissions de calibre mondial en Saskatchewan –, ainsi que des collaborations avec des établissements postsecondaires et le milieu de la recherche, créent des possibilités pour les organisations minières de toute taille19.

Une longueur d’avance

Les mesures incitatives peuvent alimenter les discussions sur les périodes de recouvrement et aider à clarifier les incertitudes liées au rendement du capital investi. De plus, les mandats des décideurs et l’appui gouvernemental aux projets pilotes, notamment ceux qui contribuent à faire des chargeuses-transporteuses électriques l’un des segments connaissant la croissance la plus rapide dans les environnements miniers confinés, font avancer les choses.

Quatre mesures clés peuvent être mises en œuvre dès aujourd’hui par les entreprises du secteur pour ouvrir la voie à l’électrification et faire progresser l’industrie minière dans son ensemble :

  • Harmoniser le message. Se doter des fonds nécessaires pour acquérir de l’équipement, bâtir l’infrastructure et mettre en place des technologies exige des investissements. Pour définir une proposition de valeur claire qui inspire la confiance et attire ces investissements, il faut une collaboration soutenue tant à l’échelle du secteur que sur le plan interfonctionnel. C’est en avançant de concert et en s’entendant sur des objectifs plus larges pour faciliter les progrès qu’il deviendra possible de maintenir les investissements au cœur des efforts en matière de technologies propres.

  • Mettre son identité en valeur. Alors que le secteur minier définit son avenir, il devient essentiel d’aborder les questions liées à son image et à la perception du public. En mettant en lumière la valeur que l’activité minière apporte à tous les aspects de la vie quotidienne, en partageant les avancées et réussites liées à l’électrification et en réfutant les mythes à son égard au moyen de campagnes de relations publiques, le secteur peut gagner l’appui du public et bâtir une image plus moderne pour l’avenir.

  • Des synergies stratégiques. La collaboration avec des établissements d’enseignement peut encourager les jeunes professionnels à envisager une carrière en exploitation minière, ce qui permettrait de contrer l’exode des talents et la « vague grise » liée au vieillissement de la main‑d’œuvre, tout en répondant au besoin de nouvelles compétences pour composer avec l’Industrie 4.0 et les transformations technologiques qui s’y rattachent. Elle peut aussi soutenir les efforts de formation, y compris en ce qui concerne la sécurité des systèmes électriques, et faire progresser la recherche et l’innovation dans les technologies de recyclage, les systèmes d’échange rapide de batteries et les fonctionnalités autonomes, ainsi que dans la mise au point de batteries plus légères, plus durables et à recharge plus rapide, de solutions de stockage d’énergie et d’améliorations liées au réseau.

  • Tirer parti du savoir des autres. En s’inspirant des expériences concrètes d’autres secteurs qui ont déjà emprunté cette voie, comme les autorités de transport en commun, il est possible de réaliser des gains de temps significatifs. Comme ces secteurs disposent déjà de stratégies à long terme, suivre leur exemple peut aider à orienter les politiques et la réglementation, à faciliter l’adoption et à tisser des partenariats autour d’objectifs communs, accélérant ainsi l’atteinte des objectifs de carboneutralité du Canada.

Si l’innovation continue et une collaboration sans précédent traceront la voie vers l’électrification, cette transition représente néanmoins un changement fondamental qui exigera de nouvelles façons de penser et de travailler. Bien orchestrées, l’adoption et la progression de l’énergie électrique dans le secteur minier peuvent libérer une valeur exponentielle et générer des retombées positives, tout en positionnant les mines canadiennes comme des chefs de file mondiaux en matière de durabilité.


Résumé

En matière de transformation, tout le monde cherche une solution sûre. Pourtant, alors que les sociétés minières retardent la conversion de leurs opérations tant que les options électrifiées ne sont pas plus accessibles, les pressions liées à la hausse des prix du diesel, aux perspectives liées au carbone et aux coûts d’entretien des équipements à combustion s’accumulent.

Dans un contexte de demande croissante de minéraux propres, les décisions d’investissement du prochain cycle mettent en évidence la solidité de l’argumentaire en faveur de l’électrification. Les dirigeants du secteur devront trouver un juste équilibre entre, d’une part, les contraintes budgétaires à court terme et, d’autre part, les économies à long terme et la conformité environnementale pour dégager des gains d’efficacité, pérenniser ces avancées et en tirer pleinement parti.

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