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Comment l’accord sur une solution juxtaposée à l’égard de l’impôt minimum redéfinira les politiques mondiales 

L’annonce de l’OCDE autorisant des solutions de rechange substantiellement similaires au Pilier Deux redéfinit les notions de compétitivité, de coordination et de complexité.


En bref

  • La coexistence du Pilier Deux apporte une nouvelle stabilité, mais la complexité demeure pour les entreprises mondiales.
  • La politique fiscale mondiale passe du multilatéralisme à une coopération sélective.
  • Un regain d’intérêt pour la compétitivité aura des répercussions sur l’ensemble des marchés. 

Au début de l’année 2026, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a annoncé que les membres du Cadre inclusif s’étaient mis d’accord sur approche alternative proposée par les États‑Unis pour évaluer les impôts minimaux mondiaux. 

L’accord intègre la proposition américaine d’un dispositif fondé sur une solution juxtaposée et prévoit un nouveau mécanisme permanent simplifié d’observation, ainsi que de nouvelles règles encadrant les incitatifs fiscaux fondés sur la substance. Cet accord est le résultat de six mois de négociations intensives au sein du Cadre inclusif. Il stabilise en partie le système fiscal international, simplifie les obligations d’information et réduit le risque de mesures fiscales de représailles.

« Cette avancée majeure offrira aux multinationales une meilleure visibilité sur les conséquences fiscales de leurs activités à l’avenir », souligne Aruna Kalyanam, leader mondial, Politique fiscale, EY Amériques.

Cet accord marque le début d’une nouvelle phase dans la coopération fiscale mondiale, caractérisée par une stabilité accrue des investissements transfrontaliers, au prix d’une convergence moins marquée des cadres fiscaux.

Convergence des politiques fiscales 

Depuis le lancement, il y a un peu plus de dix ans, du projet de l’OCDE sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (Base Erosion and Profit Shifting ou BEPS), la fiscalité des multinationales s’est largement orientée vers une plus grande convergence.  Les gouvernements ont évolué, quoique de manière inégale, vers des normes communes en matière de transparence, de substance et d’imposition minimale effective.  Ce nouvel accord vient bouleverser cette évolution. 

En adoptant la loi One Big Beautiful Bill Act (OBBBA) au début de l’année, le Congrès américain a réaffirmé l’orientation de la réforme fiscale de 2017, qui met l’accent sur les mesures fiscales visant à attirer les investissements et à stimuler la croissance économique américaine. 

Par ses dispositions, qui comprennent notamment le renouvellement de l’amortissement accéléré, la déduction intégrale des dépenses de R‑D et le maintien du taux d’imposition des sociétés à 21 %, la loi vise à faire des États‑Unis l’un des environnements fiscaux les plus compétitifs au monde pour les capitaux et la propriété intellectuelle (PI). Toutefois, les répercussions de cette loi à l’échelle mondiale vont au‑delà des seules modifications législatives.  Elle modifie la façon dont les États‑Unis se positionnent par rapport aux normes fiscales internationales et la façon dont ils entendent coexister avec l’impôt minimum mondial prévu par le Pilier Deux. 

Tant le système américain que le Pilier Deux visent à freiner le transfert des bénéfices et à garantir un niveau minimal d’imposition des revenus transfrontaliers. Pourtant, derrière cette ambition commune se cache une différence d’approche.

 

Le Pilier Deux constitue une tentative de parvenir à un consensus multilatéral. Il vise à établir une norme commune appliquée uniformément par les juridictions qui l’adoptent. À l’opposé, l’approche fondée sur une solution juxtaposée traduit une affirmation de la souveraineté basée sur la conviction que le système fiscal international des États‑Unis est déjà suffisamment solide et qu’il doit être respecté, de sorte que les entreprises américaines soumises au régime fiscal américain sur les revenus américains et étrangers ne devraient pas être soumises aux règles du Pilier Deux adoptées par d’autres juridictions. 

 

Lors d’un webinaire de l’OCDE tenu le 13 janvier, Manal Corwin, directrice du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE, a déclaré que cet accord « témoigne véritablement de la ferme volonté des membres du Cadre inclusif » de coopérer au niveau international en matière fiscale.

 

« Une reconnaissance commune de la valeur et de l’importance de la coopération en vue de promouvoir la sécurité et la stabilité plutôt que les actions unilatérales, ainsi qu’une conviction partagée que les enjeux liés à une absence de consensus vont bien au‑delà des seules répercussions sur le Pilier Deux », a indiqué Mme Corwin1.

 

« Le dispositif fondé sur une solution juxtaposée traduit le passage d’une approche multilatérale à une coopération sélective.  Cette approche repose sur la conviction que les États‑Unis peuvent et doivent définir l’observation selon ses propres critères, explique Mme Kalyanam. Cela ne signifie pas pour autant rejeter d’emblée les normes internationales, mais bien négocier l’équivalence, et non la subordination. »

 

Ce message a été entendu par d’autres pays.  En Asie, en Europe, en Amérique latine et ailleurs, les décideurs réévaluent les limites de la coopération fiscale mondiale et se recentrent sur la compétitivité nationale.  Les conséquences de cette réévaluation auront une incidence sur les flux d’investissement, les obligations d’observation et les relations internationales pour les années à venir.

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Chapitre 1

La conjoncture fiscale mondiale évolue

Un regain d’intérêt pour la compétitivité aura des répercussions sur l’ensemble des marchés mondiaux. 

Les déclarations politiques américaines, les mesures présidentielles et l’adoption de l’OBBBA sont suivies de près dans le monde entier en raison de leur impact sur la fiscalité et les investissements à l’échelle mondiale.  

« En supprimant les dates d’expiration de diverses dispositions nationales clés, les États‑Unis ont éliminé une source d’incertitude qui entravait la planification depuis des années, explique Jose Murillo, leader, Services de fiscalité internationale et transactionnelle, EY Amériques. Or, l’instauration d’un régime national avantageux soulève des questions à l’international, puisqu’il modifie les règles du jeu en matière de concurrence. »

L’OBBBA vise à rendre les États‑Unis plus compétitifs pour les actifs à forte valeur en rétablissant la déductibilité intégrale de la R‑D, en réduisant le taux effectif applicable au revenu de source étrangère tiré d’actifs incorporels (Foreign Derived Intangible Income ou FDII), et en maintenant le taux d’imposition des sociétés à 21 %. Avec l’instauration d’un taux plancher de 15 % dans la plupart des pays à la suite du Pilier Deux, détenir de la propriété intellectuelle aux États‑Unis semble aussi avantageux, sinon plus, que dans les juridictions traditionnellement à faible fiscalité.

Le dispositif fondé sur une solution juxtaposée illustre le passage d’une approche multilatérale à une coopération sélective. 

« En conjuguant un taux d’imposition des sociétés stable, des mesures incitatives pour la R‑D et un cadre juridique éprouvé, les États‑Unis envoient aux investisseurs internationaux un signal clair : le pays est ouvert aux investissements et entend traiter le Pilier Deux selon ses propres règles, souligne M. Murillo. Reste à savoir si d’autres pays suivront cette voie. »

 

 Dans la région Asie‑Pacifique, des décideurs évaluent déjà si la position américaine pourrait détourner des investissements ou les contraindre à revoir leurs propres régimes fiscaux.  Les entreprises de la région reconnaissent les mesures incitatives prévues par l’OBBBA, tout en étant conscientes des incertitudes, aussi bien politiques que fiscales », souligne Chris Miller, leader, Politique fiscale, EY Asie‑Pacifique. « Compte tenu des contraintes budgétaires, les gouvernements ont peu de latitude pour réduire fortement les taux, mais ils renforcent des incitatifs ciblés et des mesures d’allègement propres à certains secteurs.  La souplesse accrue que confère l’accord sur une solution juxtaposée en matière de mesures incitatives élargit le champ d’application de telles initiatives. L’enjeu n’est pas tant de savoir si les gouvernements intensifieront l’usage de la politique fiscale pour attirer les investissements, mais quelle forme prendra cette démarche. »

 

 Certains signes de cette concurrence sont déjà visibles. Les cabinets conseils signalent une augmentation récente des demandes de renseignements émanant de multinationales qui envisagent de transférer leur propriété intellectuelle ou leur capital aux États‑Unis, notamment dans les secteurs Fabrication, Énergie et Sciences de la vie. M. Miller souligne toutefois que cette évolution n’est pas uniforme. « On observe deux mouvements distincts, indique‑t‑il. Les investisseurs dont le siège social est situé aux États‑Unis sont davantage incités à investir sur le marché intérieur; quant aux investisseurs de la région Asie‑Pacifique qui investissent aux États‑Unis, ils perçoivent les mêmes incitatifs, mais sont plus susceptibles d’être dissuadés par l’incertitude ressentie et les risques géopolitiques. »

 

Par ailleurs, l’adoption imminente par les États‑Unis d’un nouvel article 899 aurait entraîné l’imposition de taxes à l’encontre des entreprises provenant de pays appliquant des taxes extraterritoriales ou discriminatoires à l’égard des multinationales américaines. Considérée par beaucoup comme une mesure de représailles fiscales, son effet continue de se faire sentir. Bien qu’elle ait été abandonnée à la dernière minute, la mesure demeure une ombre portée sur le débat.

 

« La volatilité qu’elle a engendrée était bien réelle, affirme M. Miller. Elle a influencé le comportement des conseils d’administration, malgré l’absence d’adoption. C’est précisément le point essentiel. Cet épisode a rappelé aux investisseurs mondiaux que les choix fiscaux des États‑Unis peuvent influer sur l’ensemble du système, même en l’absence d’adoption législative. »

 

Au final, le système fiscal mondial apparaît aujourd’hui plus fragmenté et moins coordonné qu’il ne l’a jamais été depuis l’élaboration des recommandations du projet BEPS, il y a un peu plus d’une décennie.

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Chapitre 2

Le Pilier Deux et la coexistence

Comment le dispositif fondé sur une solution juxtaposée passe de l’accord à la mise en œuvre.

Une question d’une simplicité trompeuse se trouve au cœur du débat fiscal actuel : comment le système fiscal américain va‑t‑il cohabiter avec le Pilier Deux de l’OCDE ? Bien qu’un accord politique sur la coexistence ait été conclu et que les juridictions membres du Cadre inclusif se soient engagées à le mettre en œuvre, Mme Kalyanam fait une mise en garde : « L’accord et sa mise en œuvre sont deux choses très différentes. »

Chris Sanger, leader mondial, Taxes gouvernementales, EY, considère qu’il s’agit d’un moment décisif dans le processus de réforme.  « Nous évoluons désormais dans un environnement qui n’est pas seulement complexe, mais où nombre des règles n’ont même pas encore été clairement définies, affirme‑t‑il. Les entreprises s’appuient en grande partie sur des directives plutôt que sur la loi, acceptant presque aveuglément les engagements pris par les gouvernements. Et la fiscalité ne repose pas sur des principes théoriques, mais sur des règles concrètes appliquées par chaque pays. »

Le poids de cette complexité ne se fera pas sentir de manière uniforme.  « Une fois soumises aux règles du dispositif fondé sur une solution juxtaposée, les multinationales américaines échappent en grande partie à la complexité du nouveau système fiscal international », explique M. Sanger.

Pour les groupes non américains, les défis sont doubles : composer avec des obligations de déclaration redondantes et concilier des méthodes concurrentes de calcul de l’impôt minimum selon différents cadres réglementaires. Pour les multinationales américaines, les obligations de déclaration au titre du Pilier Deux seront allégées pendant les années où le dispositif fondé sur une solution juxtaposée entrera en vigueur, même si l’obligation de déclaration complète demeure applicable pour 2024 et 2025. 

Les données sont au cœur de ces enjeux. La capacité à consolider des données issues de toutes les filiales est essentielle non seulement à des fins d’observation, mais également pour interagir de façon crédible avec les décideurs. 

Parallèlement, dans la région Asie‑Pacifique, les répercussions en chaîne sont déjà prises en compte. Selon M. Miller, bien que de nombreux pays de la région aient adopté, ou soient en voie de le faire, des règles conformes au Pilier Deux, certains analysent le dispositif fondé sur une solution juxtaposée et les critères requis pour être considérés comme des régimes fiscaux admissibles. « Certains pays pourraient être amenés à modifier leurs systèmes afin de répondre aux critères requis pour être considérés comme des régimes fiscaux admissibles et bénéficier du dispositif fondé sur une solution juxtaposée, explique‑t‑il. Des pays ayant fondé leur compétitivité sur la fiscalité, tout en adoptant un impôt minimum national, pourraient être amenés à réévaluer ces dispositifs pour stimuler l’investissement. La divergence pourrait s’accentuer. »

Ces disparités éventuelles constituent un véritable défi pour les directeurs financiers des multinationales. Les systèmes de chaque pays pourraient différer, entraînant des régimes de protection qui se chevauchent, des obligations de déclaration divergentes et des dispositifs de règlement des litiges disparates. L’obligation d’observation, déjà lourde dans le cadre du Pilier Deux, pourrait s’alourdir encore davantage à mesure que les équipes fiscales seront contraintes de modéliser plusieurs taux d’imposition effectifs et de les harmoniser entre des systèmes conçus pour évaluer les mêmes revenus selon des méthodes différentes.

Dans un contexte en mutation continue, le renforcement des fondations de leurs données demeure un impératif constant pour les entreprises. 

« Tout repose sur les données, explique M. Sanger. Il faut pouvoir consolider les données de l’ensemble des filiales non seulement à des fins de conformité réglementaire, mais également afin d’interagir de manière crédible avec les décideurs. La possibilité d’orienter l’évolution de ces règles repose sur la disponibilité immédiate de données. »

Malgré sa complexité technique, la réalité stratégique est simple : la dernière décennie, marquée par une convergence fiscale mondiale émergente, cède progressivement la place à une ère de coexistence qui doit se plier davantage à la pluralité des règles. Pour les responsables de fiscalité, le principal défi est de se doter de la flexibilité, des systèmes et des perspectives requis pour bien fonctionner. 

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Chapitre 3

S’adapter à l’incertitude : les stratégies d’entreprises en mouvement

Les multinationales prennent des décisions dans un contexte mondial changeant en matière de fiscalité et d’investissement.

Pour les dirigeants fiscaux des multinationales, les nouvelles règles fiscales ont davantage d’incidence sur la planification future que sur le taux d’imposition effectif actuel. L’OBBBA et le dispositif fondé sur une solution juxtaposée offrent une certaine stabilité par rapport au régime fiscal américain, ce que les entreprises recherchaient depuis la réforme fiscale de 2017. Cependant, l’environnement mondial reste instable, ce qui oblige les entreprises à envisager simultanément plusieurs scénarios pour l’avenir.

En fait, les responsables fiscaux analysent les changements en fiscalité et étudient les options disponibles. Les États‑Unis proposent de nouveaux incitatifs en matière de R‑D et d’investissement en capital, portés par un élan politique découlant d’une stratégie industrielle axée sur le « made in America », tandis que d’autres pays renforcent également leur propre compétitivité. Parallèlement, le monde continue d’assimiler le régime du Pilier Deux, les pays progressant à des rythmes différents et appliquant des impôts complémentaires selon des modalités variées. Il en résulte une tension stratégique : où investir, où détenir la propriété intellectuelle et comment gérer l’observation, sachant que l’harmonisation mondiale demeure incertaine à moyen terme.

Selon M. Murillo, les clients se divisent en deux camps distincts.  « Certains misent sur la stabilité offerte par les États‑Unis, en récupérant leur propriété intellectuelle et en réévaluant l’emplacement de leurs nouveaux investissements, explique‑t‑il. D’autres reportent délibérément les décisions importantes jusqu’à ce qu’ils voient comment évolueront le Pilier Deux et le cadre fondé sur une solution juxtaposée. »

Cette prudence est justifiée. Les directeurs financiers doivent trouver un équilibre entre les incitatifs à court terme et les risques géopolitiques à long terme. Nombre d’entre eux procèdent à des exercices de modélisation de scénarios portant non seulement sur les taux d’imposition, mais aussi sur la prévisibilité des politiques publiques, ce qui est désormais particulièrement précieux. 

À ce stade, les entreprises doivent prendre part aux débats politiques.

Dans la région Asie‑Pacifique, l’équation stratégique est différente. M. Miller souligne que les gouvernements régionaux disposent d’une marge de manœuvre de plus en plus réduite pour rester compétitifs.  « Nous observons une multiplication d’incitatifs plus ciblés et assortis de conditions, notamment dans les secteurs Énergie, Pharmacie et Fabrication de pointe, indique‑t‑il.  On observe une grande créativité dans les politiques publiques, mais la question est de savoir si cela suffit à rivaliser avec la force d’attraction actuelle des États‑Unis. »


Les contraintes budgétaires accentuent la pression. Le vieillissement démographique, l’alourdissement de la dette post‑pandémie et l’augmentation du budget en défense limitent la possibilité de réductions généralisées des taux d’imposition, incitant les décideurs à privilégier des dispositifs incitatifs ciblés et des crédits d’impôt remboursables admissibles, alignés sur les exigences du Pilier Deux et compatibles avec les objectifs de compétitivité nationale.


Pour les équipes responsables de la fiscalité des entreprises, cette situation engendre un cadre à deux vitesses, caractérisé par une forte complexité opérationnelle et des cibles bien définies. Selon Mme Kalyanam, l’état d’esprit reflète une incertitude permanente. « Nombre d’équipes fiscales internationales se préparent à la fois à un avenir conforme au Pilier Deux et à un scénario centré sur les États‑Unis, indique‑t‑elle. La question ne se limite pas aux taux. L’enjeu réside dans la gouvernance et les données, soit mettre en place un dispositif de contrôle répondant à deux logiques réglementaires et la capacité d’expliquer cette complexité aux conseils d’administration, aux auditeurs et aux investisseurs. »


Les conséquences opérationnelles sont considérables. Les entreprises réévaluent leurs structures organisationnelles, leurs architectures de données et leurs contrôles en matière de communication de l’information afin de s’assurer de s’adapter au rythme de l’évolution du cadre réglementaire. Certaines entreprises investissent dans des infrastructures de données en temps réel permettant de calculer, à la demande, les taux d’imposition effectifs par pays, tandis que d’autres renforcent leurs fonctions en matière de politiques publiques et de relations gouvernementales afin de participer directement à l’élaboration de la réglementation.

Les prochaines années seront moins axées sur l’harmonisation que sur la gestion des différences.

Pour Mme Kalyanam et M. Murillo, cet engagement est désormais incontournable. « L’heure est venue pour les entreprises de prendre part au débat politique, déclare M. Murillo. Que votre siège social soit à New York ou à Singapour, les décisions prises à Washington et à Paris vous concernent directement. »

Il en résulte une nouvelle approche fiscale qui conjugue la conformité réglementaire et la maturité numérique. Dans un environnement où les règles elles‑mêmes sont en constante évolution, les organisations les plus résilientes seront celles capables d’anticiper les changements, d’y répondre de manière cohérente et de faire valoir leur position de façon crédible auprès des autorités de réglementation à l’échelle mondiale.

L’impulsion donnée par le projet BEPS en matière de normalisation et de transparence a progressivement cédé la place à une logique de coexistence, dans laquelle les régimes se chevauchent et les gouvernements redéfinissent les modalités de coopération. « D’une ère de convergence, nous sommes passés à une ère de coexistence, déclare M. Sanger. Les prochaines années seront moins axées sur l’harmonisation que sur la gestion des différences. »

Malgré la divergence, la numérisation des données apporte de la stabilité. Les données en temps réel, l’analyse avancée et la conformité fondée sur l’IA aident les entreprises à gérer la complexité et les autorités de réglementation à gagner en visibilité. Pour Jose Murillo, cela ne fait aucun doute : « Les périodes de perturbation sont celles où les systèmes se modernisent le plus rapidement. Cela nécessitera de faire preuve d’ouverture, de partager des données et d’instaurer la confiance. »


Résumé

L’accord relatif à un dispositif fondé sur une solution juxtaposée représente une évolution majeure du cadre de la fiscalité internationale. Le renforcement des mesures incitatives à l’investissement aux États‑Unis et une nouvelle interprétation du Pilier Deux ouvrent la voie à une concurrence mondiale renouvelée et à une possible fragmentation. Pour les directeurs financiers des multinationales, le défi consiste à trouver un équilibre entre de nouvelles possibilités et l’incertitude mondiale, tout en se préparant à mettre de nouveau l’accent sur la compétitivité.

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