Pfaffenhofen Ilm, une des villes touchées par l’inondation de 2024

Incidence des risques liés aux changements climatiques sur les banques et les pertes de crédit attendues

Sujets connexes

Ce que peuvent faire les banques pour tenir compte adéquatement de l’incidence des risques climatiques dans leurs états financiers.

En bref

  • Les risques physiques et de transition liés aux changements climatiques transforment le risque de crédit des banques, mais les méthodes utilisées à l’égard des pertes de crédit attendues varient d’une banque à l’autre et d’une région à l’autre.
  • Les coûts associés aux catastrophes naturelles ont augmenté de façon spectaculaire au cours des dernières années, et de nombreuses banques évaluent activement les répercussions des risques liés aux changements climatiques.
  • Pour demeurer résilientes, les banques doivent améliorer la qualité des données et de l’information à fournir et perfectionner les modèles et l’analyse de scénarios de façon à refléter pleinement l’incidence des risques liés aux changements climatiques dans les pertes de crédit attendues.

Les risques liés aux changements climatiques ne sont plus une préoccupation lointaine; ils sont bien réels et ils transforment l’environnement économique et financier. De nombreuses banques intègrent maintenant les risques liés aux changements climatiques dans leurs modèles de risque de crédit et leur calcul des pertes de crédit attendues. Néanmoins, la profondeur, l’uniformité et la transparence de l’évaluation varient considérablement d’un établissement à l’autre et d’une région à l’autre.

De façon générale, les risques liés aux changements climatiques se divisent en deux grandes catégories :

  • Risques de transition : La transition vers une économie à faibles émissions de carbone donne lieu à des risques liés aux changements réglementaires, aux exigences changeantes du marché, aux progrès technologiques, à l’évolution des attentes des investisseurs et des parties prenantes, et à l’incidence de ces facteurs sur la solvabilité des emprunteurs.
  • Risques physiques : Ces risques, qui découlent de l’incidence directe des changements climatiques sur les actifs physiques ou les actifs affectés en garantie, peuvent être aigus (feux de forêt, vagues de chaleur, sécheresses, inondations et tempêtes) ou chroniques (élévation du niveau de la mer et changements à long terme dans les régimes climatiques).

En 2024, les coûts économiques directs liés aux catastrophes naturelles à l’échelle mondiale se sont élevés à 417 milliards de dollars américains, dont 63 % des sinistres n’étaient pas couverts par une assurance1.

Les risques liés aux changements climatiques se matérialisent par l’intensification des tempêtes, des sécheresses et des feux de forêt, en plus de contribuer à l’élévation du niveau de la mer et aux crues subites. Au cours de la dernière année, des feux de forêt catastrophiques ont fait des ravages, notamment aux États‑Unis, au Canada, au Brésil et au Chili, et des inondations graves ont frappé l’Espagne, l’Inde et le Pakistan. Par ailleurs, le Rapport de 2024 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions2 du Programme des Nations Unies pour l’environnement prévient que, si on s’en tient aux politiques actuelles, les températures mondiales pourraient encore augmenter de 3,1 °C d’ici la fin du siècle, ce qui est largement supérieur aux objectifs de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement sous la barre des 2 °C.

Compte tenu de ces risques, de nombreuses banques ont annoncé leur objectif de réduire l’empreinte carbone de leurs propres activités ainsi que de celles des entités qu’elles financent. Certaines banques se sont même engagées à cesser de financer certains secteurs.

 

Comment les banques tiennent compte des risques liés aux changements climatiques dans les pertes de crédit attendues

D’après les rapports annuels de 2024 publiés récemment par certaines grandes banques du Royaume‑Uni et de l’Europe, bien que les risques de transition et les risques physiques liés aux changements climatiques aient généralement été pris en compte dans l’évaluation des pertes de crédit attendues, que ce soit au moyen de variables macroéconomiques, d’analyses de scénarios ou d’approches par superposition, la plupart des banques ont déclaré que ces risques n’avaient pas d’incidence significative sur leurs charges de dépréciation.

 

Au Royaume‑Uni, seule une minorité de banques avaient constitué une provision pour pertes de crédit attendues relativement aux risques liés aux changements climatiques, accordant surtout la priorité aux risques de transition. Néanmoins, les montants étaient négligeables par rapport à l’ensemble des pertes de crédit attendues. En Europe, certaines banques ont appliqué des approches par superposition à l’égard non seulement des risques de transition, mais aussi des risques physiques, en complément des résultats produits par les modèles. Encore là, les montants étaient, à quelques exceptions près, généralement minimes.

 

Certaines banques du Royaume‑Uni et de l’Europe ont présenté un montant précis dans leurs estimations des pertes de crédit attendues, tandis que d’autres ont indiqué que les risques liés aux changements climatiques avaient été inclus dans ces estimations sans les quantifier, comme l’illustrent les extraits de rapports annuels de 2024 ci‑après.

 

À la lumière de ces rapports annuels, il y a lieu de se demander comment les banques adapteront leurs méthodes en fonction de l’incidence des possibilités et des risques physiques et de transition liés aux changements climatiques sur l’évaluation des pertes de crédit attendues et la cohérence des informations à fournir. La question se pose également de savoir si cette évaluation diffère entre les banques du Royaume‑Uni et celles de l’Europe et, le cas échéant, si la différence est due à des circonstances particulières, notamment les conditions du marché et la situation géographique.

 

Enfin, il y a également lieu de se demander de quelle façon les banques peuvent améliorer les informations qu’elles fournissent sur l’évaluation et la comptabilisation des risques liés aux changements climatiques.



Étant donné la complexité des risques physiques et de transition liés aux changements climatiques et leur interrelation avec les autres risques existants, les banques ont de la difficulté à les intégrer pleinement à leur évaluation des risques et à leurs mesures d’atténuation. L’ampleur de la difficulté varie d’une banque à l’autre en fonction notamment de sa taille, de sa présence géographique, de la complexité de son portefeuille et de sa concentration sectorielle.



Plan d’action pour 2025 et par la suite

Pour relever les défis changeants qui se posent à elles, les banques devront prioriser certains aspects clés :

  • Collecte et analyse de données : Recueillir des données sur les catastrophes naturelles, analyser la mesure dans laquelle les changements climatiques ont contribué à leur intensification et évaluer leurs répercussions sur la perturbation des activités, les pertes financières, les dommages matériels, la baisse de valeur des actifs donnés en garantie et les difficultés liées à la reprise.
  • Processus de gestion des risques : Intégrer l’évaluation des risques liés aux changements climatiques aux processus d’acceptation et de suivi des clients en gardant à l’esprit leurs plans de transition climatique et leur incidence sur les objectifs de décarbonation annoncés par la banque.
  • Paramètres de modélisation et ajustements : Évaluer les paramètres du modèle fondé sur les pertes de crédit attendues et, au besoin, les ajuster pour tenir compte des facteurs de risque liés aux changements climatiques. Il pourrait notamment être nécessaire de modifier les estimations de la probabilité de défaut (PD) et de la perte en cas de défaut (PCD) pour tenir compte des risques physiques et de transition liés aux changements climatiques à court, moyen et long terme, de façon à s’assurer que les modèles fondés sur les pertes de crédit attendues reflètent avec exactitude l’évolution des risques (p. ex. variations du profil de risque de crédit du portefeuille de prêts existant et modification de la stratégie de prêt de la banque en fonction de critères liés aux changements climatiques) et leurs incidences financières. Il faudra inévitablement recueillir de nouvelles données pertinentes à la lumière de l’évolution récente de la situation et considérer les répercussions primaires, secondaires et tertiaires sur les prêts.
  • Analyse de scénarios : Intégrer les risques liés aux changements climatiques dans les facteurs macroéconomiques et examiner plusieurs scénarios économiques (de base, pessimiste et optimiste). Ces mesures sont cruciales pour la réalisation d’une évaluation prospective exhaustive. Elles aideront les banques à comprendre un éventail de répercussions possibles sur le risque de crédit et les charges de dépréciation. Toutefois, les banques doivent vérifier si l’intégration des risques liés aux changements climatiques dans les variables macroéconomiques, les divers scénarios économiques et les ajustements par superposition pourrait entraîner un chevauchement ou une comptabilisation en double. Il se pourrait, par exemple, que l’incidence défavorable des événements climatiques soit déjà prise en compte dans les données historiques et les prévisions de croissance.
  • Considérations géographiques et sectorielles : Il est essentiel pour les banques établies dans plusieurs pays d’évaluer les risques liés aux changements climatiques pour chaque pays, voire à un niveau plus détaillé, par secteur ou industrie. Dans le cas des institutions locales, l’évaluation des risques liés aux changements climatiques propres à l’emplacement aura une incidence sur les principaux paramètres des pertes de crédit attendues, notamment la PD et la PCD. Les changements climatiques introduisent un nouveau facteur de risque et une nouvelle source de corrélation des pertes.
  • Informations à fournir et transparence : Les banques doivent composer avec les difficultés liées aux informations à fournir en lien avec les pertes de crédit attendues et les risques liés aux changements climatiques. Elles doivent notamment tenir compte des possibilités et risques liés aux changements climatiques dans leur plan d’affaires, surmonter les obstacles liés à la disponibilité et à la qualité des données, renforcer la gouvernance et les processus de détermination des ajustements par superposition, intégrer les risques liés aux changements climatiques dans les évaluations du risque de crédit et améliorer l’articulation entre les informations à fournir et la première partie du rapport annuel. Si elles omettaient de le faire, il pourrait devenir plus difficile de comparer de façon significative les informations sur les risques liés aux changements climatiques fournies par les banques, ce qui nuirait à la capacité des investisseurs et des parties prenantes de s’y fier.

Annexe : Comparaison des méthodes utilisées par certaines banques du Royaume‑Uni et de l’Europe pour tenir compte des risques liés aux changements climatiques dans l’évaluation des pertes de crédit attendues



Pour les banques, la question n’est pas de savoir si les changements climatiques auront des répercussions sur les pertes de crédit attendues, mais plutôt si elles sont prêtes à y faire face.



Résumé

Étant donné la fréquence et l’intensité croissantes des événements météorologiques extrêmes ainsi que l’entrée en vigueur à venir de normes d’information sur la durabilité, notamment IFRS S1 et IFRS S2, imposant la communication d’information sur les possibilités et risques liés aux changements climatiques, il devient prioritaire pour les banques d’adapter leurs cadres de gestion des risques, notamment en ce qui concerne les provisions pour pertes de crédit attendues. Les banques peuvent améliorer leur anticipation et leur gestion des incidences financières liées à la crise climatique en intégrant les risques physiques et de transition dans leurs plans d’affaires et leurs évaluations des risques liés aux changements climatiques. Cette approche proactive les aidera à renforcer leur résilience et contribuera à la stabilité de systèmes financiers durables.


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