Vue aérienne d’une éolienne

Ce que signifient les consultations sur les lignes directrices du champ d’application 2 du Protocole des GES

Sujets connexes

Les modifications proposées soulèvent des questions importantes quant à la disponibilité des données, à la comparabilité et aux signaux en matière d’investissement associés aux instruments fondés sur le marché. 


En bref

  • Le Protocole des GES devrait accorder autant d’importance à la faisabilité qu’à l’intégrité scientifique et à l’incidence lorsqu’il envisage de modifier ses normes et lignes directrices.
  • Les lignes directrices révisées devraient présenter des méthodes viables pour les cas où les données sont limitées, non accessibles ou peu fiables.
  • L’analyse coûts‑avantages et l’évaluation de l’importance relative des révisions proposées peuvent contribuer à en préciser la nécessité et l’incidence sur les participants à la chaîne de valeur de l’information sur les émissions de GES.

En octobre 2025, le Protocole des GES a lancé une consultation publique en vue de réviser ses lignes directrices du champ d’application 2. Les réponses que nous lui avons données se fondent sur l’expérience de nos clients à l’échelle mondiale et mettent l’accent sur la façon dont la question de la faisabilité – parallèlement à celles de l’intégrité scientifique et de l’incidence – peut influer sur la comptabilisation et la déclaration des émissions de gaz à effet de serre (GES) du champ d’application 2. Dans cet article, nous résumons les points de vue exposés dans notre réponse du 19 décembre 2025, et soulignons au passage leurs répercussions concrètes pour les organisations du monde entier.

Nous soutenons les efforts que déploie le Protocole des GES en vue d’améliorer ses normes, qui ont constitué le fondement de la comptabilisation et de la déclaration des émissions de GES au cours des vingt dernières années. En raison de son influence sur de nombreux référentiels d’information et organismes de réglementation, le Protocole des GES joue un rôle déterminant dans l’élaboration de l’information sur les changements climatiques à l’échelle de la planète. Nous encourageons donc les utilisateurs des normes et lignes directrices du Protocole des GES à participer à la consultation publique, ouverte jusqu’au 31 janvier 2026.

1. Juste équilibre entre intégrité, incidence et faisabilité

Dans l’évaluation des modifications à apporter à ses normes et lignes directrices, le Protocole des GES accorde la priorité aux critères suivants : 1) l’intégrité – doivent être fondées sur la science et les principes; 2) l’incidence – doivent aller dans le sens des mesures et programmes ambitieux de lutte contre les changements climatiques à l’échelle mondiale; et 3) la faisabilité – doivent pourvoir être mises en œuvre. Nous estimons que la faisabilité est tout aussi importante que l’intégrité scientifique et l’incidence. Bien que nous soutenions les efforts déployés par le Protocole des GES pour améliorer l’exactitude et la pertinence de l’information fournie sur les émissions du champ d’application 2, l’objectif d’améliorer l’intégrité scientifique et l’incidence pourrait ne pas être réalisable en pratique si les données et l’infrastructure nécessaires font défaut. Nous entrevoyons d’ailleurs le risque que les modifications proposées se traduisent par une augmentation de la charge administrative et des coûts dans l’ensemble de la chaîne de valeur de l’information sur la consommation d’énergie. Le suivi, le regroupement et la vérification de données plus fines mobiliseraient des ressources considérables, surtout pour les organisations qui exercent leurs activités dans plus d’un pays ou territoire.



Bien que nous soutenions les efforts déployés par le Protocole des GES pour améliorer l’exactitude et la pertinence de l’information fournie sur les émissions du champ d’application 2, l’objectif d’améliorer l’intégrité scientifique et l’incidence pourrait ne pas être réalisable en pratique si les données et l’infrastructure nécessaires font défaut.



2. Définition du « champ d’application 2 » et disponibilité des données

Le Protocole des GES se propose de préciser la définition du « champ d’application 2 » pour mieux rendre compte de la consommation énergétique réelle des activités d’une entité comptable dans l’espace et le temps. Nous saluons cet effort, mais l’accès à des données détaillées sur les réseaux électriques et la consommation d’énergie demeure limité à l’échelle mondiale. L’instauration proposée de mécanismes tels que les profils de charge, qui permettent un suivi plus détaillé dans le temps, aurait pour effet d’augmenter la complexité et les risques d’erreurs de calcul, surtout si ces données ne sont pas fiables ou ne sont pas disponibles à l’échelle mondiale. Nous recommandons donc l’inclusion, dans les lignes directrices révisées, de solutions pratiques pour les situations où les données sont limitées, non accessibles ou peu fiables.

L’information sur le champ d’application 2 englobe toutes les émissions indirectes liées à l’énergie, y compris celles découlant de l’électricité, de la vapeur, de la chaleur et du refroidissement. Les lignes directrices du champ d’application 2 actuelles et les révisions proposées sont principalement axées sur la consommation d’électricité; les autres sources énergétiques indirectes n’y sont pas spécifiquement abordées. Nous recommandons donc au Protocole des GES de traiter explicitement de la comptabilisation des émissions du champ d’application 2 découlant de la vapeur, de la chaleur et du refroidissement.



L’accès à des données détaillées sur les réseaux électriques et la consommation d’énergie demeure limité à l’échelle mondiale.



3. Méthode basée sur la localisation : hiérarchie et comparabilité

Le projet de modifications comprend une hiérarchie claire aux fins de la sélection des facteurs d’émission fondés sur la localisation, ce qui pourrait accroître la précision et favoriser la mise en place d’un marché pour des données plus détaillées. Quoique nous reconnaissions la valeur d’une telle hiérarchie, nous craignons le surcroît d’efforts qu’elle pourrait entraîner, dans un contexte où les données nécessaires à une information spatiale et temporelle sont limitées. La hiérarchie donnera probablement lieu à un vaste éventail d’options de facteurs d’émission, ce qui pourrait nuire à la comparabilité de l’information entre les entités. Pour appuyer la mise en œuvre et améliorer la comparabilité, nous recommandons au Protocole des GES d’inclure une liste de bases de données et de ressources approuvées, de sorte à réduire la probabilité que l’information des entités diffère selon les efforts qu’elles auront consacrés à la recherche du facteur d’émission occupant le rang le plus élevé dans la hiérarchie.

La définition proposée de « facteurs d’émission ‘‘accessibles’’ », c’est‑à‑dire de facteurs publiquement accessibles, libres d’utilisation et provenant d’une source crédible, pourrait contribuer à affiner la sélection des facteurs d’émission. Les modifications proposées ne comprennent toutefois aucune indication sur laquelle s’appuyer pour calculer les émissions lorsqu’il n’y a pas de facteur d’émission accessible. Nous recommandons que le Protocole des GES fournisse, en complément de la hiérarchie des facteurs d’émission, des lignes directrices pour les cas où aucun facteur d’émission accessible n’est disponible. 

4. Méthode basée sur le marché : correspondance sur une base horaire et livrabilité

Les propositions imposent notamment que les instruments contractuels (p. ex., certificat d’énergie renouvelable) correspondent à la consommation d’énergie sur une base horaire. Bien qu’elle puisse favoriser l’intégrité scientifique de l’information fournie suivant la méthode basée sur le marché, la correspondance sur une base horaire pose, à notre avis, d’importants défis sur le plan de la faisabilité. Au nombre de ceux‑ci figurent la disponibilité des données, en ce qui concerne tant la consommation que la production, ainsi que l’insuffisance des infrastructures utilisées par les services publics, les entités comptables et les registres d’instruments contractuels.

De tels défis pourraient, selon nous, alourdir le fardeau administratif et augmenter la complexité, sans qu’il y ait d’amélioration significative des informations fournies. Nous recommandons donc que la correspondance sur une base horaire soit facultative plutôt qu’obligatoire, et ce, tant que l’on ne disposera pas de données et d’infrastructures suffisamment robustes pour permettre la production d’une information détaillée. Les modifications proposées redéfinissent également les limites du marché applicables aux instruments contractuels en le circonscrivant aux marchés où l’électricité est considérée comme étant livrable à l’entité consommatrice. 

Nous sommes en faveur d’une définition claire des limites applicables au marché des instruments contractuels, puisqu’elle fournirait des indications explicites dans un domaine où les pratiques d’information ont rarement été uniformes. Une définition claire pourrait aussi favoriser les investissements dans l’énergie renouvelable dans les marchés où la demande existe et où l’énergie est effectivement consommée. Nous croyons toutefois que des limites étroites pourraient faire obstacle aux investissements à grande échelle dans l’énergie renouvelable et avoir ainsi des conséquences imprévues.



À notre avis, la correspondance entre les instruments contractuels et la consommation d’énergie sur une base horaire se heurte à d’importants problèmes de faisabilité.



5. Exemptions, clauses d’antériorité et questions d’équité

Pour permettre une mise en œuvre progressive, le Protocole des GES se propose d’inclure des exemptions pour les petites entités et des clauses d’antériorité qui s’appliqueraient aux contrats à long terme existants. Nous sommes généralement favorables à de telles exemptions, à condition qu’elles permettent de maintenir un juste équilibre entre l’intégrité, l’incidence et la faisabilité. De plus, le Protocole des GES devrait chercher à savoir quels effets ces mesures de mise en œuvre pourraient avoir sur la comparabilité des données entre les entités. Des informations à fournir supplémentaires pourraient contribuer à atténuer ces effets, quoique les mesures de mise en œuvre différeront tout de même d’une entité à l’autre et selon les périodes considérées. Nous recommandons donc au Protocole des GES d’envisager de prescrire le délai au‑delà duquel les contrats existants ne pourraient plus être utilisés aux fins de la comptabilisation des émissions de GES, et d’imposer la présentation d’informations sur la part des émissions du champ d’application 2 couverte par les dispositions relatives aux contrats existants.

Les modifications proposées par le Protocole des GES pourraient accroître l’iniquité à l’échelle mondiale, car les organisations des régions où l’infrastructure de données est rudimentaire pourraient être touchées de façon disproportionnée par les dispositions imposant, en l’absence de facteur d’émission du mix résiduel, l’utilisation de facteurs d’émission pour les combustibles fossiles conventionnels. Cela pourrait compromettre l’intégrité scientifique de la comptabilisation des émissions de GES, puisqu’on se fierait alors à des estimations plutôt qu’à des données réelles reflétant les activités régionales.



L’obligation de fournir des informations supplémentaires sur les exemptions et les clauses d’antériorité utilisées pourrait atténuer les effets potentiels sur la comparabilité des informations.



6. Recommandations générales pour le Protocole des GES

Dans notre réponse à la consultation sur les lignes directrices du champ d’application 2, nous invitons le Protocole des GES à :

  • accorder autant d’importance à la faisabilité qu’à l’intégrité scientifique et à l’incidence climatique au moment de prendre des décisions quant à l’évolution du Protocole des GES;
  • fournir des ressources et des indications claires, exhaustives et pratiques pour soutenir la mise en œuvre et alléger le fardeau administratif, ce qui pourrait comprendre la tenue d’une base de données mondiale de facteurs d’émission et de profils de charge accessibles;
  • effectuer une analyse coûts‑avantages des révisions proposées, afin de cerner leur incidence sur les parties prenantes, y compris les entités comptables, les sociétés de services publics et les registres des instruments contractuels. Une telle analyse pourrait servir à justifier le surcroît de travail demandé;
  • intensifier les échanges avec les normalisateurs et les organismes de réglementation en matière de durabilité, tout en continuant de jouer un rôle central dans l’écosystème de l’information sur la durabilité;
  • envisager une mise en œuvre progressive et des exemptions ciblées pour soutenir l’adoption dans une diversité de marchés, tout en limitant les effets sur la comparabilité.

Contributrice : Kelly Albanir, chef d’équipe senior, Services en développement durable, Ernst & Young s.r.l./S.E.N.C.R.L.


Résumé

Cet article traite de recommandations formulées dans le cadre de la consultation publique sur les lignes directrices du champ d’application 2 du Protocole des GES. On y souligne la nécessité de prévoir des exemptions, de préciser le traitement des clauses héritées de contrats existants et d’améliorer la comparabilité de l’information. On y signale également que certaines des modifications proposées pourraient être difficiles à mettre en œuvre dans les régions où les données sont limitées, ce qui pourrait influer sur l’exactitude des résultats. L’accent est mis, dans les recommandations, sur le juste équilibre entre la faisabilité, l’intégrité scientifique et l’incidence. Pour atteindre un tel équilibre, le Protocole des GES devrait fournir des indications pratiques, réaliser des analyses coûts‑avantages, travailler en étroite collaboration avec les normalisateurs et procéder à la mise en œuvre progressive des changements. 

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