4 minutes de lecture 16 mai 2019
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Les entreprises et le risque lié aux changements climatiques

Par

Thibaut Millet

Leader national, Services en changements climatiques et développement durable, EY, Canada

Leader du monde des affaires et en environnement. Contributeur au capitalisme propre. Guide les entreprises sur le chemin du développement durable. Diplômé du MBA de McGill.

4 minutes de lecture 16 mai 2019

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Les entreprises devront faire face à un accroissement des risques financiers avec l’inquiétude accrue liée aux changements climatiques.

Le Conseil de stabilité financière a mis sur pied le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (Task Force on Climate-related Financial Disclosures – TCFD) après avoir pris conscience de la menace de déstabilisation que les changements climatiques font peser sur l’économie mondiale. En 2017, le TCFD a publié ses recommandations qui soulignaient la mesure dans laquelle les entreprises doivent surveiller, évaluer et répondre aux risques et aux possibilités liés aux changements climatiques et en rendre compte.

Un an après la publication des recommandations du TCFD, EY a réalisé une étude sur leur adoption dans différents secteurs à l’échelle mondiale. Le rapport Global Climate Risk Disclosure Barometer d’EY de 2019 évaluait plus de 500 des plus grandes entreprises cotées en Bourse et des principaux investisseurs institutionnels. Selon les observations contenues dans le rapport, malgré les progrès réalisés, la plupart de ces entités mondiales de premier plan ne publient toujours pas d’informations de qualité sur le risque lié aux changements climatiques dans leurs rapports financiers, et la qualité de l’information fournie varie grandement d’un pays à l’autre et d’un secteur à l’autre. L’étude révélait également que l’information fournie sur les risques climatiques est de moins bonne qualité que celle sur les risques transitoires et souvent totalement absente de l’information prospective sur la gestion stratégique et la gestion des risques.

Dans le budget fédéral 2019, le Canada a annoncé qu’il était en voie d’appuyer officiellement les recommandations du TCFD, et devient le quatrième pays à le faire. Pour examiner plus en détail de quelle manière les entreprises canadiennes peuvent relever les défis posés par la mise en œuvre et l’application des recommandations et les possibilités qui en découlent, EY a récemment regroupé à Montréal et à Toronto un éventail de parties prenantes représentatif des points de vue des investisseurs, des spécialistes de la finance et de la gestion du risque ainsi que de l’industrie, pour qu’elles participent à une table ronde.

Vaste soutien des investisseurs au Canada

Bon nombre d’investisseurs institutionnels canadiens soutiennent les recommandations du TCFD, comme l’ont confirmé ceux qui ont participé à notre table ronde. Selon eux, les risques climatiques sont essentiellement des risques financiers qui peuvent véritablement se répercuter sur le rendement des placements, notamment sur des horizons de placement à plus long terme.

Les investisseurs institutionnels de premier plan ont déjà recours à l’information disponible produite par les entreprises et des tiers et, dans certains cas, à l’analytique avancée et à l’intelligence artificielle (IA), pour évaluer les risques climatiques.

Dans l’avenir, les investisseurs aimeraient pouvoir consulter plus d’informations publiées par des entreprises de tout genre, même celles qui sont exposées à un risque financier lié aux changements climatiques limité. Au besoin, ils aimeraient que les obligations soient respectées.

Parmi les quelque 50 participants et plus qui ont participé à nos séances et qui avaient l’intention de présenter l’information sur les risques climatiques au cours du cycle à venir, la plupart (95 %) ont l’intention de le faire dans leur rapport sur le développement durable, dans leurs déclarations sur les émissions de gaz à effet de serre ou dans l’information sur l’investissement responsable, des documents qui sont moins scrutés à la loupe que les rapports financiers et pour lesquels la façon dont l’information se traduit en termes financiers n’est souvent pas de la toute première importance. Parmi les participants, 25 % prévoyaient présenter l’information dans leur rapport de gestion et une seule entreprise avait l’intention de le faire dans ses états financiers.

Malgré ces défis – et bien d’autres – les entreprises et les investisseurs canadiens vont de l’avant. Parmi les participants sondés, 50 % ont indiqué qu’ils s’étaient engagés à mettre en œuvre les recommandations (même si 18 % d’entre eux n’ont pas encore annoncé publiquement cet engagement).

Très intéressant en théorie, mais qu’en est-il en pratique?

Selon le document intitulé EY’s 2019 Proxy Season Preview pour les États-Unis, les risques environnementaux et sociaux auxquels font face les entreprises sont au nombre des trois questions principales sur lesquelles les conseils d’administration devraient se pencher, selon les investisseurs. Plus du tiers de ceux-ci se concentrent tout particulièrement sur les changements climatiques, soit 23 % de plus qu’il y a trois ans.

Près de la moitié (46 %) des investisseurs qui citent les risques climatiques affirment qu’ils soutiennent dorénavant le TCFD en tant qu’organisme de référence en matière d’information à fournir. Ils ont souligné l’importance pour la planification stratégique et la gestion des risques des entreprises de fournir ces informations.

Même si de nombreuses entreprises canadiennes ont manifesté leur intention d’adopter les recommandations du TCFD, les dirigeants qui ont la tâche de les mettre en œuvre trouvent qu’il est difficile de le faire. La tâche la plus ardue consiste à quantifier les incidences financières des risques climatiques. Le recours aux analyses de scénarios liés aux changements climatiques pour quantifier les incidences financières potentielles est remis en question par l’absence de données sur l’impact localisé des changements climatiques, et par le petit nombre de méthodes et d’outils reconnus capables de repérer les impacts globaux au niveau des entreprises ou des portefeuilles de placement.

Les entreprises peinent également à obtenir les ressources et le soutien nécessaires, et sont contrariées par l’absence de mesures réglementaires. De nombreuses entreprises ne savent pas par où commencer.

Les participants à nos tables rondes ont souligné que les recommandations constituaient un outil utile pour favoriser l’engagement à l’échelle des fonctions, notamment entre les fonctions finance, risque et développement durable / environnement.

Les participants ont également noté que la collaboration requise entre les fonctions a permis d’ouvrir la porte à un plus grand nombre de ressources. Par conséquent, les recommandations du TCFD ont permis la mise en œuvre de programmes d’évaluation des risques climatiques plus exhaustifs qui sont intégrés dans les objectifs et les procédures de gestion du risque plus larges de l’entreprise.

Résumé

Même si de nombreuses entreprises canadiennes ont l’intention d’adopter les recommandations du TCFD sur la façon dont les entreprises doivent surveiller et évaluer les risques liés aux changements climatiques, y répondre et en rendre compte, leur mise en œuvre représente un défi de taille. 

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Thibaut Millet

Leader national, Services en changements climatiques et développement durable, EY, Canada

Leader du monde des affaires et en environnement. Contributeur au capitalisme propre. Guide les entreprises sur le chemin du développement durable. Diplômé du MBA de McGill.