Modèles préférés pour le vieillissement à domicile
Les répondants au sondage se disent susceptibles ou très susceptibles d’envisager les environnements de vie suivants pour leur âge d’or :
- Résidence pour aînés proche des commerces locaux (73 % des répondants)
Espaces de vie individuels ou partagés situés près des commerces locaux, par exemple des épiceries, des bureaux de poste et des salons de coiffure, et structurés selon un modèle de collectivité de retraités formée naturellement, favorable à la prise en charge des besoins moins pressants. - Surveillance intelligente à domicile (70 % des répondants)
Indépendance grâce à la technologie au sein d’une résidence privée, avec une formule de soutien modulable faisant usage de détecteurs et de dispositifs portables qui informent les équipes de soins ou les membres des familles de l’évolution des besoins du patient. - Environnement de vie à petite échelle (64 % des répondants)
Équipes de soins fixes qui interviennent auprès de personnes aux besoins plus importants ou plus complexes.
Ces préférences traduisent un besoin de flexibilité, de personnalisation et de modulation sans heurts des soins, au gré de l’évolution des conditions.
Les gouvernements prennent déjà des mesures, mais leur efficacité reste à prouver
Conscientes de ces possibilités, des provinces canadiennes investissent de plus en plus dans les soins à domicile et les soins de proximité. L’Ontario et l’Alberta ont chacune engagé 1 milliard de dollars sur trois ans pour transformer le modèle de prestation dans ce secteur historiquement sous‑financé dans le but de stimuler les soins connectés en harmonie avec les besoins des résidents7, 8.
Cette direction politique s’appuie sur des données probantes. En effet, de récentes études montrent que la surveillance à distance des patients à des fins de prise en charge des maladies chroniques peut réduire les réadmissions hospitalières de 30 % à 50 % et donc générer des économies annuelles d’entre 2 000 dollars et 5 000 dollars par patient9, 10. Cependant, l’efficacité de l’application à grande échelle de ces modèles dépendra de l’intégration des technologies numériques, de l’habilitation de la main-d’œuvre et de la coordination dans tout le système.
Obstacles persistants : écarts de navigation et charge de travail des soignants
Alors que 94 % des répondants au sondage disent s’attendre à utiliser des services de soins à mesure qu’ils vieillissent, les Canadiens parlent aussi d’importants défis sur le plan de la navigation et de l’accès dans l’actuel système de soins :
- 52 % des répondants estiment qu’ils connaissent mal ou moyennement les possibilités qui s’offrent à eux en matière de soins.
- 78 % des répondants comptent sur des prestataires de soins de santé locaux pour obtenir des conseils. Les personnes qui n’ont pas accès à un tel prestataire sont donc particulièrement vulnérables.
En outre, le système dépend fortement de soignants non rémunérés. En effet, 22 % des soignants qui ont répondu au sondage fournissent des soins à raison de plus de 31 heures par semaine, un horaire comparable à celui d’un emploi à temps plein. La moitié des répondants au sondage sont d’avis que des ressources supplémentaires sont nécessaires pour aider les soignants à planifier et à coordonner les soins qu’ils offrent.
Les outils numériques offrent la possibilité de réduire la charge de travail des soignants en simplifiant la coordination, en améliorant l’accès à des informations et en permettant une administration proactive des soins. Cependant, pour que leur valeur soit maximisée, ces outils doivent être intégrés et déployés dans tout l’écosystème de soins numérique.
Construire un écosystème de soins gériatriques à forte composante technologique
Pour répondre à la demande croissante et aux attentes changeantes des Canadiens, le secteur des soins gériatriques devra adopter des solutions numériques intégrées et interopérables qui appuient les soins gériatriques à domicile et favorisent la fluidité des transitions dans le continuum des soins de santé.
Une exigence fondamentale à cet effet est l’interopérabilité des données, soit l’échange sécurisé de données normalisées entre les établissements de soins. À l’échelle provinciale, cet objectif nécessite que tous les prestataires soient connectés à un environnement numérique partagé qui englobe les soins actifs, les soins de première ligne et les soins de longue durée et qui comprend des services de soutien non cliniques tels que le transport. L’intégration avec des technologies de soins de santé des consommateurs, notamment des dispositifs portables, sera également essentielle : les équipes compteront de plus en plus sur le suivi à distance des patients afin d’offrir des soins à domicile et de proximité pour réduire la dépendance des soins actifs.
La présence d’une infrastructure de données prête pour l’avenir est essentielle pour générer de la valeur à l’échelle du continuum des soins de santé. En l’absence d’une telle infrastructure, il y a un risque que les investissements en technologies numériques compliquent les choses plutôt que d’offrir des améliorations significatives des résultats et des expériences de l’interaction entre patient et soignant ou de renforcer la pérennité du système.
Trois objectifs prioritaires pour les responsables d’un système de soins de santé
1. Investir dans des outils de prévention et dans des données exploitables
Pour réduire la pression sur le système de santé, il importe de responsabiliser les Canadiens à un stade plus précoce et avec plus d’efficacité. Grâce aux données existantes, les systèmes de santé peuvent établir des prévisions médicales et des plans d’intervention personnalisés qui favorisent des changements comportementaux, réduisent le risque de maladies chroniques et retardent le déclin fonctionnel. Des applications conviviales peuvent faciliter la formation, l’autogestion et la navigation du système.
Par exemple, chez Shannex, un des plus grands fournisseurs de soins de résidence pour aînés et de services de soins au Canada, les résidents et les membres peuvent obtenir une évaluation régulière de leur santé fonctionnelle ainsi que des informations sur leur état de santé et des prévisions connexes en fonction de leur style de vie. Ils peuvent se servir de ces résultats pour s’inscrire à des programmes ciblés qui les aident à atteindre leurs objectifs de santé. « Nous nous attendons à une très forte demande de la part des utilisateurs de services de santé ou de conseils relatifs au mode de vie désireux d’améliorer leur qualité de vie et d’augmenter leur longévité », a expliqué Jason Shannon, président de Shannex.
2. Mettre en place une navigation fluide et offrir une coordination des soins entre les différents cadres de soins
L’accès opportun aux bons soins, avant qu’une crise se déclenche, dépend de la présence de parcours transparents et connectés sur tout le continuum des soins. Pourtant, 56 % des répondants au sondage disent qu’il devrait être plus facile de trouver des informations claires sur l’accès à des services de soutien.
Les solutions numériques, par exemple les ressources pour les soignants, les outils de navigation et les plateformes de soins virtuels, peuvent faciliter la transition entre les différents types de soins, réduire le nombre de visites inutiles à l’urgence et mieux soutenir les soignants, qui assument souvent une bonne partie de la responsabilité des soins.
Qui plus est, ces solutions peuvent aider à alléger la charge de travail des soignants et contribuer à la mise en place d’un système de soins plus transparent et accessible. Comme l’explique le Dr Richard Lewanczuk des Alberta Health Services, « si un aidant familial est épuisé et qu’il n’est plus capable de gérer la situation, il emmène grand‑papa ou grand‑maman à l’urgence. Dès qu’on admet une personne à l’hôpital, il y a une détérioration de son fonctionnement physique et mental, et une prise en charge dans un cadre institutionnel s’avère bien souvent nécessaire. On doit donc tout faire pour soutenir les aidants familiaux et protéger la santé et le bien‑être des gens de leur collectivité, car cela réduit le nombre de visites à l’urgence. »
3. Mesurer et renforcer la maturité numérique à l’échelle du système
La transformation durable du système tient à la bonne compréhension de la maturité numérique des organisations et des régions. Si l’on implante de nouveaux outils en l’absence d’une stratégie d’intégration claire, on risque de morceler encore plus le système plutôt que d’en accroître la valeur.
Les systèmes de santé doivent évaluer leur maturité numérique de base, se doter de feuilles de route de l’intégration et mettre à l’échelle les solutions éprouvées tout en garantissant l’équité des services, la sécurité des données et la qualité des soins.
(Voir l’article d’EY Canada sur le renforcement de la maturité numérique dans le contexte des soins à domicile et des soins de proximité).
Redéfinir le vieillissement : répondre aux attentes grâce à la transformation numérique
L’augmentation de la demande, les attentes de plus en plus élevées et les contraintes systémiques persistantes rendent le statu quo intenable. Les Canadiens sont catégoriques : ils ne veulent pas vieillir dans les contextes institutionnels traditionnels. Ils s’attendent à rester indépendants, à préserver leur liberté de choix et leur dignité grâce aux technologies et avec le soutien de leur communauté.
Pour répondre à ces attentes, il faut des écosystèmes intégrés sur le plan numérique et axés sur la prévention qui relient les soins à domicile, les soins de proximité et les soins cliniques. Bien pilotée, cette transformation est susceptible d’améliorer les résultats médicaux, de prolonger la durée de soins, de réduire la pression sur le système et de créer un avenir plus sûr pour les personnes âgées au Canada.