Réorienter le financement alternatif vers des investissements hautement prioritaires peut élargir la base économique et renforcer la viabilité budgétaire.
Bien que les investissements publics génèrent des retombées dans toutes les catégories d’actifs, ceux consacrés au capital numérique et technologique offrent des avantages particulièrement importants à long terme en matière de productivité et de viabilité budgétaire. Ces avantages peuvent être accrus lorsque les gouvernements combinent une gestion rigoureuse des investissements à de nouvelles approches de financement.
L’analyse et la modélisation des stratégies d’investissement public d’EY démontrent comment les différents choix de financement influent sur la productivité, la croissance et la viabilité budgétaire.
Notre évaluation de dix pays d’Europe occidentale sur une période de 30 ans met en évidence la façon dont le vieillissement démographique accroît les pressions budgétaires, tout en créant de nouvelles possibilités. À mesure que les employés du secteur public prennent leur retraite, les gouvernements peuvent réaliser des économies sur les coûts de main‑d’œuvre et les réaffecter à des investissements dans le numérique et les technologies et à d’autres formes d’investissement. Une telle démarche, lorsqu’elle est bien menée, contribue à améliorer à la fois la rentabilité des investissements et leur efficacité.
La réaffectation des économies sur les coûts de main‑d’œuvre au financement d’investissements numériques et technologiques produit un effet en deux temps. L’adoption de technologies favorise une hausse de la productivité, alors que le stock de capital augmente à mesure que l’apport de main‑d’œuvre diminue. Combinées, ces transformations contribuent à accroître le produit intérieur brut (PIB) d’environ 0,5 % sur un horizon de dix ans pour le pays médian de l’échantillon.
Dans ce contexte, le PIB se situerait au‑dessus du niveau de référence pendant plus de trois décennies, illustrant le caractère durable des gains issus de l’investissement initial. Sur une période de trente ans, le modèle indique que les retombées sur le PIB équivalent à environ trois fois l’investissement initial. Autrement dit, chaque dollar investi générerait près de trois dollars de PIB au fil du temps. Les multiplicateurs des recettes fiscales s’amélioreraient également, ce qui indique que ces investissements sont susceptibles de soutenir à la fois l’augmentation des revenus de l’État et la croissance économique.
Les avantages varient selon les pays, reflétant des différences en ce qui concerne :
- la capacité d’investissement, laquelle est fonction du coût total de la rémunération annuelle des employés du secteur public;
- le niveau initial de capital numérique et technologique, car les pays moins avancés dans ce domaine ont tendance à dégager des rendements plus élevés à la suite d’investissements additionnels.
Dans l’ensemble, le modèle montre que la réaffectation complète et ciblée des économies sur les coûts de main-d’œuvre peut être réalisée grâce aux départs à la retraite à compter de 2026. Ce constat est d’autant plus important que l’âge moyen des employés du secteur public continue d’augmenter dans la plupart des pays.
Nous avons évalué trois autres scénarios :
- Le financement par emprunt des investissements en capital numérique et technologique est susceptible de produire des résultats de croissance comparables. Cette approche accroît les retombées de la productivité totale des facteurs (PTF) et augmente l’apport du capital au PIB. Grâce à l’augmentation du capital et au maintien d’une main‑d’œuvre stable, la croissance du PIB est plus forte à court, à moyen et à long terme. La contrepartie est une augmentation du risque budgétaire, notamment sous la forme de déficits plus importants si le recours à l’endettement n’est pas géré avec rigueur.
- Le recours aux économies sur les coûts de main‑d’œuvre pour financer les dépenses d’investissement générales se traduit par un recul de la productivité à court terme. Dans ce scénario, l’augmentation du capital ne suffit pas à contrebalancer pleinement la perte de capacité de la main‑d’œuvre. Toutefois, au fil du temps, l’accumulation de capital contribue à soutenir une croissance progressive du PIB.
- Le recours à l’emprunt pour financer les dépenses d’investissement générales favorise une croissance progressive du PIB à long terme. Dans ce cas, l’accumulation de capital compense graduellement les faibles pertes de productivité.
Bien sûr, il n’existe pas d’approche unique adaptée à tous les contextes. Les retombées du financement par emprunt des investissements numériques et technologiques diffèrent selon les pays. Les stratégies d’investissement doivent donc tenir compte du contexte économique et de la capacité budgétaire propres à chaque pays ainsi que de la rigueur de leur mise en œuvre.
Réinvestir dans des occasions d’investissement productif les économies réalisées grâce à la réduction naturelle de la main-d’œuvre peut soutenir la croissance et renforcer l’économie.
Considérer les changements démographiques comme une source de capacité d’investissement permet aux gouvernements de dégager des ressources pour les technologies, d’accroître la productivité et la croissance, et de tracer une voie plus claire vers la réduction de la dette. Si cette approche est largement adoptée, elle peut également améliorer la compétitivité budgétaire.
Cette possibilité n’élimine pas la nécessité d’investir dans l’embauche et le perfectionnement des compétences. Les changements démographiques peuvent faciliter les ajustements graduels de la main‑d’œuvre, mais sans relève adéquate, le secteur public risque de se retrouver avec une main‑d’œuvre vieillissante et moins dynamique.
Globalement, ces différentes façons d’utiliser les ressources peuvent améliorer la productivité, stimuler la croissance et renforcer la viabilité budgétaire à long terme. En privilégiant les investissements dans des actifs à fort rendement, notamment le capital numérique et technologique, les gouvernements sont en mesure de soutenir la croissance et d’améliorer les finances publiques, sans augmenter les dépenses globales.
La compétitivité budgétaire repose sur des investissements stratégiques et non simplement sur une augmentation des dépenses. Les gouvernements qui accompagnent cette approche d’une gouvernance rigoureuse et d’une évaluation claire des retombées, des arbitrages et des mécanismes de mise en œuvre sont mieux placés pour transformer les pressions budgétaires en valeur publique à long terme.