Les réponses de l’auditoire ont renforcé l’importance croissante de ces questions. À la question sur ce qui représentait le principal défi lié aux politiques commerciales et aux tarifs, c’est la complexité des tarifs qui a été retenue par près de la moitié (49 %) des participants de l’auditoire intersectoriel et par 41 % des participants du secteur Mines et métaux. Cela suggère que les répondants peinent à s’adapter non seulement au risque lié à la politique commerciale, mais aussi à la complexité et à l’incertitude entourant les accords commerciaux en évolution. Chez les participants du secteur Mines et métaux, le besoin d’une meilleure visibilité des politiques (34 %) et d’une planification transfrontalière plus agile est clair.
Les défis sont toujours plus difficiles, alors que les horizons de planification des investissements dans l’extraction et le traitement des minerais s’échelonnent souvent sur des décennies, les cadres commerciaux, les tarifs et la conjoncture géopolitique peuvent changer du tout au tout en quelques mois seulement. C’est pourquoi les organisations commencent à évaluer les chaînes d’approvisionnement sous un autre angle. Dorénavant, les organisations cherchent à trouver l’équilibre entre l’efficience et la résilience, la flexibilité, l’orientation vers des marchés de confiance et une plus grande diversification, plutôt que de chercher une optimisation fondée sur le coût seulement.
La montée de la résilience
C’est dans cette optique qu’il faut revoir la conception de la chaîne d’approvisionnement.
Pendant des années, les organisations ont cherché à optimiser leur exploitation en fonction de la taille et de l’efficience, et en concentrant des activités selon les avantages liés aux coûts. Or, nombre de leaders voient cette même concentration comme une source de risque, les politiques commerciales et tarifaires ayant de l’effet sur l’importation et l’exportation de minéraux critiques.
La planification stratégique passe d’une optimisation des coûts à la résilience de la chaîne d’approvisionnement. Au Canada, la revue de la conception de la chaîne d’approvisionnement est devenue un impératif stratégique. Les entreprises réévaluent les flux commerciaux nord‑américains historiques et repositionnent les chaînes d’approvisionnement pour les arrimer à des régimes changeants. L’interruption des flux commerciaux traditionnels liés à l’acier et à l’aluminium rend plus pressante la nécessité de trouver de nouveaux marchés et d’optimiser la chaîne de valeur en fonction d’avantages concurrentiels, y compris les ressources énergétiques faibles en carbone du Canada.
Au cours de la webémission, la discussion a souligné l’importance d’influencer les politiques et les législateurs à mesure que la réglementation est définie, l’amilocalisation, la diversification et la flexibilité géographique ayant été mises en relief comme des éléments importants influant sur les décisions touchant le modèle opérationnel. Plutôt que de se fier à un seul centre de traitement ou à un seul marché en aval, l’évaluation de plusieurs avenues possibles et l’exploration d’accords de coopération régionaux pourraient réduire la vulnérabilité aux changements de politiques, aux perturbations commerciales et aux tensions géopolitiques.
Des chaînes de valeur plus résilientes
Voulant aller au‑delà de la diversification, les entreprises progressent dans d’autres maillons de leur chaîne de valeur, en participant à des activités de traitement, d’affinage, de recyclage et d’autres activités en aval afin de bâtir des chaînes de valeur plus résilientes.
Les capacités de traitement sont devenues des actifs stratégiques, les gouvernements cherchant de plus en plus à structurer les incitatifs en fonction de leurs activités. À mesure qu’augmente la complexité, il en est de même pour d’autres aspects de l’entreprise, de l’observation fiscale et des structures de propriété aux exigences réglementaires et à la coordination de la chaîne d’approvisionnement. Des changements à l’approvisionnement, au traitement et aux modèles opérationnels, par exemple, ont une incidence sur l’emplacement où se créer de la valeur et sur la façon de répartir les profits entre les juridictions. C’est pourquoi les prix de transfert deviennent un levier stratégique plutôt qu’une exigence d’observation fiscale.
Les décisions prises dans un secteur d’une entreprise influent de plus en plus sur les résultats des autres secteurs. Dès lors, la stratégie fiscale, commerciale et liée à la chaîne d’approvisionnement ne peut plus fonctionner indépendamment. Les organisations chefs de file seront celles qui seront le plus en mesure d’intégrer verticalement ces décisions pour en faire une stratégie cohérente qui tient compte des interdépendances. C’est là tout un changement dans la façon de penser, qui, d’après les résultats du sondage, est déjà en cours.
De l’établissement de prévisions à la planification de scénarios
Les modèles de planification traditionnels supposaient un environnement relativement stable au sein duquel une entreprise pouvait prévoir les conditions futures et optimiser les décisions en conséquence.
Les cadres commerciaux d’aujourd’hui continuent d’évoluer. Les incitatifs fiscaux sont revus périodiquement. Les normes réglementaires varient d’une juridiction à l’autre. De nouveaux développements géopolitiques peuvent modifier rapidement les hypothèses d’investissement.
Vu ces conditions, planifier en fonction d’une seule prévision devient de plus en plus problématique, obligeant les entreprises à élaborer des cadres décisionnels qui tiennent désormais compte de plusieurs avenirs possibles. Plutôt que de prédire un seul résultat, elles évaluent les stratégies en se fondant sur une série de scénarios politiques, réglementaires et commerciaux.