Lignes de circuits vertes sur fond sombre

Innovation canadienne

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Discrète. Modeste. Sobre. C’est ainsi que se définit, depuis des années, la culture des affaires au Canada. Mais, dans ce contexte volatil, les dirigeants d’entreprise affirment que le Canada doit désormais passer à la vitesse supérieure et se faire entendre – haut et fort.


En bref
  • L’avantage du Canada en matière d’innovation croît lorsque la commercialisation est perçue comme une capacité fondamentale qui repose sur des voies directes, du laboratoire au marché, du projet pilote au déploiement à grande échelle.
  • Les résultats sont meilleurs lorsque les équipes protègent ce qu’elles créent – surtout la propriété intellectuelle et les données. Est tout aussi importante l’harmonisation des incitatifs et des politiques gouvernementales, de façon à favoriser l’adoption sur le marché intérieur et l’expansion sur les marchés d’exportation.
  • Misez sur des partenariats avec des clients disposant de capitaux et des canaux mondiaux pour accélérer l’expansion, tout en stimulant la productivité grâce au recours à l’intelligence artificielle (IA) responsable.

Erin Bury a adopté le modèle d’affaires canadien lorsqu’elle a cofondé Willful, une plateforme de planification successorale, en 2017.

« Se concentrer sur le marché canadien s’est révélé un atout pour nous », a déclaré Erin Bury. « Nous avons conclu d’excellents partenariats, notamment avec une entreprise en démarrage de planification successorale basée aux États‑Unis, qui est présente uniquement aux États‑Unis, alors que nous nous concentrons sur le marché canadien exclusivement. Cela ouvre la voie à des possibilités de partenariats transfrontaliers. »

Les dirigeants de Willful ont activement recherché des vendeurs et des fournisseurs de logiciels canadiens, après avoir vu la dynamique commerciale changer. Cette vision opérationnelle est désormais inscrite dans les valeurs de l’entreprise qu’elle dirige avec son mari. Ils ont créé une plateforme technologique simple et abordable pour les gens qui préparent des testaments et des procurations. Ils sont fiers de voir la contribution de Willful à l’écosystème technologique du Canada.

Toutefois, nous devons continuer à créer un environnement propice aux affaires. Cela signifie de réduire les lourdeurs administratives, d’alléger la complexité réglementaire et de changer la façon dont nous faisons des affaires, puis d'annoncer haut et fort au reste du monde les progrès que nous avons réalisés.

« Lorsqu’il a été possible de le faire, nous nous sommes tournés vers des solutions canadiennes, a déclaré Erin Bury. Nous avons fait appel à Ada, un fournisseur canadien de robots conversationnels propulsés par IA. »

C’est une vision à laquelle souscrit Lance Mortlock d’EY Canada. Associé directeur du secteur des produits industriels et de l’énergie de la Société, il est aussi l’auteur de deux livres sur la résilience des entreprises et la réussite en dépit de la volatilité. M. Mortlock constate à quel point le Canada a réussi à se forger une réputation d’économie axée sur les ressources naturelles. Il s’empresse aussi de souligner les façons dont les fondateurs d’entreprises technologiques, ainsi que les alliés des secteurs privé et public, peuvent transformer de manière tout aussi convaincante l’image de marque du Canada comme pôle d’innovation.

« Ce pays devrait être une puissance, a affirmé M. Mortlock. D’autres pays nous regardent et voient que nous disposons des ressources, tant humaines que minérales, nécessaires à l’électrification. Nous avons une main‑d’œuvre très intelligente et très éduquée. Du pétrole, du gaz, de l’uranium. Il y a tant de raisons pour lesquelles nous pouvons passer de fabriqué au Canada à créé au Canada. Je suis optimiste à cet égard. Cependant, nous devons agir avec détermination et investir de manière intentionnelle dans l’écosystème technologique à l’échelle nationale afin de concrétiser ce potentiel. »

À la base, le Canada dispose d’assises solides pour soutenir une croissance axée sur l’innovation. Le pays s’est classé au 14e rang de l’Indice mondial de l’innovation de 2024, sa meilleure performance en plus d’une décennie. Les universités canadiennes se sont hissées au quatrième rang mondial pour la qualité de l’enseignement, conférant ainsi un avantage concurrentiel aux entreprises.

Les multinationales du Canada génèrent quatre brevets de hautes technologies d’entités nationales sur cinq , ce qui témoigne d’importantes avancées en propriété intellectuelle. Qui plus est, le pays se distingue par son leadership en intelligence artificielle et par la présence de pôles établis de développement de l’IA à Toronto, à Montréal et à Edmonton.

Des réussites technologiques qui redéfinissent les secteurs prouvent que ce potentiel est bien réel. Shopify a lancé sa première plateforme en 2006, déclenchant un virage porté par l’innovation canadienne dans la façon dont les commerçants du monde entier achètent et vendent leurs produits. L’entreprise a réinventé l’infrastructure Internet essentielle au commerce, devenant ainsi un leader dans la conception d’expériences clients unifiées. En novembre 2025, les marchands de Spotify ont enregistré des ventes totalisant 14,6 milliards de dollars à l’occasion du Vendredi fou et du Cyberlundi.

Une question demeure : que faudra‑t‑il pour que le prochain Shopify canadien passe à un autre niveau, et au suivant? De la fragmentation à la collaboration, le Canada doit être plus audacieux sur le plan des technologies.

Depuis des années, les parties prenantes du pays tissent des liens pour solidifier l’écosystème technologique. Prenons NEXT Canada comme exemple. Depuis près de deux décennies, l’organisation met à la disposition des jeunes entrepreneurs talentueux de la relève les réseaux, les outils et les capitaux requis pour réussir. À titre de commanditaire principal , EY investit dans l’entreprise depuis le jour un, offrant du financement, du mentorat et du soutien au développement des relations, ainsi que l’aide de ses bénévoles. La Société collabore de la même manière avec de nombreux autres réseaux, tels que Communitech, allant au‑delà de la collecte de fonds afin de mettre en relation les entrepreneurs technologiques avec le soutien nécessaire pour innover et étendre leurs activités.

Des initiatives intersectorielles comme celles-ci renforcent les progrès réalisés partout au Canada. Or, beaucoup estiment que le système lui‑même doit être plus clair et plus cohérent pour susciter l’attention et les investissements nécessaires pour amener l’innovation locale à un autre niveau.

Tyler Hamilton est un directeur principal du climat à MaRS, le plus grand centre d’innovation urbaine en Amérique du Nord. Il dirige les initiatives liées au climat pour les entreprises, les sociétés associées et les investisseurs, dont le programme phare « Mission from MaRS ». Il affirme qu’il est difficile de positionner efficacement l’écosystème du Canada en l’absence d’un organisme national de coordination capable de structurer le discours national sur l’innovation technologique.

« Il est difficile de définir une identité unique pour le Canada, tant les régions ont des priorités, et même des cultures entrepreneuriales, très différentes de celles de l’Alberta, de l’Ontario ou de la Nouvelle‑Écosse », a déclaré M. Hamilton.

À titre comparatif, Israël, l’Estonie et Singapour attirent des investissements en se ralliant autour de campagnes et des structures institutionnelles uniques, se positionnant respectivement comme « nation de jeunes pousses », de « société numérique » et de « nation futée 2.0 ». M. Hamilton voit un avantage à cette approche, soulignant que le Canada se classe au deuxième rang mondial des entreprises de technologies propres, même s’il estime que le secteur demeure relativement méconnu à l’échelle internationale. Selon lui, la fragmentation des messages dilue ce genre de réussite qui passe inaperçue.

Le Canada a tout pour réussir à l’échelle mondiale. Grâce à nos talents, à notre capacité d’innovation et à notre résilience, nous devons mettre résolument nos forces en valeur et attirer les investissements de partout dans le monde.

« La culture canadienne se caractérise par une certaine discrétion », a décrété Caroline Colongo, associée d’EY Canada qui dirige le groupe Consultation – Entreprises de la Société. « Le Canada a tout pour rayonner à l’échelle mondiale. Grâce à nos talents, à notre capacité d’innovation et à notre résilience, nous pouvons mettre résolument nos forces en valeur et attirer les investissements de partout dans le monde. »
 

Mme Colongo cite l’entreprise cliente Constellation Software comme une importante histoire de réussite canadienne qu’elle aimerait que le monde entier connaisse. Constellation acquiert, gère et met sur pied des entreprises logicielles sectorielles qui offrent des solutions spécialisées essentielles aux activités qui répondent à des besoins bien précis des clients. « C’est l’une des entreprises technologiques les plus prospères, et bien des gens ignorent que la solution novatrice qu’elle offre vient du Canada. J’estime qu’il faut un narratif collectif plus clair sur l’innovation qui prend forme ici afin de motiver les entrepreneurs qui font ce travail remarquable.–»
 

Son collègue et associé d’EY Canada, Shawn Sigesmund, en vient au même constat. Leader national du groupe Consultation – Technologie de la Société, M. Sigesmund croit qu’en éliminant les silos et en encourageant les échanges entre les régions canadiennes, il est possible de stimuler davantage l’innovation. « Les chefs de la direction et les équipes de direction ont l’occasion de gagner en visibilité sous le drapeau canadien et de propulser le prochain OpenText.»
 

Un récit mobilisateur mettant en lumière les avantages de s’établir au Canada – de Willful à Shopify – n’est qu’une partie de l’équation. M. Sigesmund insiste sur la nécessité d’une proposition technologique forte, soutenue par un écosystème de financement et une culture de l’entrepreneuriat solides.
 

« Nous devons très certainement parler de ce qui passe ici », a affirmé M. Sigesmund. « Toutefois, nous devons continuer à créer un environnement propice aux affaires. Cela signifie de réduire les lourdeurs administratives, d’alléger la complexité réglementaire et de changer la façon dont nous faisons des affaires, puis d’annoncer haut et fort au reste du monde les progrès que nous avons réalisés. »

D’autres pays nous regardent et voient que nous disposons des ressources, tant minières que minérales,nécessaires à l’électrification. Nous avons une main‑d’œuvre très intelligente et très éduquée. Du pétrole, du gaz, de l’uranium. Il y a tant de raisons pour lesquelles nous pouvons passer de fabriqué au Canada à créé au Canada.

TROUVER LES RESSOURCES FINANCIÈRES NÉCESSAIRES POUR PROPULSER LES ENTREPRISES TECHNOLOGIQUES CANADIENNES

Au cours des quatre dernières années, de grands événements géopolitiques mondiaux et nationaux ont redéfini le financement de préamorçage et d’amorçage auCanada. En 2025, la Canadian Venture Capital and Private Equity Association (CVCA) a constaté que les investissements avaient chuté par rapport aux sommets atteints après la pandémie.

En effet, entre 2016 et 2020, en moyenne, 184 transactions ont été réalisées au Canada chaque année. Sur l’ensemble de cette période, le montant moyen investi s’est élevé à 287 millions de dollars. Depuis le nombre record de 387 transactions totalisant environ 1 milliard de dollars réalisées entre 2021 et 2023, d, le nombre et la taille des transactions ont reculé.

Plus largement, les activités canadiennes de recherche et de développement ont diminué. Elles représentaient 1,87 % du produit intérieur brut en 2022 et 1,81 % en 2024. C’est bien en deçà des moyennes du G7 et des pays de l’OCDE. Les demandes de brevets de haute technologie ont chuté de 41,9 % entre 2012 et 2019, et les marchés nationaux de capital de risque se sont détériorés, le financement reculant de 34 % et les écarts de rendement se creusant.

Les flux de capitaux accentuent encore davantage l’écart de compétitivité. Le Canada a attiré du capital de risque de 2,15 milliards de dollars au cours du premier semestre de 2025, par rapport à 162 milliards de dollars pour les États‑Unis, ce ratio étant nettement supérieur à l’écart de population.

« Comme pays, nous devons nous efforcer de trouver un moyen d’attirer les capitaux et de démontrer que nous sommes ouverts aux occasions d’affaires », a déclaré M. Mortlock. Nous devons aller à la rencontre des investisseurs et leur dire : apportez vos capitaux au Canada, investissez dans nos entreprises, vous serez récompensés. »

Pour M. Sigesmund, en 2026, il sera possible de réaliser de tels progrès. Alors que les projets d’intérêt national sont au cœur du budget fédéral de 2025 du Canada, le gouvernement intensifie ses investissements dans l’IA, l’informatique quantique et d’autres initiatives technologiques.

Les occasions sont bien réelles et, selon M. Sigesmund, le moment est venu de clamer haut et fort qu’il existe des possibilités canadiennes pour les entrepreneurs d’ici ainsi que pour les fondateurs et les investisseurs d’ailleurs.

« L’accès a toujours été plus facile à l’extérieur du Canada », explique M. Sigesmund. « Il s’agit toutefois d’une occasion bien réelle, les secteurs public et privé unissant leurs efforts pour éliminer certaines barrières et susciter encore plus d’intérêt. Au fil de cette évolution, nous devons transmettre le message au monde entier que le Canada est le meilleur endroit pour investir dans l’innovation. »


Résumé 

La recherche canadienne atteint tout son potentiel lorsque les équipes prennent la commercialisation au sérieux, en misant sur la protection de la propriété intellectuelle et en harmonisant les incitatifs qui récompensent l’adoption et les exportations.
Les partenariats peuvent aussi y contribuer. Les investisseurs, les principaux clients et les canaux mondiaux peuvent ouvrir des portes et accélérer l’accès au marché. Avec une IA responsable, une gouvernance des données solide et un guide d’entrée sur le marché reproductible, les innovateurs canadiens peuvent étendre leurs activités à la maison et livrer concurrence à l’étranger.


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